Les principales armes utilisées pendant la Première Guerre mondiale sont les fusils et mitrailleuses d’infanterie, l’artillerie lourde 14-18, les gaz de combat, les chars d’assaut et l’aviation militaire. Entre 1914 et 1918, leur développement transforme la guerre de mouvement en guerre industrielle et bouleverse les conditions de combat. Les soldats français, équipés notamment du fusil Lebel modèle 1886 et du fusil Berthier, affrontèrent sur le front ouest une artillerie de plus en plus lourde et des armes chimiques sans précédent. Pour le contexte général, consultez aussi notre dossier sur la guerre de 1914-1918.
Pour les soldats issus du Doubs et de la 7e région militaire de Besançon, cette évolution est vécue au quotidien. Les hommes du 60e régiment d’infanterie de Besançon, comme ceux du 35e RI de Belfort, affrontent ces armes nouvelles sur tous les fronts de l’Ouest.
De la cavalerie aux chars d’assaut
Au début du conflit en août 1914, les armées comptaient encore sur la cavalerie pour mener les charges décisives. Les dragons, hussards et cuirassiers formaient l’élite traditionnelle de l’armée. Mais la puissance de feu des armes modernes a rapidement rendu ces charges suicidaires.
La guerre de mouvement des premières semaines a cédé la place à une guerre de position. Les tranchées se sont étendues de la mer du Nord à la frontière suisse, créant un front continu de plus de 700 kilomètres. Face à cette impasse, l’idée d’un véhicule blindé capable de franchir les tranchées a germé.
Les Britanniques furent les premiers à déployer des chars d’assaut lors de la bataille de Flers-Courcelette, le 15 septembre 1916. Ces premiers Mark I étaient lents, peu fiables et souffraient de pannes mécaniques fréquentes. Mais leur effet psychologique sur les troupes allemandes fut considérable.
La France développa ses propres chars avec le Schneider CA1 et le Saint-Chamond, engagés pour la première fois lors de l’offensive Nivelle au Chemin des Dames en avril 1917. Au début de cette offensive, l’armée française ne disposait que de sept chars opérationnels. Les pertes furent lourdes face aux défenses allemandes bien préparées.
C’est le char léger Renault FT qui marqua véritablement l’histoire. Conçu par Louis Renault, il était le premier char doté d’une tourelle rotative. Produit à plus de 3 000 exemplaires, il joua un rôle décisif dans les offensives de 1918. Sa conception influença les blindés du monde entier pendant les deux décennies suivantes.
L’artillerie lourde : la reine des batailles
L’artillerie devint l’arme dominante de la Grande Guerre, causant près de 70 % des pertes totales. Le célèbre canon de 75 mm modèle 1897, fierté de l’armée française, était une pièce d’artillerie de campagne d’une précision remarquable. Son système de recul hydrostatique permettait un tir rapide sans repointer la pièce entre chaque coup.
Mais la guerre de tranchées exigeait des calibres plus lourds. Les Français développèrent des pièces de 155 mm, 220 mm et même 400 mm capables de détruire les abris bétonnés. La préparation d’artillerie avant une offensive pouvait durer plusieurs jours, déversant des millions d’obus sur les positions ennemies.
Les manufactures d’armes de la région de Besançon contribuèrent à l’effort de guerre. Les ateliers d’horlogerie du Doubs furent reconvertis pour produire des composants de précision destinés aux mécanismes de fusées d’obus et d’instruments de visée. Cette reconversion industrielle mobilisa une main-d’œuvre largement féminine.
| Pièce d’artillerie | Calibre | Portée | Cadence de tir |
|---|---|---|---|
| Canon de 75 mm Mle 1897 | 75 mm | 8 500 m | 15 coups/min |
| Canon de 155 C Mle 1917 | 155 mm | 11 200 m | 3 coups/min |
| Mortier de 220 Mle 1916 | 220 mm | 10 800 m | 1 coup/2 min |
| Obusier de 400 mm | 400 mm | 16 000 m | 1 coup/5 min |
| Canon de 75 antiaérien | 75 mm | 5 000 m (altitude) | 10 coups/min |
Les armes d’infanterie : fusils, mitrailleuses et grenades
Le fantassin français de 1914 était équipé du fusil Lebel modèle 1886, premier fusil à utiliser des munitions à poudre sans fumée. Fiable mais doté d’un magasin tubulaire de seulement huit cartouches, il fut progressivement complété par le fusil Berthier, plus rapide à recharger grâce à son chargeur à lames. Henri Lambert, conservateur spécialisé en armement militaire, décrit dans un entretien dédié à la Grande Guerre les nuances de cette transition technique et son impact sur les régiments du Doubs.
La mitrailleuse transforma l’art de la guerre. La mitrailleuse Saint-Étienne Mle 1907, bien que capricieuse, et surtout la Hotchkiss Mle 1914, plus robuste, fauchaient les assaillants par centaines. Une seule mitrailleuse pouvait stopper une compagnie entière. Les soldats du 60e RI de Besançon en firent l’amère expérience dès les premiers mois du conflit.
