La Seconde Guerre mondiale constitue l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du Doubs. En juin 1940, les divisions blindees allemandes deference les defenses françaises et envahirent la Franche-Comte en quelques jours. S’ensuivirent quatre annees d’occupation, marquees par les restrictions, la repression et la résistance.
Cet article retrace les evenements qui frapperent le département, depuis la strategie de la Blitzkrieg qui permit l’invasion eclair de 1940 jusqu’aux combats qui marquerent cette période tragique. Les chiffres des forces en presence et des pertes temoignent de la violence des affrontements.
Le Souvenir français du Doubs entretient la memoire de tous ceux — militaires, resistants, civils — qui perdirent la vie pendant ce conflit. Les pertes humaines de cette guerre s’ajouterent a celles des conflits precedents, alourdissant encore le tribut paye par le département.
La Blitzkrieg : une revolution militaire
Pour comprendre la rapidite de la defaite française en 1940, il faut saisir la nature de la strategie allemande. La Blitzkrieg — litteralement “guerre eclair” — constituait une doctrine militaire radicalement nouvelle qui rendait caduques les lecons de la guerre de tranchees de 1914-1918.
Les principes de la guerre eclair
La Blitzkrieg reposait sur la combinaison de trois armes agissant de concert : les divisions blindees (Panzerdivisionen), l’aviation tactique (Luftwaffe) et l’infanterie motorisee. L’objectif n’etait pas de detruire l’armée ennemie dans une bataille frontale, mais de la paralyser en percant ses lignes sur un point etroit puis en s’enfoncant profondement dans ses arrieres.
Les bombardiers en pique Stuka (Junkers Ju 87) attaquaient les positions d’artillerie, les noeuds de communication et les colonnes de renforts. Les chars, regroupes en divisions autonomes, percaient le front et progressaient sans attendre l’infanterie. L’infanterie motorisee suivait pour consolider les gains et encercler les unites ennemies coupees de leurs bases.
Cette doctrine privilegiait la vitesse, la surprise et la demoralisation de l’adversaire. En Pologne (septembre 1939), puis en Norvege et au Danemark (avril 1940), la Blitzkrieg prouva son efficacite. Mais c’est contre la France qu’elle remporta son succes le plus spectaculaire.
La percee de Sedan et l’effondrement français
Le 10 mai 1940, l’Allemagne lanca son offensive a l’Ouest. Tandis que les armees alliees se portaient vers la Belgique et les Pays-Bas (tombant dans le piege tendu par l’etat-major allemand), les Panzergruppen du général Guderian percerent le front français a Sedan, dans les Ardennes, un secteur considere comme infranchissable par l’etat-major français.
En cinq jours, les colonnes blindees allemandes atteignirent la Manche, coupant en deux le dispositif allie. Le corps expeditionnaire britannique et les meilleures divisions françaises se retrouverent encercles dans la poche de Dunkerque.
| Phase | Date | Evenement |
|---|---|---|
| Offensive initiale | 10 mai 1940 | Invasion de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg |
| Percee de Sedan | 13-14 mai 1940 | Les Panzer de Guderian franchissent la Meuse |
| Course a la mer | 15-20 mai 1940 | Les blindes atteignent la Manche, coupant les Allies |
| Evacuation de Dunkerque | 26 mai - 4 juin 1940 | 338 000 soldats allies evacues vers l’Angleterre |
| Fall Rot (Plan rouge) | 5 juin 1940 | Offensive vers le sud, effondrement du front français |
| Invasion du Doubs | 15-25 juin 1940 | Les Panzergruppen envahissent la Franche-Comte |
| Armistice | 22 juin 1940 | Signature de l’armistice a Rethondes |
Après Dunkerque, l’armée française tenta de reconstituer un front sur la Somme et l’Aisne. Le 5 juin, l’offensive allemande reprit (opération Fall Rot). Le front craqua de nouveau. Paris fut declaree ville ouverte le 12 juin. Le gouvernement se replia a Bordeaux.
L’invasion du Doubs en juin 1940
C’est dans ce contexte de debacle generale que la Franche-Comte fut envahie. Le Doubs, situe a l’arriere du front principal, semblait relativement a l’abri. Mais la rapidite de l’avance allemande transforma cette region en un nouveau théâtre d’operations.
