En juillet 1870, lorsque Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, le Doubs est un département frontalier en paix depuis un demi-siècle. En quelques semaines, les défaites s’accumulent, le régime impérial s’effondre à Sedan le 2 septembre 1870 et la France entre dans une phase de résistance désespérée. La Franche-Comté, terre de frontière par excellence, va devenir l’un des théâtres les plus dramatiques de ce conflit. Pour comprendre l’ampleur de la guerre de 1870 dans le Doubs, il faut remonter à la mobilisation des premières heures, suivre le destin de l’Armée de l’Est et mesurer les cicatrices laissées dans chaque village du département.
De Besançon assiégée à Pontarlier transformée en point de passage d’une armée en déroute, de Belfort héroïquement défendue aux plaines enneigées où s’effondra le dernier espoir français, ce conflit a profondément reconfiguré l’identité de la Franche-Comté. Il a aussi forgé une mémoire collective que le Souvenir Français perpétue encore aujourd’hui, commune après commune, stèle après stèle.
La mobilisation des gardes mobiles du Doubs
La déclaration de guerre est accueillie dans le Doubs avec un mélange d’enthousiasme patriotique et d’inquiétude larvée. Les hommes valides entre 20 et 40 ans sont mobilisés en quelques jours. Les gardes mobiles, corps de réserve créé en 1868 pour suppléer l’armée régulière, constituent le premier vivier de recrues. Dans le Doubs, ces unités sont organisées à Besançon, chef-lieu du département, sous l’autorité du général de corps d’armée en charge de la 7e armée.
La mobilisation est chaotique. Les équipements manquent, les chevaux réquisitionnés sont insuffisants, et les officiers d’état-major peinent à coordonner les convois de troupe vers le front alsacien. Les gardes mobiles du Doubs, incorporés dans les bataillons de Franche-Comté, n’ont reçu qu’un entraînement sommaire. Ils partent néanmoins avec une détermination réelle, poussés par la ferveur patriotique des premières semaines.
Les défaites de Wissembourg (4 août 1870), de Froeschwiller-Wörth (6 août) et de Forbach-Spicheren (6 août) brisent d’emblée les illusions d’une guerre courte. La chute de Strasbourg en septembre, puis la capitulation de Sedan le 2 septembre 1870 — où Napoléon III lui-même est fait prisonnier — provoquent un choc immense. La République est proclamée à Paris le 4 septembre. La France doit désormais se battre sans son chef d’État, sans une grande partie de son armée régulière, avec des soldats mobilisés à la va-vite et un pays déjà envahi jusqu’aux portes de Paris.
Dans le Doubs, la mobilisation se poursuit pourtant avec une énergie redoublée. Les maires organisent des collectes d’habillement et de vivres. Les femmes confectionnent des vêtements chauds pour des soldats qui devront combattre l’hiver venu. L’administration préfectorale coordonne l’acheminement des renforts vers les armées de province. La chronologie de la guerre de 1870 montre que les mois d’octobre et novembre 1870 sont ceux d’une intensification progressive du conflit sur l’ensemble du territoire national.
Chronologie de la guerre dans le Doubs (1870-1871)
| Date | Événement |
|---|---|
| 19 juillet 1870 | Déclaration de guerre de la France à la Prusse |
| Août 1870 | Mobilisation des gardes mobiles du Doubs à Besançon |
| 2 septembre 1870 | Capitulation de Sedan, Napoléon III fait prisonnier |
| 3 novembre 1870 | Début du siège de Belfort par les Prussiens |
| Décembre 1870 | Constitution de l’Armée de l’Est sous Bourbaki, prise de Montbéliard |
| 15-17 janvier 1871 | Bataille de la Lisaine, défaite de l’Armée de l’Est |
| 17-28 janvier 1871 | Occupation prussienne de Besançon |
| 28 janvier 1871 | Signature de l’armistice franco-prussien |
| 1er-3 février 1871 | Passage de la frontière suisse à Pontarlier (environ 87 000 hommes) |
| 15 février 1871 | Fin du siège de Belfort, reddition avec les honneurs |
| 10 mai 1871 | Signature du traité de Francfort, annexion de l’Alsace-Moselle |
Les défaites de l’Armée de l’Est
L’Armée de l’Est est constituée à la fin de l’automne 1870 pour tenter de desserrer l’étau prussien sur Paris assiégée et de secourir Belfort, dont la garnison résiste héroïquement. Placée sous le commandement du général Charles Denis Bourbaki, cette armée rassemble environ 100 000 hommes, en grande partie des mobiles et des réservistes peu aguerris. Son état-major installe son quartier général à Besançon avant de lancer les opérations.
