Entre juin 1940 et septembre 1944, le département du Doubs a vécu quatre années sous l’occupation nazie. Une occupation particulièrement lourde, marquée par la proximité immédiate de la frontière suisse, par la présence industrielle de Montbéliard et de Besançon, et par un statut administratif spécifique qui faisait du Doubs l’un des départements les plus étroitement contrôlés par l’Allemagne nazie. De la défaite de juin 1940 aux combats de libération de l’automne 1944, la population du Doubs a subi les privations, les réquisitions, les rafles et la répression d’un régime totalitaire qui entendait exploiter et contrôler le territoire conquis. Ce dossier historique retrace les principales étapes de cette période sombre, depuis la désorganisation de la défaite jusqu’à la joie retrouvée de la libération. Pour une mise en perspective dans le cadre plus large de la Seconde Guerre mondiale dans le Doubs, ce récit s’inscrit dans une histoire régionale que le Souvenir Français s’efforce de maintenir vivante.

Le Doubs dans la défaite de juin 1940

La débâcle de mai-juin 1940 déferle sur la Franche-Comté avec une rapidité stupéfiante. Les armées françaises, submergées par l’avance des panzers allemands à travers les Ardennes, commencent à se replier en désordre vers le sud et l’est. Dès la mi-juin, les routes du Doubs sont encombrées de colonnes de réfugiés mêlées aux unités militaires en retraite : civils fuyant les combats, soldats ayant perdu contact avec leurs unités, familles alsaciennes et lorraines déjà en exode depuis le début des hostilités.

Besançon est déclarée ville ouverte le 16 juin 1940 pour éviter la destruction de ses monuments et de ses équipements industriels. Les premiers soldats allemands entrent dans la capitale comtoise le 17 juin, quelques heures seulement après que le maréchal Pétain a demandé l’armistice à la radio. La surprise et l’accablement se lisent sur les visages des Bisontins qui voient défiler les colonnes motorisées de la Wehrmacht dans leurs rues. Les symboles français — drapeaux tricolores, affiches officielles — disparaissent rapidement, remplacés par les croix gammées et les ordonnances en langue allemande.

À Montbéliard, ville aux importantes usines Peugeot, les Allemands comprennent immédiatement l’intérêt stratégique de l’appareil industriel local. La production automobile est rapidement reconvertie vers les besoins de guerre du Reich. À Pontarlier, aux confins du plateau jurassien, la frontière suisse devient l’enjeu immédiat d’un dispositif de surveillance renforcé : les Allemands savent que cette ligne pourrait devenir une filière d’évasion.

Pour les habitants du Doubs, le choc de la défaite se double d’une incompréhension profonde. Comment la France, qui avait triomphé en 1918, avait-elle pu s’effondrer en six semaines ? Les réponses tardent à venir. Dans l’immédiat, c’est la survie quotidienne qui s’impose.

Le tableau ci-dessous résume les grandes étapes de l’occupation dans le Doubs :

Date Événement
17 juin 1940 Entrée des premières troupes allemandes à Besançon
22 juin 1940 Signature de l’armistice, rattachement du Doubs à la zone d’occupation
Septembre 1940 Instauration du rationnement alimentaire
Octobre 1940 Statut des Juifs de Vichy, premiers recensements
Juillet 1942 Rafles des Juifs étrangers (dans le sillage de la rafle du Vél d’Hiv)
Novembre 1942 Invasion de la zone libre par les Allemands
Février 1943 Instauration du Service du Travail Obligatoire (STO)
Janvier 1943 Création de la Milice française
1943-1944 Structuration des maquis et des réseaux de résistance
Été 1944 Offensives allemandes contre les maquis du Jura et de Franche-Comté
7 septembre 1944 Libération de Besançon
Fin septembre 1944 Libération complète du département

Le statut de zone de rattachement

Le Doubs se trouve dans une situation administrative particulière dès l’armistice du 22 juin 1940. Contrairement à la zone libre gouvernée depuis Vichy par le régime du maréchal Pétain, le département est rattaché à la zone d’occupation allemande et placé sous l’autorité du Commandement militaire allemand de Dijon. Ce « Militärbefehlshaber » exerce une juridiction qui dépasse celle du gouvernement de Vichy sur nombre de questions pratiques.

