L’armée française en 1939-1945 employait le fusil réglementaire MAS-36 en calibre 7,5 mm comme arme individuelle principale de l’infanterie, complété par le fusil-mitrailleur modèle 1924 M29 d’un poids de 13 kg et équipé d’un chargeur de 25 cartouches du même calibre.
L’armement d’infanterie français en 1939-1945
Le fusil MAS-36 constituait l’arme de base du fantassin français au début du conflit. Sa conception simple et robuste visait à remplacer les modèles plus anciens issus de la Grande Guerre. Les unités d’infanterie l’adoptaient largement dès la mobilisation, avec une distribution prioritaire aux régiments métropolitains. Ce fusil offrait une bonne précision à courte et moyenne distance, adaptée aux tactiques défensives prévues le long de la ligne Maginot et des frontières.
Le fusil-mitrailleur modèle 1924 M29 complétait l’armement individuel au niveau de la section. Pesant 13 kg, il était transporté par un servant et un pourvoyeur. Son chargeur de 25 cartouches en 7,5 mm permettait un tir soutenu pendant les engagements. Les soldats l’utilisaient pour appuyer les avancées ou les replis, bien que son poids limitât la mobilité en terrain accidenté.
Les mitrailleuses Hotchkiss en calibre 8 mm et Chatellerault en 7,5 mm assuraient le feu de couverture au niveau de la compagnie. Les Hotchkiss, héritées des stocks de 1918, restaient en service dans de nombreuses unités de deuxième ligne. Les Chatellerault, plus modernes, équipaient les formations actives et offraient une cadence de tir adaptée aux combats de positions. Ces armes lourdes nécessitaient des affûts fixes ou des trépieds, ce qui réduisait leur emploi dans les manœuvres rapides.
- Fusil MAS-36 : calibre 7,5 mm, distribution générale aux fantassins mobilisés.
- Fusil-mitrailleur 1924 M29 : 13 kg, chargeur 25 cartouches 7,5 mm, emploi sectionnaire.
- Mitrailleuse Hotchkiss : calibre 8 mm, maintien en service dans les unités de réserve.
- Mitrailleuse Chatellerault : calibre 7,5 mm, priorité aux formations de première ligne.
Ces équipements reflétaient une doctrine centrée sur la défensive et le tir contrôlé. Les fantassins s’entraînaient à les employer dans des positions fortifiées, mais la campagne de mai-juin 1940 montra rapidement les limites face à des assauts mobiles, comme le rappelle notre article sur la Seconde Guerre mondiale dans le Doubs.
En comparaison, l’armement de la Première Guerre mondiale, présenté dans notre article sur les armes de 1914-1918, reposait sur une doctrine très différente, centrée sur la guerre de tranchées et l’artillerie de position.
Les chars français face aux Panzers
Les chars légers Renault R35 et R40, Hotchkiss H35 et H39, ainsi que le FCM 36 formaient l’essentiel des unités blindées légères françaises. Ces engins étaient conçus pour accompagner l’infanterie et briser des lignes fortifiées. Leur blindage et leur armement principal les destinaient à des actions locales plutôt qu’à des percées profondes.
Le char lourd B1 bis, d’un poids de 32 tonnes, représentait la pièce maîtresse des bataillons de chars de combat. Ses dimensions imposantes et son canon de 75 mm en casemate lui conféraient une puissance de feu supérieure à celle de la plupart des blindés allemands rencontrés en 1940. Les équipages l’employaient en appui direct des divisions d’infanterie.
Comparer le char français R35 au Panzer III allemand met en lumière un décalage doctrinal plus qu’un simple écart technique. Le R35, affecté par petits groupes aux régiments d’infanterie, intervenait de manière dispersée pour soutenir les fantassins au contact. Le Panzer III, intégré aux divisions blindées allemandes, participait à des concentrations massives capables de percer les dispositifs ennemis sur plusieurs kilomètres. Cette différence d’emploi expliqua en partie l’impossibilité française de constituer des réserves mobiles face aux percées du printemps 1940.
L’aviation de chasse française en 1940
L’aviation de chasse française alignait les Dewoitine D.500 et D.501 avant de recevoir les D.520, dont 210 exemplaires furent livrés avant l’offensive allemande. Ces monoplans monomoteurs visaient à moderniser la flotte de 1936. Parallèlement, l’achat de Curtiss H75 américains permit d’équiper plusieurs escadrilles avec un chasseur éprouvé aux performances comparables.
La vitesse du Messerschmitt Bf 109 dépassait celle du Dewoitine D.520 dans la plupart des régimes de vol. Les pilotes français compensaient ce désavantage par une meilleure maniabilité à basse vitesse et une puissance de feu adaptée aux engagements défensifs. Les 1275 appareils français disponibles en première ligne en mai 1940 se répartissaient entre chasse, reconnaissance et bombardement, sans que les effectifs de chasseurs ne suffisent à couvrir l’ensemble du front.
Les unités de chasse opéraient depuis des terrains dispersés en métropole. Les mécaniciens entretenaient les D.520 avec des pièces souvent rares, tandis que les Curtiss H75 facilitaient la transition pour les pilotes formés sur matériel américain. Cette mixité d’équipements compliquait la logistique mais permit tout de même d’opposer une résistance aérienne pendant les six semaines de la campagne qui précéda l’occupation du territoire, décrite dans notre article sur l’occupation nazie dans le Doubs.
