Le Doubs, département de mémoire
Le Doubs occupe une place singulière dans l’histoire militaire de la France. Département frontalier niché entre le massif du Jura et la frontière suisse, il a été le théâtre de combats décisifs lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, traversé par les armées en marche lors des deux conflits mondiaux, et marqué par une résistance intérieure particulièrement active entre 1940 et 1944. Ce passé douloureux a laissé des traces profondes dans les paysages, les villes et les villages du département : monuments aux morts érigés après chaque conflit, nécropoles nationales entretenues par l’État, musées qui gardent vivante la flamme du souvenir.
Préparer un voyage mémoriel dans le Doubs, c’est choisir de s’arrêter devant les croix blanches alignées d’une nécropole, de franchir les portes d’un musée où des photographies jaunies racontent les visages de ceux qui ne sont pas rentrés, ou encore de parcourir les sentiers boisés par lesquels l’Armée de l’Est a tenté, en plein hiver, de rejoindre la neutralité suisse. C’est aussi comprendre que la mémoire ne se décrète pas : elle se cultive, se transmet, et se perpétue grâce à l’engagement des associations comme le Souvenir Français, qui veillent à ce que chaque tombe conserve sa dignité et que chaque nom gravé dans la pierre reste lisible pour les générations futures. Les monuments et lieux de mémoire dans le Doubs forment ainsi un réseau vivant, où chaque site raconte une part de l’histoire combattante du département.
Ce guide vous propose douze lieux de mémoire essentiels à visiter dans le Doubs en 2026, répartis sur l’ensemble du département et couvrant trois siècles d’histoire militaire française.
Les musées militaires incontournables
Le musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon
Installé dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle au cœur de Besançon, le musée de la Résistance et de la Déportation est l’un des établissements les plus complets de l’est de la France pour comprendre la Seconde Guerre mondiale en région. Ses collections permanentes rassemblent plusieurs milliers de pièces originales : tracts clandestins, uniformes, armes légères, documents d’archives, photographies et témoignages filmés. Les visiteurs y découvrent l’organisation progressive des réseaux de résistance en Franche-Comté, les modalités des arrestations et des déportations vers les camps nazis, mais aussi la libération du territoire en septembre 1944.
L’un des points forts du musée est sa galerie consacrée aux Bisontin·e·s déporté·e·s, où chaque panneau tente de restituer une individualité à des destins brisés par les persécutions. Une salle entière est dédiée aux femmes résistantes, souvent invisibilisées dans les récits officiels. L’entrée est gratuite pour tous les publics, et des visites guidées thématiques sont organisées régulièrement, notamment à l’intention des scolaires. Le musée est fermé le lundi.
La citadelle Vauban et ses musées
Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008, la citadelle de Besançon domine la ville depuis la colline de Saint-Étienne. Si elle est d’abord connue pour ses fortifications conçues par Vauban au XVIIe siècle, elle accueille également plusieurs espaces dédiés à la mémoire militaire. Le musée d’histoire naturelle et le musée Comtois y côtoient un espace consacré à la vie quotidienne des soldats en garnison, ainsi qu’un mémorial des fusillés, installé à l’endroit même où des résistants ont été exécutés par l’occupant entre 1941 et 1944. Cette dimension tragique transforme la promenade touristique en un itinéraire de mémoire à part entière.
La citadelle accueille chaque année plus de 200 000 visiteurs et propose des animations pédagogiques pour les familles. L’accès se fait à pied depuis le centre-ville, par un sentier en forte montée, ou par navette depuis l’office de tourisme.
Le musée Courbet d’Ornans et la guerre de 1870
À Ornans, ville natale du peintre Gustave Courbet, le musée qui lui est consacré conserve une documentation précieuse sur la guerre de 1870-1871 dans le Doubs. Courbet, qui avait alors 51 ans, a vécu et documenté le passage des troupes dans sa région natale. La ville d’Ornans a connu l’occupation prussienne, et plusieurs œuvres du peintre témoignent indirectement de ce traumatisme collectif. Le musée propose également une riche collection sur la société franc-comtoise du XIXe siècle, indispensable pour contextualiser les conflits de l’époque.
Les nécropoles nationales et cimetières militaires

Le Doubs conserve plusieurs nécropoles nationales, entretenues par le secrétariat d’État chargé des anciens combattants. Ces lieux de sépulture rassemblent les dépouilles de soldats morts pour la France lors des deux conflits mondiaux, parfois exhumés de cimetières provisoires proches des lieux de combat.