Cette configuration donne au Doubs un statut hybride : officiellement soumis aux lois de l’État français de Vichy, il est en réalité gouverné au quotidien par les autorités militaires allemandes qui s’octroient le droit de réquisition, d’arrestation et de contrôle des mouvements de la population. Les préfets nommés par Vichy doivent composer avec des interlocuteurs allemands dont les ordres priment sur les directives de la rue de Rivoli.

La frontière avec la Suisse fait l’objet d’une surveillance particulièrement stricte. La Wehrmacht déploie des unités spécialisées le long de la frontière, avec des postes de garde rapprochés et des patrouilles nocturnes. Toute tentative de passage clandestin est considérée comme un acte hostile. Ce dispositif sécuritaire s’intensifie au fil de l’occupation, à mesure que les Allemands comprennent l’importance de la frontière suisse comme voie d’évasion pour les résistants, les réfractaires au STO et les Juifs persécutés.

L’annexion de fait de l’Alsace-Moselle au Reich, décidée unilatéralement par les Nazis dès juillet 1940, renforce encore la dimension stratégique du Doubs. Les Allemands considèrent la Franche-Comté comme une zone tampon entre le Reich élargi et la France intérieure, et entendent la tenir fermement en main.

La vie quotidienne sous l’occupation

Pour les habitants du Doubs, l’occupation se traduit d’abord par une transformation radicale de la vie matérielle. Le rationnement alimentaire, instauré dès septembre 1940, frappe durement des populations déjà appauvries par la guerre. Les cartes de ravitaillement distribuent de maigres rations de pain, de viande, de matières grasses et de sucre. Les files d’attente devant les magasins deviennent le rituel quotidien de la vie sous l’occupation.

Les réquisitions allemandes aggravent encore la situation. Les paysans du Doubs voient leurs chevaux, leurs vaches et leurs stocks de céréales confisqués par les autorités militaires. Les fermes les plus prospères doivent livrer des quotas de beurre, de fromage et de viande que les familles ne peuvent plus consommer. Le marché noir se développe rapidement dans les campagnes, permettant à ceux qui en ont les moyens de contourner partiellement le rationnement officiel. Ce vécu des populations rurales sous l’occupation trouve un écho dans la mémoire des victimes des conflits armés dans les régions de montagne, où la géographie isolée a façonné des formes spécifiques de résistance et de solidarité.

Le couvre-feu, les permis de circuler, les contrôles d’identité multipliés constituent autant d’entraves à la liberté de mouvement. Les habitants de Besançon, de Montbéliard ou de Pontarlier doivent se munir de laissez-passer pour se déplacer au-delà d’un certain périmètre. Les voyages entre villes requièrent des autorisations spéciales que les autorités allemandes délivrent parcimonieusement. Cette surveillance constante engendre une atmosphère d’oppression dont les témoins de l’époque garderont longtemps le souvenir.

L’éducation elle-même est touchée : les programmes scolaires sont remaniés, les professeurs les plus indépendants écartés, la propagande vichyste et germanophile introduite dans les cours. La jeunesse du Doubs, encadrée par les Chantiers de la Jeunesse créés par Vichy, est soumise à un endoctrinement moral et physique dont l’idéologie n’est pas sans rappeler celle de la Hitlerjugend allemande.

Contrôle d’identité dans une rue de Besançon sous l’occupation allemande

La collaboration dans le Doubs

La collaboration avec l’occupant prend dans le Doubs, comme dans l’ensemble de la France, des formes très diverses, allant de la complicité active à l’accommodement contraint. Une minorité active collabore par conviction idéologique, adhérant sincèrement au projet nazi ou aux thèses vichystes de la Révolution nationale. Ces militants du Parti Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot ou de la Milice de Joseph Darnand constituent les éléments les plus dangereux pour la résistance.

