Le 10 mai 1871, à Francfort, la France signe le traité qui consacre sa défaite face à la Prusse de Bismarck. L’Alsace, une grande partie de la Moselle, près d’un million et demi d’habitants passent sous souveraineté allemande. La frontière de l’Est, jadis lointaine, vient s’appuyer désormais sur la crête des Vosges. Verdun, Toul, Épinal, Belfort se retrouvent au premier rang d’une menace permanente. Au-delà, le département du Doubs, grand voisin de la Suisse et de l’Allemagne nouvellement reconstituée, devient une marche stratégique de premier plan.
Pour répondre à cette situation, la République engage dès 1873 un programme de fortifications d’une ampleur inédite. Sa conception est confiée à un officier du génie de soixante ans, ancien polytechnicien, vétéran des campagnes coloniales et de Crimée : le général Raymond Adolphe Séré de Rivières. En une décennie, entre 1874 et 1885, plus de 350 ouvrages militaires sortent de terre sur les frontières françaises, dont une part significative en Franche-Comté.
Cet article retrace cette aventure militaire et architecturale. Nous examinerons les origines de cette nouvelle doctrine défensive, la personnalité de son architecte, puis nous cheminerons dans le Doubs et autour de Belfort à la rencontre des forts, casemates et batteries qui formaient le verrou est de la France. Nous verrons enfin comment ces ouvrages ont traversé les deux guerres mondiales et ce qu’il en reste aujourd’hui, alors que le Souvenir Français participe à leur sauvegarde au même titre que les autres lieux de mémoire militaire.
L’après-1870 : la nécessité d’une nouvelle défense
La défaite de 1870 a un goût amer pour la France. Sedan, Metz, le siège de Paris : en quelques mois, l’armée impériale a été disloquée, l’Empire renversé, la République proclamée dans l’urgence. Le traité de Francfort impose, outre la perte territoriale, une indemnité de guerre de cinq milliards de francs-or. Le pays se relève dans la douleur, animé d’une seule idée fixe : ne jamais revivre cela.
La leçon militaire est limpide. La France a manqué d’une défense en profondeur. Strasbourg est tombée le 28 septembre 1870 après quarante-six jours de siège, Metz le 27 octobre. Belfort, en revanche, a tenu cent trois jours sous le commandement du colonel Pierre Philippe Denfert-Rochereau et n’a capitulé que sur ordre exprès, le 18 février 1871, après l’armistice. Cette résistance valut à la ville un statut particulier : la création d’un Territoire de Belfort (qui deviendra le 90e département français), maintenu hors d’Alsace pour récompenser l’héroïsme de sa garnison.
Sur le plan stratégique, deux constats s’imposent. Premièrement, la nouvelle frontière, raccourcie de quelque 400 kilomètres, doit être tenue avec moins d’espace de manœuvre. Deuxièmement, l’artillerie a évolué : les obus explosifs, les rayures de canon, l’augmentation des portées rendent obsolètes les fortifications héritées de Vauban. Pour comprendre le contexte plus large dans lequel s’inscrivent ces décisions, on se reportera à la guerre de 1870 dans le Doubs, épisode local qui éclaire l’urgence ressentie alors.
L’Assemblée nationale, malgré les difficultés financières, vote dès le milieu des années 1870 plusieurs centaines de millions de francs pour la défense nationale. Une loi du 17 juillet 1874 ouvre un crédit de 88 millions, complété par d’autres tranches budgétaires. Sur dix ans, près de 600 millions de francs-or seront consacrés aux nouvelles fortifications, somme considérable qui témoigne de l’angoisse permanente de la « revanche ».
Le général Raymond Adolphe Séré de Rivières, l’architecte
Né le 20 mai 1815 à Albi, dans le Tarn, Raymond Adolphe Séré de Rivières entre à l’École polytechnique en 1835. Il choisit l’arme du génie, sort de l’École d’application de Metz en 1839 et commence une carrière classique d’officier ingénieur. Ses premières années sont marquées par les études et les chantiers ordinaires : il sert en Algérie pendant la conquête, puis dans plusieurs places fortes de l’Hexagone.