La campagne commence par quelques succès relatifs en décembre 1870, avec la prise de Montbéliard. Mais les Prussiens, commandés par le général August von Werder, résistent avec opiniâtreté sur la ligne de la Lisaine. La bataille de la Lisaine (15-17 janvier 1871), livrée dans des conditions climatiques éprouvantes — températures polaires, neige abondante — tourne à la catastrophe pour les Français. Bourbaki, incapable de percer les lignes prussiennes, ordonne la retraite.
Pendant ce temps, le général Edwin von Manteuffel marche en force depuis le nord avec la 1re armée prussienne pour prendre l’Armée de l’Est à revers. La situation devient rapidement désespérée. Les soldats français, épuisés, mal nourris, décimés par le froid et les maladies autant que par les balles ennemies, reculent en désordre. La défaite à Héricourt (actuel territoire de Belfort) sonne le glas des espoirs français dans l’Est.
Besançon, qui avait servi de base logistique et de centre de commandement, se retrouve exposée. La ville, dotée de sa citadelle Vauban, est déclarée place forte, mais les forces disponibles sont insuffisantes pour résister longtemps à une armée prussienne renforcée. La ville subira l’occupation sans combat, sacrifiée sur l’autel d’une guerre déjà perdue.
Le siège de Belfort : 105 jours de résistance héroïque
Si la guerre a laissé une trace indélébile dans la mémoire nationale, c’est en grande partie grâce à la résistance de Belfort. La ville et sa citadelle, commandées par le lieutenant-colonel Pierre Marie Philippe Aristide Denfert-Rochereau — surnommé « le Lion de Belfort » — ont tenu pendant 105 jours face aux assauts prussiens, du 3 novembre 1870 au 15 février 1871.
Denfert-Rochereau dispose d’une garnison réduite : environ 17 000 hommes, dont une part significative de mobiles et de francs-tireurs venus de tout l’Est de la France. Belfort est alors un verrou stratégique majeur, contrôlant le passage entre les Vosges et le Jura. Les Prussiens comprennent qu’ils ne peuvent laisser cette place forte dans le dos de leurs armées. La citadelle Vauban de Belfort et les fortifications militaires de Franche-Comté témoignent encore aujourd’hui de l’ingéniosité défensive qui permit cette résistance exceptionnelle.
Le siège est d’une violence extrême. Les bombardements prussiens s’abattent quotidiennement sur la ville. Les fortifications Vauban encaissent les obus avec une remarquable résistance, mais les civils et les soldats souffrent de la disette, du froid et des épidémies. Denfert-Rochereau anime la défense avec une rigueur et un courage exceptionnels, repoussant les assauts de vive force, organisant des sorties pour harceler l’assiégeant.

L’Armée de l’Est avait pour objectif premier de délivrer Belfort assiégée. Ses défaites successives condamnent la garnison à tenir seule. Lorsque l’armistice est signé le 28 janvier 1871, Belfort ne s’est toujours pas rendue. Denfert-Rochereau n’accepte d’évacuer la place que sur ordre exprès du gouvernement français, et le fait avec les honneurs de la guerre : sa garnison défile armes à la main, drapeaux déployés, sous le regard des Prussiens contraints de reconnaître une défense héroïque. Pour en savoir plus sur cette résistance extraordinaire, le siège de Belfort 1870-1871 est l’une des pages les plus marquantes de l’histoire militaire française du XIXe siècle.
Cette résistance aura une conséquence diplomatique capitale : lors des négociations du traité de paix, la France obtiendra que Belfort ne soit pas annexée à l’Allemagne, contrairement à l’Alsace et à la Moselle. Belfort et son territoire resteront français, formant le futur département du Territoire de Belfort, en échange d’une compensation territoriale en Alsace. Le Lion de Belfort, sculpté dans le grès rouge par Auguste Bartholdi, immortalise aujourd’hui cette résistance.
La retraite dramatique vers la Suisse (Pontarlier, février 1871)
La retraite de l’Armée de l’Est constitue l’un des épisodes les plus tragiques et les plus pittoresques de toute la guerre. Après la défaite décisive à la bataille de la Lisaine et face à l’encerclement progressif par les armées de Manteuffel, Bourbaki n’a plus d’autre issue que de conduire ses troupes vers la Suisse pour éviter une capitulation totale.
