Derriere chaque nom grave sur un monument aux morts, il y a un homme ou une femme dont la vie a été brisee par la guerre. Le département du Doubs a envoye des milliers de ses enfants sur les champs de bataille, de la guerre franco-prussienne de 1870 a la Liberation de 1944-1945.

Cet article retrace les parcours de combattants du Doubs a travers les differents conflits. Il rend hommage aux soldats de metier comme aux civils mobilises, aux officiers comme aux simples soldats, aux hommes comme aux femmes qui ont participe a la défense de la nation.

Le Souvenir français du Doubs s’attache a preserver la memoire de chacun de ces combattants. Leurs noms figurent sur les monuments aux morts du département et sur les tombes que l’association entretient.

Les combattants de 1870 : gardes mobiles et soldats de l’armée de l’Est

La mobilisation dans le Doubs

Lorsque la guerre franco-prussienne eclata en juillet 1870, le département du Doubs fournit des contingents importants a l’armée française. Les hommes en age de combattre furent mobilises dans la garde mobile et dans les unites de ligne stationnees a Besancon.

La garde mobile du Doubs etait composée de civils ages de 25 a 35 ans, peu entraines et faiblement armes. Ces hommes, paysans, artisans et ouvriers pour la plupart, furent appeles a defendre leur département face a l’invasion prussienne.

« Les gardes mobiles du Doubs combattirent avec une bravoure remarquable malgre leur manque d’instruction militaire et l’insuffisance de leur armement. » — Rapport du général Crouzat, 1871

Le colonel Denfert-Rochereau

Bien que ne a Saint-Maixent dans les Deux-Sevres, le colonel Pierre Denfert-Rochereau est intimement lie a l’histoire militaire de la region. Il commanda la défense de Belfort, ville voisine du Doubs, pendant un siege de plus de 100 jours entre novembre 1870 et fevrier 1871.

Sa résistance acharnee permit a Belfort de ne pas etre annexee par l’Empire allemand, contrairement a l’Alsace et a une partie de la Lorraine. De nombreux soldats du Doubs servirent sous ses ordres pendant ce siege.

Le Lion de Belfort, oeuvre de Bartholdi, fut erige en son honneur. La replique parisienne de la place Denfert-Rochereau perpetue sa memoire a l’echelle nationale.

Les victimes de la retraite de l’armée de l’Est

Des milliers de soldats perirent lors de la retraite de l’armée de l’Est a travers le Doubs en janvier-fevrier 1871. Le général Bourbaki, desespere par la situation, tenta de se suicider a Besancon le 26 janvier 1871.

Les soldats traverserent le Haut-Doubs dans des conditions effroyables, par des temperatures de -20°C. Des centaines moururent de froid, d’epuisement et de maladie sur les routes entre Besancon et Pontarlier.

« Sur les routes du Haut-Doubs, les cadavres des soldats français jalonnaient le chemin comme des bornes sinistres. Le froid et la faim avaient fait plus de victimes que les balles ennemies. » — Temoignage d’un habitant de Pontarlier, 1871

Les noms de ces soldats figurent sur les monuments aux morts de 1870 et dans les cimetieres militaires du département. Pour retracer la chronologie de ces evenements, consultez notre article sur la chronologie de la guerre de 1870.

Les poilus de 1914-1918 : le sacrifice du 60e Régiment d’Infanterie

Le 60e RI de Besancon

Le 60e Régiment d’Infanterie, en garnison a Besancon, est l’unite la plus emblematique du Doubs pendant la Première Guerre mondiale. Mobilise des aout 1914, il combattit sur les fronts les plus meurtriers du conflit.

Le régiment participa aux batailles de Lorraine, de la Marne, de l’Artois, de Verdun et du Chemin des Dames. Chacune de ces batailles couta la vie a des dizaines de soldats doubistes.

Au total, le 60e RI fut cite plusieurs fois a l’ordre de l’armée. Sa fourragere temoigne de la bravoure de ses hommes face a l’ennemi.