La guerre de Crimée (1854-1856) lui permet d’observer in situ les évolutions de l’art du siège. Il participe aux opérations devant Sébastopol et tire de cette expérience une réflexion personnelle sur l’évolution de l’artillerie. En 1859, lors de l’expédition de Cochinchine, il dirige les travaux de défense de Saigon récemment occupée par la France. Il poursuit ensuite sa carrière entre les bureaux du ministère de la Guerre, où il rédige plusieurs études techniques, et les commandements de génie sur le terrain.
La défaite de 1870 le trouve à un poste stratégique : il est chargé de la défense de Lyon. Cette mission, menée en pleine débâcle nationale, lui forge une réputation de méthode et de rigueur. En 1872, il est nommé directeur du génie au ministère de la Guerre, puis en 1873 secrétaire du Comité de défense, organe créé spécifiquement pour repenser la protection du territoire. Promu général de division en 1874, c’est de ce poste qu’il pilote pendant onze ans, jusqu’en 1885, le programme qui portera son nom.
Sa doctrine repose sur quelques principes simples mais ambitieux. Premièrement, créer un véritable rideau défensif sur la frontière. Deuxièmement, abandonner les enceintes urbaines au profit de forts détachés, capables de résister isolément. Troisièmement, échelonner la défense en profondeur, avec une première ligne de places fortes intervalles, puis des positions de soutien. Séré de Rivières meurt en 1895, dix ans après avoir quitté ses fonctions, sans avoir vu l’épreuve du feu de son système.
Le système défensif français 1874-1914
La carte du programme Séré de Rivières dessine un arc qui part de Dunkerque, longe la Belgique, marque un coude vers Verdun, descend vers Toul puis Épinal, atteint Belfort, plonge vers Besançon et le Jura, traverse les Alpes par Briançon et Modane, s’étire enfin vers Nice, Toulon et la frontière espagnole. Au total, environ 166 forts neufs, 278 batteries détachées, 78 ouvrages annexes et de nombreuses casemates et postes d’observation sont construits ou modernisés.
Le cœur du dispositif s’appuie sur quatre places fortes principales sur la frontière de l’Est : Verdun, Toul, Épinal, Belfort, surnommées la « barrière de fer ». Entre ces places, les troupes de campagne devaient manœuvrer ; au-delà, des forts d’arrêt verrouillaient les vallées et les cols. La nouveauté tient à la dispersion : au lieu d’une seule grande forteresse fermée, chaque place est entourée d’une couronne de forts détachés, distants de 4 à 8 kilomètres du noyau urbain, capables de tirer à grande distance.
Sur le plan architectural, les premiers forts (1874-1885) sont en maçonnerie de pierre et chaux, avec des voûtes traditionnelles. Ils ressemblent à de gros caissons polygonaux, enterrés dans le relief, recouverts d’épaisses couches de terre pour amortir les obus. Les fossés sont défendus par des caponnières en charpente puis en maçonnerie. Le canon est encore servi à ciel ouvert, sur des plates-formes bétonnées.
L’évolution est brutale en 1885 : la « crise de l’obus-torpille » révèle qu’un obus chargé de mélinite, explosif puissant inventé par Eugène Turpin, traverse les voûtes de maçonnerie traditionnelles. Tous les ouvrages doivent être renforcés. Apparaissent alors les couvertures en béton spécial (béton armé à partir de 1900), les tourelles cuirassées dites « Galopin » (du nom de leur inventeur), les casemates de Bourges en flanquement. Le coût de cette modernisation est tel que tous les ouvrages prévus ne seront pas équipés au même niveau.
Les forts du Doubs : Joux, citadelle de Besançon, Pontarlier
Le département du Doubs occupe une position particulière dans le système. Sa longue frontière avec la Suisse, neutre depuis 1815, ne constitue pas une menace directe. En revanche, les cluses naturelles qui ouvrent vers la Suisse depuis la France pourraient servir d’axe de manœuvre à un agresseur cherchant à contourner les Vosges. Les principales places fortes du département sont Besançon et Pontarlier, complétées par le fort de Joux au cœur du massif jurassien.