Les forces en presence
L’invasion du Doubs opposa des forces disproportionnees. Du cote allemand, deux groupements blindes convergeaient vers la Franche-Comte :
Le Panzergruppe Guderian, au nord de la ligne Dole-Pontarlier, alignait environ 50 000 hommes avec des unites blindees et motorisees. Ce groupement, commande par le général Heinz Guderian, l’un des theoriciens de la Blitzkrieg, disposait de chars Panzer III et IV, de vehicules blindes de reconnaissance et d’une artillerie mobile.
Le Panzergruppe Kleist, au sud, engageait environ 10 000 hommes dans une manoeuvre complementaire destinee a couper les voies de retraite françaises vers la Suisse.
Face a eux, les forces françaises comptaient environ 70 000 soldats, mais il s’agissait en grande partie d’unites de second echelon, de depots et de troupes en cours de regroupement. Mal equipees, sans soutien aerien et privees de blindes, ces unites ne pouvaient opposer qu’une résistance limitee a des troupes aguerries et parfaitement equipees.
Le deroulement de l’invasion
L’invasion du Doubs debuta l’après-midi du 15 juin 1940. Les colonnes blindees allemandes progresserent rapidement le long des axes routiers, balayant les resistances isolees.
Les unites françaises tenterent de retarder l’avance ennemie en defendant les ponts et les carrefours strategiques. Des combats eurent lieu a Dole, Besancon, Baume-les-Dames et dans la vallee du Doubs. Les fortifications de Besancon, heritees du systeme Sere de Rivieres renforce après 1870, offrirent quelques points d’appui aux defenseurs.
Mais l’absence de couverture aerienne rendait toute défense statique illusoire. Les Stukas frappaient les positions identifiees, et les chars contournaient les obstacles. En quelques jours, la résistance française s’effondra.
Le 17 juin, le marechal Petain, nouveau chef du gouvernement, demanda l’armistice. Cette annonce acheva de desorganiser les unites qui combattaient encore. De nombreux soldats, apprenant que la guerre etait “finie”, deposerent les armes.
Le 25 juin 1940, date d’entree en vigueur de l’armistice, les Allemands occupaient la totalite de la Franche-Comte. L’invasion avait dure dix jours.
Les pertes de l’invasion
Les combats de juin 1940 dans le Doubs causerent des pertes significatives, bien qu’inegalement reparties entre les deux camps.
| Categorie | Allemands | français |
|---|---|---|
| Militaires tues | ~100 | ~300 |
| Civils tues | — | ~90 |
| Blesses | Plusieurs centaines | Non comptabilises precisement |
| Prisonniers de guerre | — | ~30 000 |
Le chiffre le plus frappant est celui des prisonniers de guerre : plus de 30 000 soldats français furent captures dans le Doubs et ses environs. Ces hommes furent rassembles dans des camps provisoires avant d’etre transferes vers des stalags en Allemagne, ou la plupart resterent prisonniers jusqu’en 1945.
Les 90 civils tues furent victimes de bombardements, de tirs d’artillerie et parfois d’executions sommaires. Plusieurs villages furent partiellement detruits.
La Franche-Comte sous l’occupation
Après l’armistice, le Doubs fut classe en zone interdite (zone reservee), un statut encore plus restrictif que celui de la simple zone occupee. Cette classification signifiait que les habitants qui avaient fui ne pouvaient pas revenir chez eux, et que la region etait soumise a un controle allemand renforce.
La vie quotidienne sous l’occupation
L’occupation imposa aux Doubistes un quotidien marque par les restrictions, les requisitions et la surveillance. Les denrees alimentaires etaient rationnees, l’economie etait mise au service de l’effort de guerre allemand, et la presse etait censuree.
La proximite de la frontiere suisse conferait au Doubs une importance particuliere. Les reseaux d’evasion qui permettaient aux prisonniers evades, aux Juifs persecutes et aux resistants de gagner la Suisse traversaient le département. La douane allemande et la Feldgendarmerie multiplierent les patrouilles le long de la frontiere.
Les autorites d’occupation installerent leur Kommandantur a Besancon. La citadelle Vauban servit de prison et de lieu d’execution. Pres de 100 resistants et otages y furent fusilles entre 1941 et 1944, faisant de ce lieu un symbole de la repression nazie dans le département.
Le Service du Travail Obligatoire
A partir de fevrier 1943, le Service du Travail Obligatoire (STO) contraignit des milliers de jeunes français a partir travailler dans les usines allemandes. Dans le Doubs, de nombreux jeunes hommes refuserent ce depart force et prirent le maquis, alimentant les rangs de la Résistance.