Profils de poilus du Doubs

Les registres matricules conserves aux archives departementales du Doubs permettent de reconstituer les parcours individuels de ces combattants. On y trouve des cultivateurs de la vallee du Doubs, des horlogers de Besancon, des fromagers du Haut-Doubs et des ouvriers de Montbeliard.

Profil type Origine Unite Destin
Cultivateur, 22 ans Vallee du Doubs 60e RI Tue a Verdun, 1916
Horloger, 28 ans Besancon 44e RI Blesse a l’Artois, 1915, invalide
Fromager, 25 ans Haut-Doubs 60e RI Mort de maladie, Salonique, 1917
Ouvrier metallurgiste, 30 ans Montbeliard 35e RI Prisonnier en Allemagne, rapatrie 1918
Instituteur, 26 ans Pontarlier 60e RI Tue au Chemin des Dames, 1917
Portraits de poilus du Doubs, soldats de la Premiere Guerre mondiale

Ces hommes quitterent leur foyer en aout 1914, convaincus que la guerre serait courte. Quatre ans plus tard, ceux qui revinrent porterent a jamais les cicatrices physiques et morales du conflit.

L’ampleur des pertes

La Première Guerre mondiale fut le conflit le plus meurtrier pour le Doubs. Chaque village perdit une proportion importante de ses hommes. Les monuments aux morts de 1918 portent des listes de noms qui, dans certaines communes, representent la quasi-totalite d’une génération.

Les pertes humaines des guerres dans le Doubs temoignent de l’ampleur du sacrifice. La saignee demographique affecta durablement l’economie et la vie sociale du département.

« Dans notre village de 300 ames, 42 noms sont graves sur le monument. Quarante-deux hommes qui ne sont jamais revenus. Une génération entiere fauchee. » — Maire d’une commune du Haut-Doubs, cérémonie du 11 novembre 1920

Les combattants de 1939-1945 : soldats et resistants

La drole de guerre et la defaite de 1940

En septembre 1939, les soldats du Doubs furent a nouveau mobilises. Stationnes le long de la ligne Maginot et dans les forts de Besancon, ils connurent d’abord la “drole de guerre” avant d’affronter l’offensive allemande de mai-juin 1940.

La defaite rapide de l’armée française entraina l’occupation du Doubs. De nombreux soldats furent faits prisonniers et envoyes dans des stalags en Allemagne, ou ils resterent jusqu’en 1945.

Les resistants du Doubs

A partir de 1940, des hommes et des femmes du Doubs entrerent en résistance contre l’occupant. Les premiers actes furent discrets : diffusion de tracts, aide aux prisonniers evades, passage de la frontiere suisse.

A partir de 1943, la Résistance s’organisa en reseaux structures. Les maquis du Lomont, du plateau de Maiche et de la foret de Chaux accueillirent des combattants qui menerent des actions de sabotage et de guerilla.

Parmi les figures de la Résistance dans le Doubs, on peut citer des enseignants, des ecclesiastiques, des cheminots et des agriculteurs. Ces hommes et femmes risquaient leur vie et celle de leur famille a chaque instant.

Pour en savoir plus, consultez notre article sur la Résistance en Franche-Comte et sur la Seconde Guerre mondiale dans le Doubs.

Les fusilles de la Citadelle de Besancon

100 resistants furent fusilles a la Citadelle de Besancon entre 1941 et 1944. Parmi eux se trouvaient des combattants originaires du Doubs et d’autres departements de Franche-Comte.

Nom Age Origine Date d’execution Motif
Henri Fertet 16 ans Velotte-et-Tatignecourt (Vosges) 26 septembre 1943 Membre d’un reseau de résistance
Marcel Simon 22 ans Besancon 26 septembre 1943 Membre du reseau Guy Mocquet
Resistants du groupe Valmy 20-35 ans Franche-Comte 1943-1944 Sabotage et renseignement

Henri Fertet, age de seulement 16 ans, ecrivit une dernière lettre a ses parents avant son execution. Ce texte bouleversant est devenu l’un des temoignages les plus connus de la Résistance française.