Le fort de Joux, perché à 946 mètres d’altitude au-dessus de la cluse de Pontarlier, est l’exemple parfait d’une fortification en couches successives. Forteresse médiévale dès le XIe siècle, modernisée par Vauban en 1690, puis encore renforcée sous Napoléon III, l’ouvrage est repris dans les années 1880 par le programme Séré de Rivières. On lui ajoute des casemates bétonnées, on rénove les batteries, on crée des observatoires. Le verrou tient un défilé étroit, où la nationale 67 (aujourd’hui D67) relie Pontarlier à Lausanne. Aucune armée ne pourrait franchir ce passage sans neutraliser d’abord le fort qui le domine.
La citadelle de Besançon, ouvrage emblématique de Vauban, ne suffit plus dans la doctrine de Séré de Rivières : isolée sur son éperon rocheux, elle ne peut tenir seule contre l’artillerie moderne. Une couronne de forts détachés est donc construite ou modernisée autour de la ville entre 1875 et 1885. Côté nord-est, le fort de Bregille domine les méandres du Doubs. Au sud, le fort des Justices garde la route de Salins. À l’ouest, le fort de Chaudanne tient les hauteurs face à la citadelle. Plus loin, le fort de Beauregard, le fort de Planoise, le fort de Rosemont et plusieurs autres ouvrages forment une couronne complète d’une vingtaine de positions.
À Pontarlier, deux ouvrages sont édifiés sur les hauteurs du Larmont, entre 1879 et 1882. Le fort du Larmont supérieur (Aiglepierre), à 1 230 mètres d’altitude, et le fort du Larmont inférieur (fort Mahler), 200 mètres plus bas, verrouillent l’accès à la haute vallée du Doubs et la route vers la Suisse. Plus au sud-est, dans le Jura, le fort des Rousses complète le dispositif sur l’axe de Saint-Cergue, l’un des plus vastes ouvrages militaires français à son époque.
Le verrou de Belfort et le Territoire fortifié
Belfort tient une place à part dans la mémoire et la stratégie françaises. Théâtre du siège héroïque de 1870-1871, la ville devient après le traité de Francfort le pivot du dispositif défensif sud du rideau Séré de Rivières. La trouée de Belfort, large couloir naturel entre les ballons des Vosges au nord et le Jura au sud, est l’un des principaux axes d’invasion possibles depuis l’Alsace allemande vers la Bourgogne et la vallée du Rhône.
La place forte de Belfort comprend, à son apogée, près de trente ouvrages répartis sur tout le Territoire. Les plus importants sont les forts des Hautes-Perches et des Basses-Perches, déjà célèbres pour leur résistance en 1870, modernisés ensuite. Au nord, le fort de Roppe verrouille l’axe de Mulhouse. À l’ouest, le fort du Salbert domine la ville depuis 647 mètres d’altitude. Au sud, le fort de Vézelois et le fort du Mont-Vaudois tiennent les routes vers Montbéliard et la Suisse. Au sud-est, le fort de Bessoncourt, achevé en 1886, est l’un des plus grands ouvrages du système.
L’ensemble forme ce que l’on appelait alors la « place forte de Belfort », c’est-à-dire un camp retranché capable de loger une armée entière, de protéger ses dépôts et de mener des opérations offensives à partir de cette base. Les communes de Bessoncourt, Vézelois, Méroux, Cravanche, Valdoie et bien d’autres sont alors transformées par les contraintes des servitudes militaires : pas de constructions au-delà d’une certaine ligne, pas de plantations qui gêneraient les tirs, pas de routes ouvertes sans accord du génie.
Le Doubs voisin n’est pas en reste. Au nord du département, le pays de Montbéliard est protégé par plusieurs ouvrages comme le fort du Lomont, qui contrôle la vallée du Doubs entre Pont-de-Roide et Saint-Hippolyte. Plus au sud-ouest, sur l’axe Besançon-Lyon, des batteries d’arrêt sont disposées dans les défilés. Tous ces ouvrages forment un réseau cohérent, conçu pour ralentir, fixer et user un envahisseur le temps que l’armée française se déploie.
