La Première Guerre mondiale a constitue un tournant majeur dans l’histoire de l’armement. En quatre ans de conflit, les belligerants ont développé et deploye des armes d’une puissance sans precedent. Des tranchees de la Somme aux cieux de Verdun, la technologie militaire a transforme radicalement la maniere de combattre.

Pour les soldats issus du Doubs et de la 7e region militaire de Besancon, cette evolution a été vecue au quotidien. Les hommes du 60e régiment d’infanterie de Besancon, comme ceux du 35e RI de Belfort, ont affronte ces armes nouvelles sur tous les fronts de l’Ouest.

De la cavalerie aux chars d’assaut

Au debut du conflit en aout 1914, les armees comptaient encore sur la cavalerie pour mener les charges decisives. Les dragons, hussards et cuirassiers formaient l’elite traditionnelle de l’armée. Mais la puissance de feu des armes modernes a rapidement rendu ces charges suicidaires.

La guerre de mouvement des premières semaines a cede la place a une guerre de position. Les tranchees se sont etendues de la mer du Nord a la frontiere suisse, creant un front continu de plus de 700 kilometres. Face a cette impasse, l’idee d’un vehicule blinde capable de franchir les tranchees a germe.

Les Britanniques furent les premiers a deployer des chars d’assaut lors de la bataille de Flers-Courcelette, le 15 septembre 1916. Ces premiers Mark I etaient lents, peu fiables et souffraient de pannes mecaniques frequentes. Mais leur effet psychologique sur les troupes allemandes fut considerable.

La France developpa ses propres chars avec le Schneider CA1 et le Saint-Chamond, engages pour la première fois lors de l’offensive Nivelle au Chemin des Dames en avril 1917. Au debut de cette offensive, l’armée française ne disposait que de sept chars operationnels. Les pertes furent lourdes face aux defenses allemandes bien preparees.

C’est le char leger Renault FT qui marqua veritablement l’histoire. Concu par Louis Renault, il etait le premier char dote d’une tourelle rotative. Produit a plus de 3 000 exemplaires, il joua un role décisif dans les offensives de 1918. Sa conception influenca les blindes du monde entier pendant les deux décennies suivantes.

Soldats français dans les tranchees avec leur equipement durant la Premiere Guerre mondiale

L’artillerie lourde : la reine des batailles

L’artillerie devint l’arme dominante de la Grande Guerre, causant pres de 70 % des pertes totales. Le célèbre canon de 75 mm modèle 1897, fierté de l’armée française, etait une piece d’artillerie de campagne d’une precision remarquable. Son systeme de recul hydrostatique permettait un tir rapide sans repointer la piece entre chaque coup.

Mais la guerre de tranchees exigeait des calibres plus lourds. Les français developperent des pieces de 155 mm, 220 mm et meme 400 mm capables de detruire les abris betonnes. La préparation d’artillerie avant une offensive pouvait durer plusieurs jours, deverant des millions d’obus sur les positions ennemies.

Les manufactures d’armes de la region de Besancon contribuerent a l’effort de guerre. Les ateliers d’horlogerie du Doubs furent reconvertis pour produire des composants de precision destines aux mecanismes de fusees d’obus et d’instruments de visee. Cette reconversion industrielle mobilisa une main-d’oeuvre largement feminine.

Piece d’artillerie Calibre Portee Cadence de tir
Canon de 75 mm Mle 1897 75 mm 8 500 m 15 coups/min
Canon de 155 C Mle 1917 155 mm 11 200 m 3 coups/min
Mortier de 220 Mle 1916 220 mm 10 800 m 1 coup/2 min
Obusier de 400 mm 400 mm 16 000 m 1 coup/5 min
Canon de 75 antiaerien 75 mm 5 000 m (altitude) 10 coups/min

Les armes d’infanterie : fusils, mitrailleuses et grenades

Le fantassin français de 1914 etait equipe du fusil Lebel modèle 1886, premier fusil a utiliser des munitions a poudre sans fumee. Fiable mais dote d’un magasin tubulaire de seulement huit cartouches, il fut progressivement complete par le fusil Berthier, plus rapide a recharger grace a son chargeur a lames. Henri Lambert, conservateur specialise en armement militaire, decrit dans un entretien dedie a la Grande Guerre les nuances de cette transition technique et son impact sur les regiments du Doubs.

La mitrailleuse transforma l’art de la guerre. La mitrailleuse Saint-Etienne Mle 1907, bien que capricieuse, et surtout la Hotchkiss Mle 1914, plus robuste, fauchaient les assaillants par centaines. Une seule mitrailleuse pouvait stopper une compagnie entiere. Les soldats du 60e RI de Besancon en firent l’amere experience des les premiers mois du conflit.

