Le département du Doubs a paye un lourd tribut lors de la Première Guerre mondiale. Situe au coeur de la 7e region militaire dont Besancon etait le chef-lieu, il a fourni des milliers d’hommes aux armees françaises. Des casernes de la citadelle de Besancon aux tranchees de Verdun, les soldats du Doubs ont combattu sur tous les fronts.

La mobilisation generale du 2 aout 1914 a bouleverse la vie du département. En quelques jours, les hommes valides ont quitte leurs fermes, leurs ateliers d’horlogerie et leurs commerces pour rejoindre leurs regiments. Le Doubs entrait dans quatre annees de guerre qui allaient transformer durablement la société locale.

La 7e region militaire : organisation et composition

Besancon abritait l’etat-major de la 7e region militaire, l’une des vingt et une regions de l’armée française. Cette region couvrait un vaste territoire comprenant le Doubs, la Haute-Saone, le Territoire de Belfort, le Jura, l’Ain et une partie des Vosges. Sa position geographique, proche de la frontiere avec l’Alsace alors allemande, lui conferait une importance stratégique particuliere.

La garnison de Besancon etait l’une des plus importantes de l’Est de la France. La citadelle Vauban, les casernes de la Butte et les forts de la ceinture bisontine accueillaient plusieurs milliers de soldats en temps de paix. Cette presence militaire ancienne avait faconne l’identite de la ville.

Le commandement de la 7e region militaire supervisait la mobilisation et l’entrainement des reservistes. Les centres d’instruction preparaient les recrues avant leur envoi au front. Tout au long de la guerre, Besancon conserva ce role de plaque tournante logistique et d’instruction pour les troupes de l’Est.

Les regiments d’infanterie du Doubs

L’infanterie constituait l’ossature de l’armée française. La 7e region militaire fournit de nombreux regiments qui s’illustrerent sur les champs de bataille.

Régiment Garnison Faits d’armes notables
60e RI Besancon Lorraine, Artois, Verdun, Somme, Chemin des Dames
35e RI Belfort Alsace, Artois, Verdun, offensive de 1918
42e RI Belfort Mulhouse aout 1914, Hartmannswillerkopf, Verdun
44e RI Lons-le-Saunier Lorraine, Champagne, Verdun, Flandres
152e RI Gerardmer Alsace, Hartmannswillerkopf (« mangeurs d’hommes »)
171e RI Belfort Alsace, Somme, Aisne
5e BCP Remiremont Vosges, Alsace, Verdun
15e BCP Besancon-Remiremont Vosges, Somme, Chemin des Dames

Le 60e régiment d’infanterie de Besancon fut l’un des plus emblematiques. Caserne dans la ville, il recruta massivement parmi les jeunes hommes du Doubs. Des les premiers jours de la guerre, il fut engage en Lorraine avant de participer aux batailles les plus meurtrieres du conflit. Le régiment perdit des milliers d’hommes en quatre ans de combats.

Le 42e RI de Belfort participa a la breve reconquete de Mulhouse en aout 1914, avant d’etre engage dans les terribles combats du Hartmannswillerkopf en Alsace. Cette montagne des Vosges, surnommee le « mangeur d’hommes », couta la vie a des milliers de soldats français et allemands. Le 152e RI de Gerardmer s’y distingua egalement par sa tenacite.

Regiment d'infanterie du Doubs en formation avant le depart pour le front en 1914

La cavalerie et l’artillerie de la region

La 7e region militaire comptait egalement des regiments de cavalerie et d’artillerie qui participerent pleinement au conflit.

Le 11e régiment de chasseurs a cheval de Vesoul et le 14e régiment de chasseurs a cheval de Dole assuraient la reconnaissance et la couverture des flancs. Le 12e régiment de hussards de Gray, heritier d’une longue tradition cavaliere, servit d’abord a cheval avant d’etre transforme au fil de la guerre. La cavalerie, rendue obsolete par les mitrailleuses et les tranchees, dut se reinventer comme force montee combattant a pied.

L’artillerie de la region comprenait le 4e régiment d’artillerie de campagne et le 5e régiment d’artillerie de campagne, equipes du célèbre canon de 75 mm. Ces unites fournirent un appui-feu essentiel aux regiments d’infanterie tout au long du conflit, comme le detaille notre article sur l’armement de la Grande Guerre.

Les grandes batailles des regiments du Doubs

Les unites de la 7e region militaire furent engagees dans les batailles les plus decisives de la guerre. Des les premiers combats d’aout 1914 en Lorraine et en Alsace, elles subirent de lourdes pertes face a la puissance de feu allemande.