L’épreuve de 1914-1918 : la place des forts
L’épreuve du feu arrive en août 1914. Les premières semaines du conflit produisent un choc terrible : les forts brialmontiens belges (Liège, Namur, Anvers), construits selon des principes proches de ceux de Séré de Rivières, sont rapidement enfoncés par les obusiers Krupp de 420 millimètres surnommés « Grosse Bertha ». L’idée même de la fortification permanente vacille. Joffre ordonne, sous la pression des doctrines offensives en vogue, de désarmer une partie des forts français pour récupérer leurs pièces et leurs garnisons au profit de l’armée de campagne.
Cette décision sera tragiquement remise en question le 25 février 1916, lorsque les Allemands s’emparent presque sans combattre du fort de Douaumont, vidé de l’essentiel de sa garnison. La bataille de Verdun, qui s’ensuit jusqu’en décembre 1916, restaure le prestige des forts : Douaumont est reconquis le 24 octobre, Vaux le 2 novembre. L’armée française paye au prix fort la sous-estimation initiale de ces ouvrages. Pour le Doubs et la Franche-Comté, le récit de le Doubs et la guerre de 1914-1918 montre comment les régiments locaux ont participé à ces combats, loin de leur région d’origine.
Dans le Doubs même, les forts ne connaissent pas le feu direct. Le front se stabilise rapidement loin à l’ouest et au nord. Les ouvrages de la place de Besançon, de Pontarlier et de Belfort jouent un rôle essentiel mais moins glorieux : ils servent de dépôts de munitions, d’arsenaux, d’hôpitaux militaires, de cantonnements pour les troupes au repos, de centres d’instruction. Ce rôle logistique est crucial pour soutenir l’effort de guerre.
Le fort de Joux connaît un destin particulier : il devient camp de prisonniers. Près de 1 800 officiers allemands et austro-hongrois y sont internés au plus fort du conflit. Les conditions de détention sont sévères mais conformes aux conventions, et plusieurs dizaines de prisonniers décèdent durant leur captivité, principalement de maladies. Leurs sépultures, longtemps oubliées, ont été en partie restaurées dans les années 2000. Belfort, quant à elle, accueille un trafic ferroviaire militaire intense : ses gares et ses entrepôts ravitaillent le secteur de la Haute-Alsace reconquise dès août 1914.
Le sort en 1939-1940 : la ligne Maginot et les forts comtois
L’entre-deux-guerres voit naître une nouvelle génération de fortifications : la ligne Maginot, dont la construction s’étale principalement entre 1929 et 1936. Les leçons de 14-18 sont intégrées : ouvrages enterrés à grande profondeur, équipements modernes, casernements souterrains, ventilations filtrantes contre les gaz, communications par tunnels. La nouvelle ligne court de Longwy à la Suisse, avec une concentration particulière en Lorraine et en Alsace. La Franche-Comté, elle, ne reçoit qu’une extension légère, dite « secteur fortifié de Montbéliard » et « secteur défensif du Jura », avec quelques casemates d’infanterie et observatoires.
Pour les forts Séré de Rivières du Doubs, cela signifie une marginalisation. Considérés comme dépassés, ils sont la plupart du temps désarmés ou réduits à une garnison symbolique. En mai-juin 1940, lors de l’offensive allemande, l’effondrement du front français laisse les forts comtois sans rôle réel. La Wehrmacht contourne les ouvrages, occupe les villes, prend les positions par l’arrière. Le fort de Joux est occupé sans combat ; la citadelle de Besançon sert de prison militaire allemande où plusieurs centaines de résistants seront détenus, jugés et fusillés.
Pendant les quatre années d’occupation, les Allemands utilisent ces ouvrages comme cantonnements, dépôts, ateliers ou centres de détention. Les batailles oubliées de Franche-Comté retracent comment ces forts, longtemps assoupis, retrouvent un rôle ponctuel à la Libération.
À la Libération, en septembre 1944, certains ouvrages sont brièvement le théâtre de combats. La 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny, remontant depuis la Provence, libère Besançon le 8 septembre 1944, Pontarlier le 5 septembre, Montbéliard le 17 novembre. Les Allemands en repli évitent, en règle générale, de s’enfermer dans ces forts vétustes : ils préfèrent défendre des positions de campagne ou se retirer rapidement. Quelques accrochages ont néanmoins lieu autour de la citadelle de Besançon et du Lomont. Pour une vision plus large des combats du département, on consultera batailles oubliées de Franche-Comté.