La retraite s’effectue dans des conditions épouvantables. Février 1871 est un mois d’hiver exceptionnel dans le Doubs et le Jura. La neige recouvre les routes à hauteur d’un mètre par endroits, les températures descendent à moins quinze ou vingt degrés. Les soldats, déjà épuisés par des semaines de campagne et des rations de famine, avancent en colonnes désordonnées, abandonnant leur matériel, leurs canons, leurs chevaux morts de froid.
Pontarlier devient le point de convergence de cette armée en déroute. La ville, nichée à 840 mètres d’altitude dans le Haut-Doubs, voit affluer des dizaines de milliers d’hommes hébétés, les pieds gelés, les uniformes en lambeaux. Le 1er février 1871, une première colonne franchit la frontière suisse au fort de Joux. Dans les jours suivants, le flot devient une masse incontrôlable.
Bourbaki lui-même, désespéré par l’échec de sa mission, tente de se suicider le 26 janvier 1871 à Besançon, mais sa tentative échoue. C’est le général Justin Clinchant qui prend le commandement et organise le repli. Entre le 1er et le 3 février 1871, environ 87 000 soldats français franchissent la frontière suisse au col des Fourgs et au fort de Joux, sous l’œil médusé des habitants de Pontarlier.
La Suisse, pays neutre, accepte d’interner ces hommes dans des conditions difficiles. La Croix-Rouge internationale, fondée seulement sept ans plus tôt par Henry Dunant, déploie ses premières grandes opérations humanitaires pour secourir les soldats français. Des cantonnements sont aménagés à la hâte dans des villages suisses. Les malades les plus graves sont hospitalisés. Le taux de mortalité parmi les internés reste élevé, principalement dû aux maladies et aux séquelles du froid.
Les habitants du Doubs assistent impuissants à ce spectacle déchirant. Certains ouvrent leurs maisons pour abriter des blessés ou des soldats trop faibles pour marcher. Les curés de paroisse organisent des collectes de vivres et de vêtements chauds. Cette solidarité spontanée entre civils et soldats marque durablement la mémoire locale.
L’occupation prussienne du Doubs et de Besançon (janvier-mai 1871)
Tandis que l’Armée de l’Est se réfugie en Suisse, les troupes prussiennes déferlent sur le Doubs sans rencontrer de résistance organisée. Besançon est occupée à partir du 17 janvier 1871. La citadelle Vauban, symbole de la puissance militaire française depuis le XVIIe siècle, est investie par les soldats du Kaiser sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré.
L’occupation prussienne de Besançon dure onze jours, du 17 au 28 janvier 1871. Elle est marquée par l’imposition de contributions de guerre, la réquisition de logements, de nourriture et de fourrage pour les chevaux, ainsi que par les humiliations symboliques inhérentes à toute occupation militaire. Le préfet du Doubs négocie avec les autorités prussiennes pour limiter les exactions contre la population civile.
L’armistice signé le 28 janvier 1871 entre la France et la Prusse met officiellement fin aux combats sur le territoire métropolitain, à l’exception du siège de Belfort qui se poursuit jusqu’au 15 février. Mais l’armistice ne signifie pas la fin de l’occupation. Les troupes prussiennes restent présentes dans le Doubs pendant plusieurs mois, en garantie de l’application des clauses de paix et du paiement de l’indemnité de guerre colossale — cinq milliards de francs-or — imposée à la France.
La présence de soldats prussiens dans les villages du Doubs engendre des tensions permanentes. Les réquisitions continuent, les soldats logés chez l’habitant sont mal tolérés, et les incidents éclatent parfois, bien que les autorités prussiennes maintiennent globalement une discipline stricte pour éviter les représailles. L’économie locale souffre considérablement : les champs sont piétinés, le bétail réquisitionné, le commerce paralysé.
Des communes comme Baume-les-Dames, Ornans ou Montbéliard subissent l’occupation pendant plusieurs semaines. Dole, dans le Jura voisin mais lié à la Franche-Comté, vit une situation similaire. Partout, les registres paroissiaux et les archives municipales de cette période témoignent de la misère engendrée par la présence étrangère.