« Chers parents, ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si courageux que, je n’en doute pas, vous voudrez encore l’etre cette fois. Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule. » — Henri Fertet, lettre du 26 septembre 1943

Les combattants de la Liberation

En septembre 1944, les troupes alliees et les forces de la 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny libererent le Doubs. Des resistants locaux participerent activement aux combats de la Liberation, notamment dans la region de Montbeliard et sur le plateau du Lomont.

La Liberation du Doubs couta la vie a des combattants reguliers et a des maquisards. Leurs noms ont été ajoutes aux monuments aux morts du département.

Stele en memoire des resistants du Doubs fusilles pendant la Seconde Guerre mondiale

Les femmes combattantes du Doubs

Infirmieres et auxiliaires

Les femmes du Doubs jouerent un role essentiel pendant les deux guerres mondiales. Des infirmieres soignerent les blesses dans les hopitaux militaires de Besancon et de Montbeliard pendant la Grande Guerre.

D’autres servirent comme conductrices, telefonistes ou secretaires dans les services de l’armée. Leur contribution, longtemps ignoree par l’historiographie, est aujourd’hui mieux reconnue.

Resistantes et agents de liaison

Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses femmes du Doubs s’engagerent dans la Résistance. Elles servirent comme agents de liaison, transportant des messages et des documents entre les reseaux.

D’autres cacherent des resistants, des prisonniers evades et des personnes persecutees. Certaines furent arretees, deportees et ne revinrent jamais des camps de concentration.

Leurs noms figurent rarement sur les monuments aux morts. Le Souvenir français travaille a mieux identifier et honorer ces combattantes de l’ombre dont le courage egalait celui des hommes. Pour approfondir ces parcours trop longtemps restes dans l’ombre, le dossier sur les femmes dans la guerre, infirmieres, marraines et resistantes du Doubs rassemble ces figures feminines sur l’ensemble des deux conflits mondiaux.

La transmission de la memoire combattante

Les archives et les recherches

Pour retrouver l’histoire d’un combattant du Doubs, plusieurs sources sont disponibles. Les archives departementales du Doubs conservent les registres matricules militaires, qui contiennent les informations personnelles et le parcours de chaque soldat.

Le site Memoire des hommes, gere par le ministere des Armees, permet de consulter les fiches des soldats morts pour la France. Le site Grand Memorial offre un acces aux registres matricules numerises. Pour une méthodologie complète de recherche d’ancêtres soldats dans le Doubs, consultez notre entretien avec Jean-Pierre Renaud, archiviste spécialisé en généalogie militaire : fiches matricules, base Mémoire des Hommes, archives départementales, tout y est expliqué.

Les sources disponibles pour retracer un parcours de combattant sont de nature variee :

  • Les registres matricules militaires, conserves aux archives departementales, avec l’etat civil et le parcours de chaque soldat.
  • Les fiches “Mort pour la France” du site Memoire des hommes, qui precisent les circonstances du deces.
  • Les journaux des marches et operations (JMO) des regiments, qui relatent les combats jour après jour.
  • Les lettres et carnets de guerre, temoignages personnels souvent conserves dans les familles ou les archives locales.
  • Les temoignages oraux de veterans ou de leurs descendants, recueillis par les associations memorielles.
  • Les listes des monuments aux morts, qui permettent d’identifier les soldats originaires d’une commune donnée.

Le travail de collecte et d’identification mene par l’association combatrusse.fr illustre l’importance de la recherche historique militaire dans la preservation de la memoire des combattants.

Le role du Souvenir français

Le Souvenir français du Doubs contribue a cette transmission en entretenant les lieux ou reposent les combattants. Chaque tombe restauree, chaque monument fleuri est un acte de memoire qui prolonge le souvenir de ceux qui sont tombes.

L’association intervient egalement dans les écoles pour transmettre aux jeunes générations l’histoire des combattants de leur département. Pour connaitre l’organisation et les missions du Souvenir français, consultez nos articles dedies.