Les pertes aériennes de la campagne de France
Les pertes aériennes françaises atteignirent 776 aviateurs tués, 180 disparus et 537 blessés, représentant environ 30 % de l’effectif engagé. Ces chiffres illustrent l’intensité des combats du 10 mai au 25 juin 1940. Les escadrilles de chasse subirent les pertes les plus lourdes en raison des missions d’interception répétées.
Sur le plan matériel, 306 chasseurs furent perdus au combat. En regard, les unités françaises revendiquèrent 1200 appareils allemands abattus. Ces résultats, obtenus malgré l’infériorité numérique et technique, témoignent de l’engagement des pilotes et du personnel au sol. Les terrains bombardés et le manque de relève limitèrent cependant la durée de cette résistance.
Les survivants furent parfois évacués vers l’Afrique du Nord avec les appareils encore en état de vol. Les données sur les pertes humaines et matérielles restent une référence pour mesurer l’ampleur du sacrifice consenti par l’aviation française pendant cette période.
Armement français et armement allemand : un déséquilibre réel ?
La comparaison chiffrée des moyens matériels met en évidence un déséquilibre certain en mai 1940. Les 1275 appareils français en première ligne faisaient face à une Luftwaffe supérieure en nombre et en cadence de production. Les 210 D.520 livrés ne purent compenser le volume des Bf 109 engagés sur le front ouest.
Pour les chars, le B1 bis de 32 tonnes offrait une protection et une puissance de feu supérieures au Panzer III moyen, mais son emploi dispersé réduisit son impact stratégique. Les chars légers français, affectés par petits paquets aux divisions d’infanterie, ne purent contrer les concentrations blindées allemandes qui percèrent les Ardennes.
Ce déséquilibre tenait donc moins à la qualité intrinsèque des matériels qu’à leur répartition et à la doctrine d’emploi. L’infanterie française disposait d’armes individuelles et collectives fiables, mais l’absence de réserves blindées mobiles empêcha toute riposte coordonnée après les premières percées.
Que reste-t-il de cet armement dans la mémoire du Doubs
La production d’armement dans le Doubs pendant la Première Guerre mondiale est documentée dans les archives locales, avec des usines reconverties pour fabriquer munitions et composants. Aucune recherche équivalente n’a encore permis de reconstituer un bilan précis pour la période 1939-1945 dans le département.
Les témoignages et les collections conservées dans les musées du Doubs évoquent surtout les armes de 1914-1918. Les MAS-36 et les mitrailleuses Chatellerault apparaissent occasionnellement dans les expositions temporaires, sans lien direct avec une production régionale identifiée. Les chars et les avions, par leur nature centralisée, laissent peu de traces matérielles dans le paysage doubsien.
Les commémorations organisées par le Souvenir français du Doubs rappellent régulièrement le rôle des unités locales pendant la campagne de 1940, mais l’armement lui-même reste évoqué de manière générale. L’absence d’études spécifiques sur les ateliers du département pour la Seconde Guerre mondiale limite encore la transmission de cette mémoire technique auprès du public.
Comprendre un déséquilibre pour mieux lire la campagne de 1940
Resituer l’armement de 1939-1945 permet d’éclairer autrement les combats livrés dans le Doubs et en Franche-Comté durant les six semaines de la campagne de France. Un fantassin équipé d’un MAS-36 et d’un fusil-mitrailleur 1924 M29 affrontait des unités allemandes dotées d’une doctrine offensive appuyée sur des concentrations blindées et une coopération étroite avec l’aviation de chasse et les bombardiers en piqué. Cette asymétrie doctrinale, plus que la seule qualité des matériels pris isolément, explique en grande partie la rapidité de l’effondrement du front en mai-juin 1940.
Pour un lecteur souhaitant approfondir ce sujet localement, deux démarches concrètes peuvent être engagées. La première consiste à consulter les collections des musées du Doubs consacrés à la Seconde Guerre mondiale, en portant une attention particulière aux légendes et aux provenances des pièces exposées, afin de distinguer un armement effectivement utilisé localement d’un matériel présenté à titre de comparaison pédagogique. La seconde consiste à solliciter les comités locaux du Souvenir Français du Doubs, dont les archives associatives et les témoignages recueillis au fil des décennies peuvent parfois compléter, à l’échelle d’une commune ou d’un régiment, ce que les synthèses nationales laissent nécessairement dans l’ombre.
Une mémoire technique encore à construire
Contrairement à l’armement de la Première Guerre mondiale, dont la production dans le Doubs a fait l’objet de recherches documentées, l’équipement de 1939-1945 souffre d’un déficit d’études locales spécifiques. Cette lacune ne signifie pas une absence d’histoire : elle traduit plutôt un chantier de recherche encore ouvert, que les archives départementales et les associations mémorielles du Doubs pourraient contribuer à combler dans les années à venir.
Ce constat invite à la prudence méthodologique. Rapprocher un char B1 bis ou un chasseur Dewoitine D.520 d’un fait précis survenu dans le Doubs pendant la campagne de 1940 nécessite une vérification archivistique au cas par cas, et non une généralisation à partir des seules données nationales de production et de pertes. C’est cette rigueur que le Souvenir Français du Doubs entend maintenir dans son travail de transmission de la mémoire combattante, y compris lorsqu’il s’agit d’aspects aussi techniques que l’armement des soldats.