Les forets du Haut-Doubs et du Jura offrirent un terrain propice aux maquis. Des groupes de resistants s’y organiserent, menant des actions de sabotage contre les voies de communication et les installations militaires allemandes.
Chronologie du conflit et ses repercussions sur le Doubs
La Seconde Guerre mondiale ne se limita pas a l’invasion de 1940. Six annees de conflit jalonnerent l’histoire du département, depuis les premiers jours de la mobilisation jusqu’a la Liberation.
1939 : la mobilisation et la “drole de guerre”
Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. La France declara la guerre le 3 septembre. La mobilisation generale fut decretee, et des milliers de Doubistes rallierent leurs unites.
Pendant huit mois, de septembre 1939 a mai 1940, les armees françaises et allemandes se firent face sans combattre veritablement. Cette période, baptisee la “drole de guerre”, engendra un sentiment de fausse securite qui rendit le choc de mai 1940 d’autant plus devastateur.
1940-1942 : l’installation de l’occupation
Après l’armistice, le Doubs s’installa dans la routine de l’occupation. Le regime de Vichy collaborait avec l’occupant, et les autorites locales devaient appliquer les directives allemandes. Les premières mesures antisemites furent mises en oeuvre des l’automne 1940.
1943-1944 : la Résistance s’intensifie
L’instauration du STO en 1943 marqua un tournant. Le nombre de resistants augmenta sensiblement, et les maquis se multiplierent dans les montagnes du Jura et du Haut-Doubs. Les reseaux de renseignement transmettaient des informations aux Allies. Les sabotages de voies ferrees et de lignes telephoniques se multiplierent.
La repression allemande s’intensifia en retour. Des villages furent perquisitionnes, des otages fusilles, des fermes incendiees. La Milice française, force paramilitaire du regime de Vichy, participa a la traque des resistants.
1944 : la Liberation
La Liberation du Doubs intervint a l’automne 1944. Les forces alliees, après le debarquement de Provence (15 aout 1944), remonterent la vallee du Rhone et atteignirent la Franche-Comte en septembre. Les troupes de la 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny, combattant aux cotes des forces americaines, libererent progressivement le département.
Besancon fut libérée le 8 septembre 1944 après des combats de rue. Sophie Marchand, historienne spécialisée en histoire contemporaine régionale, éclaire en détail les enjeux de cette libération dans un entretien exclusif sur la libération du Doubs en 1944. Montbeliard suivit le 17 novembre. Les derniers combats dans le Haut-Doubs se poursuivirent jusqu’en janvier 1945, la proximite de la frontiere allemande rendant la region strategiquement sensible.
Les grandes phases du conflit dans le Doubs
Pour resituer l’ensemble de la période, voici les principales phases traversees par le département entre 1939 et 1945 :
- Septembre 1939 - mai 1940 : mobilisation generale et “drole de guerre”, sans combats directs sur le territoire du Doubs.
- 15-25 juin 1940 : invasion eclair par les Panzergruppen allemands et effondrement des defenses françaises.
- 1940-1942 : installation de l’occupation, classement en zone interdite, premières mesures antisemites et premiers actes isoles de résistance.
- 1943 : instauration du STO, radicalisation d’une partie de la population et essor des maquis dans le Jura et le Haut-Doubs.
- 1943-1944 : intensification de la Résistance, sabotages, renseignement transmis aux Allies et repression allemande accrue.
- Automne 1944 : liberation progressive du département, avec Besancon libérée le 8 septembre 1944 et Montbeliard le 17 novembre.
- Jusqu’en janvier 1945 : derniers combats dans le Haut-Doubs, proche de la frontiere allemande encore active.
Le bilan humain dans le Doubs
Le bilan humain de la Seconde Guerre mondiale dans le Doubs depasse les seuls combats de juin 1940. Il faut y ajouter les morts de la Résistance, les victimes des represailles, les deportes qui ne revinrent pas, les prisonniers de guerre decedes en captivite et les civils tues lors de la Liberation.
Au total, le Doubs deplora plusieurs centaines de victimes directes du conflit. Les prisonniers de guerre — plus de 30 000 captures en 1940 — subirent des annees de captivite qui marquerent profondement les survivants et leurs familles.
Les noms inscrits sur les monuments aux morts du département, auxquels furent ajoutees les victimes de 1939-1945, temoignent de l’etendue de ces pertes.