Le patrimoine militaire aujourd’hui : visites, restauration
Soixante-dix ans après la Seconde Guerre mondiale, que reste-t-il de ce vaste patrimoine fortifié ? Une grande partie subsiste, parfois en bon état, parfois ruinée. L’État, longtemps propriétaire de ces ouvrages, en a cédé beaucoup aux collectivités locales depuis les années 1970. Communes, communautés de communes, départements et associations se partagent désormais la responsabilité de leur entretien.
Le fort de Joux est sans doute le plus visité de Franche-Comté. Classé monument historique en 1996, géré par la commune de La Cluse-et-Mijoux, il accueille chaque année plusieurs dizaines de milliers de visiteurs. Ses expositions évoquent les fortifications successives (médiévale, Vauban, Séré de Rivières), la captivité de Toussaint Louverture mort entre ses murs en 1803, et le rôle militaire du XXe siècle. La citadelle de Besançon, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008 dans le cadre du « Réseau des sites majeurs de Vauban », reste l’un des sites touristiques majeurs du Grand Est, avec ses musées (Résistance et Déportation, Comtois, Histoire naturelle) et son zoo.
D’autres ouvrages connaissent des destins plus modestes mais touchants. Le fort des Hautes-Perches à Belfort, le fort du Salbert, le fort du Lomont sont entretenus par des associations de bénévoles passionnés qui organisent journées portes ouvertes, visites guidées, reconstitutions historiques. Le fort de Bregille, près de Besançon, abrite des activités culturelles et associatives. Quelques ouvrages, abandonnés à la végétation, attendent encore une seconde vie.
Le Souvenir Français du Doubs participe activement à cette mémoire. Si la mission première de l’association concerne les sépultures et les monuments aux morts, son action s’étend aux lieux de mémoire militaires au sens large. Plusieurs initiatives associent paroisses, communes et associations patrimoniales : on peut signaler, comme exemple typique, la paroisse Saint-Martin et patrimoine religieux, partenaire local d’événements commémoratifs autour des chapelles militaires (souvent présentes dans les forts Séré de Rivières pour les troupes en garnison). Pour approfondir les ouvrages historiques sur Vauban et le génie militaire français, la librairie d’art et de livre religieux propose des références spécialisées.
L’avenir de ce patrimoine reste fragile. Les coûts de restauration sont considérables : reprendre une casemate bétonnée envahie par les infiltrations, remettre en sécurité un fossé instable, restaurer un pont-levis demandent des budgets que les petites communes peinent à mobiliser. Sans engagement public et sans bénévolat, beaucoup d’ouvrages disparaîtront lentement sous la végétation. Cette préoccupation rejoint celle des monuments et lieux de mémoire du Doubs, qui partagent les mêmes enjeux de conservation.
Conclusion
Le système Séré de Rivières est l’œuvre militaire d’une génération marquée à jamais par la défaite de 1870. Ses forts, ses batteries, ses casemates, dispersés des Vosges aux Alpes en passant par le Doubs et le Territoire de Belfort, ont coûté à la France des sommes considérables et mobilisé des milliers d’ouvriers et de soldats du génie. Leur efficacité opérationnelle est restée mitigée : éclipsés en 1914 par la doctrine offensive, ressuscités à Verdun en 1916, marginalisés en 1940 par la ligne Maginot, ils témoignent surtout d’une époque, d’une obsession nationale, d’un savoir-faire technique de premier ordre.
Aujourd’hui, ces ouvrages sont devenus patrimoine. Leur entretien, leur ouverture au public, leur intégration dans les circuits de mémoire constituent un enjeu pour les générations qui n’ont pas connu les guerres mondiales. Le Souvenir Français considère ces forts au même titre que les sépultures militaires, les monuments aux morts ou les chapelles funéraires : autant de jalons matériels d’une mémoire collective qui mérite d’être transmise. Les visiter, les soutenir, les faire connaître contribuent à cette mission essentielle.