La bataille de Verdun, de fevrier a decembre 1916, mobilisa pratiquement toutes les unites françaises par rotation. Les regiments du Doubs y furent engages a plusieurs reprises. Le 60e RI combattit dans le secteur de Douaumont et de Vaux, ou les pertes furent effroyables. Les soldats du Doubs connurent l’enfer des bombardements continus, de la boue et du froid.

Sur la Somme, a partir de juillet 1916, les regiments de la region participerent a l’offensive franco-britannique. Les combats furent d’une violence extreme dans un paysage lunaire creuse de crateres d’obus. Le Chemin des Dames en avril 1917 constitua une autre epreuve terrible, l’offensive Nivelle se soldant par un echec sanglant.

Les offensives finales de 1918 virent les regiments du Doubs participer a la liberation du territoire. Epuises mais determines, les soldats combattirent jusqu’a l’armistice du 11 novembre 1918. La victoire fut acquise au prix d’un sacrifice humain immense.

L’arriere : la vie dans le Doubs pendant la guerre

Le Doubs, situe a l’arriere du front mais proche de la zone des combats en Alsace, connut une profonde transformation de sa vie quotidienne. Le depart des hommes mobilises vida les campagnes et les ateliers.

Les femmes du Doubs prirent en charge les exploitations agricoles. Dans les fermes du Haut-Doubs et des vallees du département, elles assurerent les moissons, s’occuperent du betail et maintinrent la production fromagere indispensable au ravitaillement. Les fromageries de comte, activité economique majeure du département, continuerent a fonctionner grace a leur engagement.

L’industrie horlogere de Besancon, Morteau et Villers-le-Lac fut reconvertie pour l’effort de guerre. Les ateliers de precision fabriquaient desormais des composants pour les fusees d’obus, des chronometres militaires et des instruments optiques. Les femmes constituerent l’essentiel de cette main-d’oeuvre industrielle.

Vie quotidienne dans le Doubs pendant la Grande Guerre, femmes au travail dans les champs

Besancon servit egalement de ville d’accueil pour les blesses evacues du front. Les hopitaux militaires et les hopitaux auxiliaires installes dans des batiments publics soignerent des milliers de soldats. Les Bisontines s’engagerent comme infirmieres benevoles et contribuerent a l’accueil des refugies venus des zones de combats.

L’impact humain et les pertes du département

Le bilan humain de la guerre fut devastateur pour le Doubs. Chaque commune du département perdit des hommes au combat. Les monuments aux morts, eriges dans les annees 1920, temoignent de l’ampleur du sacrifice. Meme les plus petits villages portent sur leur memorial des dizaines de noms.

Les familles doubistes vecurent dans l’angoisse permanente des nouvelles du front. Les lettres des soldats, souvent censurees, laissaient transparaitre l’horreur des combats. Les avis de deces officiels plongeaient des familles entieres dans le deuil. Les pertes humaines de la Grande Guerre marquerent durablement la demographie du département.

Les blesses et mutiles de guerre furent nombreux a revenir dans le Doubs. Les « gueules cassees », les amputes et les gazés portaient dans leur chair les stigmates du conflit. Leur reinsertion dans la société civile constitua un defi majeur pour le département dans les annees d’après-guerre.

Le retour des soldats et la memoire

L’armistice du 11 novembre 1918 fut accueilli avec un immense soulagement dans tout le Doubs. Les cloches des églises sonnerent pour célébrer la fin des combats. Mais la joie etait melee de tristesse pour les milliers de familles endeuillees.

La demobilisation s’etala sur plusieurs mois. Les soldats retrouverent un département transforme par quatre annees de guerre. L’economie devait se reconvertir, les exploitations agricoles avaient souffert du manque de bras et les sequelles psychologiques du conflit affectaient de nombreux anciens combattants.

Les associations d’anciens combattants se constituerent rapidement dans le Doubs. Le Souvenir français, déjà actif avant la guerre, renforca son action pour entretenir les tombes et les monuments. Dans chaque commune, des comités se formerent pour eriger des monuments aux morts et organiser les cérémonies commémoratives.

Un heritage vivant dans le Doubs

Aujourd’hui, plus d’un siecle après la fin de la Grande Guerre, le Doubs conserve la memoire de ses soldats. Les monuments aux morts, les plaques commémoratives dans les églises et les cimetieres militaires rappellent le sacrifice des hommes du département.

Les archives departementales du Doubs conservent les registres matricules, les correspondances et les photographies de cette epoque. Ces documents permettent aux familles de retrouver la trace de leurs ancetres combattants et aux historiens de reconstituer le parcours des unites de la 7e region militaire.

Les cérémonies du 11 novembre, organisees chaque annee dans les communes du département, perpetuent le souvenir. Le Souvenir français du Doubs veille a ce que cette memoire reste vivante et transmise aux jeunes générations, pour que le sacrifice des soldats du Doubs ne soit jamais oublie.