La grenade devint l’arme incontournable du combat de tranchees. Les modèles français F1 et citron Foug furent produits par millions. Le fusil-mitrailleur Chauchat, malgre ses defauts notoires, permit de doter chaque escouade d’une puissance de feu automatique. Le combat rapproche imposait egalement l’usage de la baionnette, arme redoutee qui symbolisait la brutalite des corps-a-corps dans les tranchees.

Les gaz de combat : l’arme de la terreur

Le 22 avril 1915, a Ypres en Belgique, l’armée allemande lanca la première attaque au chlore gazeux. Des nappes de gaz verdatre se repandirent sur les tranchees françaises et algeriennes du secteur, provoquant la panique et la mort de milliers de soldats. Cet evenement marqua le debut de la guerre chimique a grande echelle.

Les belligerants developperent rapidement des agents toujours plus toxiques. Après le chlore vint le phosgene, plus difficile a detecter et dix fois plus mortel. En juillet 1917, les Allemands introduisirent le gaz moutarde, ou yperite, qui provoquait de graves brulures cutanees et des lesions pulmonaires persistantes.

Les masques a gaz evoluerent en reponse a cette menace. Les premiers tampons imbibés de produits chimiques laisserent place a des masques filtrants de plus en plus efficaces. Le masque M2 français, adopte a partir de 1916, offrait une protection correcte mais rendait le combat extremement penible. Les soldats devaient s’entrainer regulierement a combattre avec leur masque, dans des conditions de chaleur et de visibilite reduites. Pour une étude approfondie des armes chimiques et du gaz de combat utilisés sur le front 1914-1918 et de leur impact spécifique sur les soldats du Doubs, consultez notre dossier dédié.

Avion de chasse SPAD XIII de l'aviation française pendant la Grande Guerre

L’aviation militaire : naissance d’une arme nouvelle

Au debut de la guerre, l’aviation ne servait qu’a la reconnaissance. Les pilotes survolaient les lignes ennemies pour reperer les mouvements de troupes et corriger les tirs d’artillerie. Mais très vite, les aviateurs commencerent a s’affronter dans le ciel.

Les as français devinrent des heros nationaux. Georges Guynemer, avec 53 victoires homologuees, incarna le courage et le sacrifice supreme lorsqu’il disparut en septembre 1917. Rene Fonck, avec 75 victoires, reste l’as des as allie de la Grande Guerre. Charles Nungesser, malgre ses nombreuses blessures, continua a combattre jusqu’a la fin du conflit.

Les appareils evoluerent considerablement en quatre ans. Le fragile Nieuport 11, surnomme le « Bebe », laissa place au redoutable SPAD XIII, capable d’atteindre 220 km/h. Les bombardiers Breguet 14 permirent de frapper les arrières ennemis. A la fin de la guerre, l’aviation etait devenue une arme a part entiere, avec des escadrilles specialisees dans la chasse, le bombardement et l’observation.

Le Doubs et la production d’armement

La region de Besancon, bien que situee a l’arriere du front, joua un role essentiel dans la production de guerre. L’industrie horlogere du Doubs, mondialement reputee pour sa precision, fut reconvertie au service de l’effort militaire.

Les ateliers de Besancon, Morteau et Villers-le-Lac produisirent des mecanismes de fusees d’obus, des chronometres militaires et des instruments de visee. Les forges de Franche-Comte fournirent de l’acier pour les obus et les pieces d’artillerie. Cette contribution industrielle, moins spectaculaire que les combats, fut neanmoins determinante.

Les femmes du Doubs remplacerent les hommes partis au front dans les usines. Surnommees les « munitionnettes », elles travaillaient dans des conditions difficiles, manipulant des substances toxiques pour fabriquer les millions de munitions necessaires. Leur role fut essentiel pour soutenir l’effort de guerre comme le montre l’histoire du département pendant la Grande Guerre.

L’heritage de l’armement de 14-18

La Première Guerre mondiale a pose les fondements de la guerre moderne. Les chars d’assaut, l’aviation, les armes chimiques et l’artillerie mecanisee annoncaient les conflits du XXe siecle. Les lecons tirees de ce conflit influencerent profondement la doctrine militaire française de l’entre-deux-guerres.

Dans le Doubs, les monuments aux morts de chaque commune rappellent le prix paye par les soldats face a ces armes terrifiantes. Les pertes humaines de la Grande Guerre furent d’une ampleur inedite, directement liees a la puissance destructrice de l’armement moderne.

Les collections du musée de la Résistance et de la Deportation de Besancon conservent des temoignages de cette période. Armes, equipements et documents personnels permettent de mesurer l’evolution technologique qui transforma le soldat de 1914, parti en pantalon rouge, en combattant mecanise de 1918.