La grenade devint l’arme incontournable du combat de tranchées. Les modèles français F1 et citron Foug furent produits par millions. Le fusil-mitrailleur Chauchat, malgré ses défauts notoires, permit de doter chaque escouade d’une puissance de feu automatique. Le combat rapproché imposait également l’usage de la baïonnette, arme redoutée qui symbolisait la brutalité des corps-à-corps dans les tranchées.
Les gaz de combat : l’arme de la terreur
Le 22 avril 1915, à Ypres en Belgique, l’armée allemande lança la première attaque au chlore gazeux. Des nappes de gaz verdâtre se répandirent sur les tranchées françaises et algériennes du secteur, provoquant la panique et la mort de milliers de soldats. Cet événement marqua le début de la guerre chimique à grande échelle.
Les belligérants développèrent rapidement des agents toujours plus toxiques. Après le chlore vint le phosgène, plus difficile à détecter et dix fois plus mortel. En juillet 1917, les Allemands introduisirent le gaz moutarde, ou ypérite, qui provoquait de graves brûlures cutanées et des lésions pulmonaires persistantes.
Les masques à gaz évoluèrent en réponse à cette menace. Les premiers tampons imbibés de produits chimiques laissèrent place à des masques filtrants de plus en plus efficaces. Le masque M2 français, adopté à partir de 1916, offrait une protection correcte mais rendait le combat extrêmement pénible. Les soldats devaient s’entraîner régulièrement à combattre avec leur masque, dans des conditions de chaleur et de visibilité réduites. Pour une étude approfondie des armes chimiques et du gaz de combat utilisés sur le front 1914-1918 et de leur impact spécifique sur les soldats du Doubs, consultez notre dossier dédié.
L’aviation militaire : naissance d’une arme nouvelle
Au début de la guerre, l’aviation ne servait qu’à la reconnaissance. Les pilotes survolaient les lignes ennemies pour repérer les mouvements de troupes et corriger les tirs d’artillerie. Mais très vite, les aviateurs commencèrent à s’affronter dans le ciel.
Les as français devinrent des héros nationaux. Georges Guynemer, avec 53 victoires homologuées, incarna le courage et le sacrifice suprême lorsqu’il disparut en septembre 1917. René Fonck, avec 75 victoires, reste l’as des as allié de la Grande Guerre. Charles Nungesser, malgré ses nombreuses blessures, continua à combattre jusqu’à la fin du conflit.
Les appareils évoluèrent considérablement en quatre ans. Le fragile Nieuport 11, surnommé le « Bébé », laissa place au redoutable SPAD XIII, capable d’atteindre 220 km/h. Les bombardiers Breguet 14 permirent de frapper les arrières ennemis. À la fin de la guerre, l’aviation était devenue une arme à part entière, avec des escadrilles spécialisées dans la chasse, le bombardement et l’observation.
Le Doubs et la production d’armement
La région de Besançon, bien que située à l’arrière du front, joua un rôle essentiel dans la production de guerre. L’industrie horlogère du Doubs, mondialement réputée pour sa précision, fut reconvertie au service de l’effort militaire.
Les ateliers de Besançon, Morteau et Villers-le-Lac produisirent des mécanismes de fusées d’obus, des chronomètres militaires et des instruments de visée. Les forges de Franche-Comté fournirent de l’acier pour les obus et les pièces d’artillerie. Cette contribution industrielle, moins spectaculaire que les combats, fut néanmoins déterminante.
Les femmes du Doubs remplacèrent les hommes partis au front dans les usines. Surnommées les « munitionnettes », elles travaillaient dans des conditions difficiles, manipulant des substances toxiques pour fabriquer les millions de munitions nécessaires. Leur rôle fut essentiel pour soutenir l’effort de guerre comme le montre l’histoire du département pendant la Grande Guerre.
L’heritage de l’armement de 14-18
La Première Guerre mondiale a posé les fondements de la guerre moderne. Les chars d’assaut, l’aviation, les armes chimiques et l’artillerie mécanisée annonçaient les conflits du XXe siècle. Les leçons tirées de ce conflit influencèrent profondément la doctrine militaire française de l’entre-deux-guerres.
Dans le Doubs, les monuments aux morts de chaque commune rappellent le prix payé par les soldats face à ces armes terrifiantes. Les pertes humaines de la Grande Guerre furent d’une ampleur inédite, directement liées à la puissance destructrice de l’armement moderne.
Les collections du musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon conservent des témoignages de cette période. Armes, équipements et documents personnels permettent de mesurer l’évolution technologique qui transforma le soldat de 1914, parti en pantalon rouge, en combattant mécanisé de 1918. Pour distinguer cette période de l’armement de 1939-1945, consultez aussi notre dossier sur les chars, l’aviation et l’infanterie de la Seconde Guerre mondiale.