La Milice française, créée en janvier 1943, s’implante progressivement dans le Doubs. Ses membres, souvent recrutés parmi des individus au passé trouble ou des opportunistes, servent de supplétifs à la Gestapo. Ils connaissent le terrain local mieux que les services allemands, parlent le français et peuvent identifier les résistants et les Juifs cachés. Leur implication dans les arrestations et les dénonciations leur vaudra après la Libération d’être jugés comme traîtres à la patrie. Pour comprendre comment le Doubs avait déjà traversé d’autres épreuves similaires d’occupation étrangère, la guerre franco-prussienne de 1870-1871 dans le Doubs offre un éclairage historique indispensable sur la capacité de résistance du territoire.

La collaboration économique est plus répandue et plus ambiguë. Les industriels de Montbéliard et de Besançon qui maintiennent leur production pour le compte du Reich naviguent entre la survie de leur entreprise et l’aide apportée à l’ennemi. Certains utilisent leur position pour protéger leurs ouvriers du STO, d’autres tirent profit de la situation pour s’enrichir. L’épuration de 1944-1945 devra démêler ces situations complexes au cas par cas.

La collaboration administrative, enfin, concerne les fonctionnaires et élus locaux qui appliquent les ordres de Vichy et des autorités allemandes. La grande majorité le fait sans enthousiasme particulier, cherchant simplement à maintenir un minimum de services publics dans des conditions difficiles. Mais les ordres qu’ils transmettent — qu’il s’agisse de recenser les Juifs, d’identifier les réfractaires au STO ou de désigner des otages — ont des conséquences dramatiques pour ceux qui en font l’objet.

La persécution des Juifs du Doubs

La communauté juive du Doubs, composée d’un quelques centaines de personnes avant la guerre — pour beaucoup des familles alsaciennes et lorraines réfugiées lors de l’exode de 1940 —, est soumise dès l’automne 1940 aux premières lois antisémites de Vichy. Le Statut des Juifs d’octobre 1940 les exclut de nombreuses professions, les prive de leurs droits civiques et les contraint à se faire recenser auprès des préfectures.

Ces recensements, fidèlement exécutés par l’administration française, constituent la première étape d’un processus qui conduira à la déportation. La rafle des Juifs étrangers dans la zone sud en juillet 1942 (rafle du Vél d’Hiv) se double, dans les semaines qui suivent, d’arrestations dans la zone occupée. Le Doubs n’est pas épargné. Des familles entières sont arrêtées à leur domicile, rassemblées dans des centres de transit provisoires, puis acheminées vers le camp de Drancy, antichambre d’Auschwitz.

Les rafles se poursuivent en 1943, avec une intensification de la traque par la Gestapo et ses auxiliaires de la Milice. Certaines familles juives ont réussi à se réfugier dans des fermes isolées des campagnes du Doubs, cachées par des paysans qui risquaient leur vie et celle de leur famille pour les protéger. Des curés, des pasteurs protestants, des instituteurs appartenant au Doubs courageux ont ainsi participé à cet effort de sauvetage que Yad Vashem reconnaîtra plus tard en accordant le titre de Justes parmi les Nations à plusieurs ressortissants du département.

D’autres ont tenté de franchir clandestinement la frontière suisse. Certains y ont réussi, guidés par des passeurs dévoués. D’autres ont été arrêtés à quelques centaines de mètres de la liberté et remis aux autorités allemandes. Le Mémorial de la Déportation du Doubs, inauguré à Besançon après la guerre, garde la trace de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants dont le seul crime était leur origine.

Le Service du Travail Obligatoire

Le Service du Travail Obligatoire (STO), institué en février 1943 par le régime de Vichy sous la pression allemande, bouleverse la vie de milliers de jeunes hommes du Doubs. La loi Sauckel impose aux classes d’âge nées entre 1920 et 1922 de partir travailler en Allemagne pour compenser les pertes en main-d’œuvre industrielle engendrées par la mobilisation militaire allemande.

Dans le Doubs, les convocations pour le STO suscitent une résistance passive massive. Les réfractaires sont nombreux : faux certificats de maladie, emplois fictifs dans des secteurs exemptés, disparitions dans les campagnes. Les administrations locales, placées dans une position inconfortable, doivent transmettre les listes de requis tout en ménageant une population qui n’accepte pas cette déportation du travail vers un pays ennemi.