L’évacuation progressive des troupes prussiennes s’effectue au fur et à mesure des versements de l’indemnité de guerre française. Le dernier soldat prussien quitte le territoire du Doubs au printemps 1871, laissant derrière lui un département épuisé, humilié, et profondément marqué dans son identité. Les fouilles archéologiques menées dans les décennies suivantes par des spécialistes des fouilles archéologiques des vestiges militaires de Franche-Comté ont mis au jour de nombreux témoignages matériels de cette occupation.
Les conséquences durables de l’occupation prussienne dans le Doubs :
- Réquisitions massives de logements, de nourriture et de fourrage pendant plusieurs mois
- Paralysie du commerce local et pillage des ressources agricoles
- Paiement d’une part de l’indemnité de guerre de cinq milliards de francs-or imposée à la France
- Tensions permanentes entre population civile et soldats logés chez l’habitant
- Choc démographique durable sur la génération née entre 1845 et 1855
- Naissance d’une mémoire collective de la « revanche » qui structurera l’identité régionale jusqu’en 1914
Le traité de Francfort et la perte de l’Alsace-Lorraine
Le 10 mai 1871, la France et l’Empire allemand nouvellement proclamé signent le traité de Francfort. Ce traité impose à la France des conditions sévères : le paiement d’une indemnité de cinq milliards de francs-or, l’occupation prussienne d’une partie du territoire jusqu’au paiement complet, et surtout l’annexion de l’Alsace et d’une grande partie de la Lorraine.
Pour la Franche-Comté et le Doubs, la perte de l’Alsace revêt une dimension particulière. Les liens géographiques, économiques, familiaux et culturels entre les deux régions sont profonds. La frontière entre la France et l’Allemagne, désormais tracée dans les Vosges, passe à quelques dizaines de kilomètres des villages haut-doubiens. De nombreuses familles franc-comtoises ont des parents en Alsace, désormais sous souveraineté prussienne.

Belfort, comme évoqué précédemment, est la grande exception de ce traité désastreux. Grâce à la résistance héroïque de sa garnison, la ville et son arrondissement restent français. Cette anomalie géographique — un morceau d’ancienne Alsace resté français — devient un symbole puissant pour tous ceux qui refusent d’accepter l’humiliation du traité.
La perte de l’Alsace-Lorraine devient l’obsession de toute une génération française. Dans les écoles, les enfants apprennent à réciter les noms des territoires perdus. Dans les mairies et les salons bourgeois, les cartes de France affichent l’Alsace en deuil, couverte d’un voile noir. Les monuments commémoratifs érigés dans tout le pays, notamment les monuments commémorant la perte de l’Alsace-Lorraine après 1871, portent une même inscription : « N’oubliez pas. »
Dans le Doubs, cette blessure est d’autant plus vive que le département partage désormais une frontière avec l’Allemagne via le Territoire de Belfort. Les relations commerciales et humaines avec l’Alsace perdurent malgré la frontière, mais dans un contexte de méfiance et de douleur sourde. La « ligne bleue des Vosges » devient une métaphore nationale, une ligne de mémoire que les Franc-Comtois regardent depuis leurs hauts plateaux.
Les pertes humaines dans le Doubs : une génération sacrifiée
Le bilan humain de la guerre franco-prussienne dans le Doubs est difficile à établir avec précision, mais il est considérable. Les registres d’état civil des communes, les archives militaires conservées à Vincennes, et les travaux des historiens régionaux permettent d’esquisser un tableau sombre.
Les gardes mobiles du Doubs engagés dans les opérations de l’Armée de l’Est ont payé un lourd tribut. Les combats de la Lisaine, la retraite vers la Suisse et les batailles préliminaires ont fait des milliers de victimes parmi les soldats franc-comtois. Mais les pertes ne se limitent pas aux seuls combats. Les maladies — typhoïde, dysenterie, pneumonie, gangrène — déciment les rangs bien plus efficacement que les obus prussiens.
Parmi les soldats internés en Suisse, plusieurs milliers ne reverront jamais leur département. Décédés dans les cantonnements helvétiques des suites du froid et des maladies contractées pendant la campagne, ils sont enterrés dans des cimetières militaires suisses, loin de leurs familles. Certaines communes du Doubs voient revenir leurs enfants en cercueil, mois après mois, tout au long de l’année 1871.
Les civils ne sont pas épargnés non plus. L’occupation prussienne, les réquisitions et la désorganisation économique qui s’ensuivent provoquent une hausse de la mortalité dans les populations fragilisées : vieillards, enfants en bas âge, malades chroniques. Les hivers de 1870-1871 et 1871-1872 sont particulièrement meurtriers dans un département dont les ressources agricoles ont été pillées.