Les jeunes gens qui refusent le STO grossissent les rangs des maquis. Ce phénomène de réfractariat massif est l’un des facteurs les plus importants dans le développement de la résistance armée en Franche-Comté à partir du printemps 1943. Les forêts du Haut-Doubs et du Lomont accueillent des groupes de plus en plus nombreux de jeunes hommes qui préfèrent la clandestinité au départ en Allemagne.

Pour ceux qui partent malgré tout — soit par obéissance, soit par crainte des représailles sur leurs familles — les conditions de travail en Allemagne sont souvent pénibles. Affectés dans des usines d’armement ou sur des chantiers de construction, sous-alimentés, mal logés, sans nouvelles fiables de leurs proches, les travailleurs du STO originaires du Doubs vivent une expérience traumatisante qui marquera leur vie entière.

La répression nazie et la Gestapo

La Gestapo (Geheime Staatspolizei), police secrète nazie, installe ses services à Besançon dès 1940. Son siège principal est établi dans un immeuble du centre-ville, lieu de mémoire sinistre où des centaines de résistants et de civils suspects seront amenés pour y être interrogés sous la torture. Les méthodes de la Gestapo — passages à tabac, privations de sommeil, torture systématique — sont documentées par de nombreux témoignages de survivants.

Le réseau de délateurs que la Gestapo tisse patiemment dans la population est l’un de ses outils les plus efficaces. Des lettres de dénonciation anonymes, motivées par la jalousie, la vengeance personnelle ou l’appât du gain, conduisent à l’arrestation d’innocents comme de véritables résistants. Cette atmosphère de méfiance généralisée, où le voisin peut devenir le délateur, empoisonne les relations sociales et sème la terreur dans les communautés.

Les résistants arrêtés sont soit fusillés après jugement sommaire par un tribunal militaire allemand, soit déportés dans les camps de concentration du Reich. Le polygone de tir de Besançon, transformé en lieu d’exécution, est le témoin muet de dizaines de fusillades. D’autres résistants sont emmenés sur des chantiers de fortification en Allemagne ou dans les camps de Dachau, Buchenwald ou Ravensbrück, dont peu reviendront.

Dans ce contexte de terreur, les édifices religieux qui ont servi de refuges et de points de résistance pendant l’Occupation témoignent de la manière dont la foi et l’architecture sacrée ont parfois protégé ceux qui cherchaient à fuir la répression. Des clochers de village aux cryptes des grandes abbayes, ces espaces ont constitué des havres dans la nuit de l’occupation.

La répression frappe aussi des otages civils. Lorsque des actes de résistance — sabotages de voies ferrées, attentats contre des officiers allemands — se produisent, les autorités nazies répondent par des prises d’otages et des exécutions collectives destinées à terroriser la population et à décourager toute velléité de résistance.

Point important : la répression nazie dans le Doubs a pris plusieurs formes distinctes, souvent combinées :

  • Interrogatoires et torture systématique dans les locaux de la Gestapo à Besançon.
  • Exécutions sommaires après jugement d’un tribunal militaire allemand, notamment au polygone de tir de Besançon.
  • Déportation vers les camps de concentration du Reich (Dachau, Buchenwald, Ravensbrück).
  • Prises d’otages civils et exécutions collectives en représailles d’actes de résistance.
  • Incendies de villages entiers lors des opérations de représailles contre les maquis, à l’été 1944.

La montée de la résistance 1942-1944

Si les premières formes de résistance dans le Doubs restent individuelles et sporadiques jusqu’en 1942, l’évolution de la situation politique et militaire accélère l’organisation d’une résistance structurée à partir de cette date. L’invasion de la zone libre par les Allemands en novembre 1942, qui porte l’occupation à l’ensemble du territoire français, achève de convaincre les hésitants que Vichy n’est qu’un instrument au service de l’occupant.

Les réseaux de résistance et les maquis du Doubs se développent selon des logiques complémentaires. Les réseaux — Stockbroker, Comète, Burgundy — sont des structures clandestines dédiées au renseignement, à l’évasion d’aviateurs alliés et aux parachutages d’armes et d’agents depuis Londres. Les maquis, quant à eux, sont des groupes armés implantés dans les zones forestières et rurales reculées, accueillant les réfractaires au STO et les résistants qui ont dû quitter leur domicile.

Résistants franc-comtois dans le maquis du Haut-Doubs en 1943, réseaux et parachutages alliés

Les résistants du Doubs incarnent cette diversité d’engagements et de parcours. Des instituteurs qui transmettent des informations militaires, des cheminots qui sabotent les lignes de chemin de fer vitales pour la logistique allemande, des médecins qui fabriquent de faux certificats médicaux, des curés qui cachent des résistants dans leurs presbytères, des femmes qui transportent des messages codés et des armes dissimulées sous leurs vêtements — tous participent, à leur manière, à la lutte collective contre l’occupant.

Les parachutages alliés dans les forêts du Haut-Doubs et du Lomont permettent à partir de 1943 d’équiper les maquis en armes légères et en matériel de communication. Les liaisons radio avec Londres donnent aux résistants franc-comtois le sentiment de ne pas être seuls dans leur combat. Les opérations spéciales des Forces françaises libres et du Special Operations Executive britannique renforcent la coordination entre les différents groupes.

La répression nazie ne faiblit pas pour autant. L’été 1944 est marqué par des offensives massives de la Wehrmacht et des SS contre les maquis du Jura et de Franche-Comté. Des villages entiers sont incendiés en représailles, des civils exécutés sommairement. Ces crimes de guerre s’inscrivent dans la logique de terreur totale que le régime nazi applique partout où la résistance menace son emprise.

La libération du Doubs en 1944

Le débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944, puis le débarquement de Provence le 15 août 1944, changent radicalement la donne militaire. Le Pays de Caux et l’estuaire de la Seine, en Normandie, ont eux aussi vécu leur propre histoire de l’Occupation et de la Libération, avec des étapes et un calendrier de combats bien distincts de ceux de la Franche-Comté. La 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny remonte la vallée du Rhône et de la Saône à une vitesse que les Allemands n’anticipaient pas. Les forces de la Wehrmacht, prises en tenaille entre le front de l’Ouest et le front de l’Est, commencent à évacuer certaines positions secondaires.

Dans le Doubs, les FFI (Forces françaises de l’Intérieur) multiplient les harcèlements, les embuscades et les actions de sabotage pour entraver la retraite allemande. Des communes rurales sont libérées par les maquis avant même l’arrivée des troupes régulières françaises et américaines. Cette libération par en bas, par les résistants du cru, revêt une dimension symbolique forte : la population du Doubs reprend son destin en main.

Besançon est libérée le 7 septembre 1944, au terme de combats urbains intenses. Les derniers éléments allemands résistent pied à pied dans les quartiers fortifiés de la citadelle Vauban, que les Français doivent réduire au canon. La liesse populaire qui accompagne l’entrée des libérateurs est immense : des Bisontins en larmes accueillent les soldats couverts de poussière et de sueur, les embrassent, leur offrent le vin et le pain qu’ils ont économisés pour ce jour tant attendu.

La libération complète du département s’étend jusqu’à fin septembre 1944, avec la réduction des dernières poches de résistance allemande dans les hautes vallées et sur les cols frontaliers. La libération du Doubs en 1944 ouvre une période de reconstruction difficile et de règlement de comptes, parfois expéditifs, que l’historien devra analyser avec la même rigueur qu’il a appliquée à l’étude de l’occupation.

Le bilan humain est lourd : plusieurs centaines de morts dans les rangs de la résistance, des dizaines de fusillés, des centaines de déportés dont une fraction seulement reviendra des camps nazis. Les dommages matériels sont considérables dans les zones ayant subi les combats les plus violents. Mais la liberté retrouvée, au prix de tant de sacrifices, donne au Doubs libéré la volonté de reconstruire et de ne pas oublier.