La démographie du Doubs met plusieurs décennies à se remettre de ce choc. La génération née entre 1845 et 1855, celle qui a porté le poids de la mobilisation, est durablement amputée. Les villages de la haute chaîne jurassienne, déjà fragiles économiquement, accusent des pertes proportionnelles particulièrement élevées. Cette saignée démographique, conjuguée à l’exode rural qui s’accélère dans la seconde moitié du XIXe siècle, laisse des traces visibles dans la géographie humaine du département jusqu’au début du XXe siècle.
Les monuments commémorant la guerre de 1870 dans le département
La mémoire de la guerre franco-prussienne s’est cristallisée dans le Doubs autour d’un réseau de monuments commémoratifs érigés dès les années 1870 et tout au long de la IIIe République. Ces monuments sont à la fois des lieux de deuil collectif et des instruments de la politique mémorielle républicaine, qui a fait de la « revanche » un thème central de l’identité nationale française.
À Besançon, une stèle rappelle le passage de l’Armée de l’Est et l’occupation prussienne. Le musée du Temps, installé dans le palais Granvelle, conserve des objets, des uniformes et des documents liés à cette période. La citadelle Vauban, elle-même inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, porte dans ses murs la mémoire des soldats qui l’ont défendue.
À Pontarlier, le souvenir de la retraite tragique de l’Armée de l’Est est omniprésent. Une stèle commémorative marque le point de passage de la frontière au fort de Joux. Chaque année, une cérémonie réunit les élus locaux et les représentants du Souvenir Français pour honorer la mémoire des soldats qui ont traversé la ville dans leur marche éperdue vers la Suisse. Les monuments aux morts de 1870 dans le Doubs font partie intégrante du patrimoine commémoratif régional et sont régulièrement restaurés grâce à l’action des comités locaux du Souvenir Français.
Dans les communes rurales du département, des plaques de marbre sur les façades des mairies rappellent les noms des soldats tombés en 1870-1871. Ces monuments précèdent souvent ceux de la Grande Guerre : ils constituent le premier élément d’un patrimoine commémoratif qui s’enrichira considérablement après 1918.
Le Souvenir Français, association fondée en 1887 précisément pour entretenir la mémoire de la guerre de 1870 et perpétuer le souvenir des soldats tombés pour la France, joue un rôle crucial dans la conservation de ce patrimoine. Les comités locaux du Doubs organisent des cérémonies annuelles, fleurissent les tombes militaires, et sensibilisent les nouvelles générations à cette histoire trop souvent oubliée au profit de la commémoration de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.
La dimension mémorielle de la guerre de 1870 s’articule également avec les pratiques de la recherche historique contemporaine. Les spécialistes des champs de bataille et des vestiges militaires apportent régulièrement de nouvelles contributions à la connaissance de cette période. Fouilles, analyses d’archives, études des armements retrouvés : chaque découverte contribue à affiner la compréhension de ce conflit fondateur.
Conclusion
La guerre franco-prussienne de 1870-1871 a laissé une empreinte profonde et durable sur le Doubs et la Franche-Comté. En quelques mois, ce département frontalier a vécu l’ensemble du spectre de la guerre moderne : la mobilisation enthousiasmée et désorganisée, les premières défaites, l’espoir maintenu par la résistance de Belfort, l’effondrement de l’Armée de l’Est, l’occupation étrangère et, enfin, l’humiliation du traité de paix.
Cette guerre a aussi forgé des figures héroïques qui ont nourri l’imaginaire national français pendant des décennies : Denfert-Rochereau le Lion de Belfort, les soldats anonymes qui ont traversé Pontarlier dans la neige, les civils qui ont ouvert leurs maisons à des hommes en déroute. Ces figures populaires, célébrées par la statuaire républicaine et les manuels scolaires, ont contribué à construire une identité franc-comtoise marquée par la résistance et la dignité face à l’adversité.
La mémoire de 1870-1871 reste vivace dans le Doubs. Elle s’exprime dans les cérémonies commémoratives, dans la conservation des monuments, dans le travail des historiens et des archéologues. Elle s’exprime aussi dans la conscience que les habitants de ce département ont de leur position géographique particulière — à la frontière de deux grandes puissances européennes — et dans leur attachement profond à la paix, conquise au prix de tant de sacrifices.