La nécropole nationale de Besançon, située au cimetière Saint-Claude, regroupe plusieurs carrés militaires où reposent des soldats tombés lors des campagnes de 1914-1918 et 1939-1945. Les stèles blanches uniformes, en croix latines ou en stèles islamiques selon la confession des défunts, alignées avec une précision austère, produisent un effet saisissant sur le visiteur. Chaque première fin de semaine de novembre, le Souvenir Français du Doubs y organise une cérémonie de recueillement en liaison avec les cérémonies commémoratives dans le Doubs.
Dans le secteur de Pontarlier, plusieurs communes conservent des carrés militaires intégrés à leurs cimetières communaux. Ces espaces plus modestes n’en sont pas moins émouvants : on y trouve parfois des soldats d’origines géographiques très diverses, témoignant de la dimension nationale des levées en masse.
Le réseau des nécropoles est consultable en ligne via le portail Sépultures de Guerre du ministère des Armées, qui permet de localiser la tombe précise d’un ancêtre tombé au champ d’honneur. Consulter les informations sur les sépultures et cimetières militaires du Doubs avant de planifier votre visite.
Sur les traces de la guerre de 1870-1871
La retraite de l’Armée de l’Est à Pontarlier
La guerre franco-prussienne de 1870-1871 reste peu connue du grand public, mais elle a profondément marqué le Doubs. En janvier et février 1871, l’Armée de l’Est commandée par le général Bourbaki tente en vain de dégager Belfort assiégée et se retrouve prise en étau par les forces prussiennes. Épuisée, décimée par le froid et la maladie, elle se dirige vers la frontière suisse pour éviter la capitulation totale. La traversée du Doubs en plein hiver, sous la neige, dans un dénuement absolu, constitue l’un des épisodes les plus dramatiques de la guerre.
À Pontarlier, une stèle commémorative rappelle le passage de ces soldats fantômes. Les archives de la ville conservent des témoignages poignants sur l’accueil des populations civiles face à ces colonnes de soldats affamés et gelés. Un circuit de randonnée permet aujourd’hui de longer une partie de l’itinéraire de retraite, depuis Pontarlier jusqu’au col des Verrières, point de passage vers la Suisse.
Le mémorial de la bataille d’Héricourt
Bien que situé en Haute-Saône, le mémorial de la bataille d’Héricourt (18-22 janvier 1871) est facilement accessible en une demi-journée depuis Besançon. Cette bataille, qui opposa l’Armée de l’Est aux forces prussiennes, se solda par un échec français lourd en pertes humaines. Le mémorial comporte un ossuaire contenant les restes de soldats des deux camps, signe d’une mémoire réconciliatrice qui mérite le détour.
Mémoire de la Grande Guerre dans le Doubs
Les monuments aux morts communaux
Si le Doubs n’a pas connu de grandes batailles lors de la Première Guerre mondiale — le front stabilisé en Alsace-Moselle étant éloigné —, les villages du département ont massivement contribué à l’effort de guerre en hommes. Presque chaque commune possède son monument aux morts, souvent érigé entre 1920 et 1925, portant des listes de noms qui révèlent l’ampleur du sacrifice. Dans certains villages, plusieurs familles portent le même patronyme gravé plusieurs fois : pères, fils, frères disparus lors des mêmes offensives.
Le guide des monuments aux morts remarquables du Doubs recense les œuvres les plus significatives, tant par leur valeur artistique que par leur charge émotionnelle. Parmi elles, le monument aux morts de Baume-les-Dames, d’une sobriété saisissante, ou encore celui de Montbéliard, qui rend hommage aux soldats de tradition protestante de la région.
Les stèles de champs de bataille en forêt jurassienne
Plusieurs forêts du Doubs conservent des stèles discrètes marquant des emplacements de combats ou de charniers de 1914-1918. Ces lieux sont souvent méconnus du grand public et accessibles uniquement à pied. Les offices de tourisme locaux peuvent fournir des cartes des sentiers mémoriaux. Ils constituent une alternative recueillie aux grands sites touristiques.
Les monuments et lieux de mémoire dans le Doubs répertorient l’ensemble de ces sites, y compris les moins connus.
Mémoire de la Seconde Guerre mondiale
Le mémorial des fusillés de la citadelle de Besançon
Au sein même de la citadelle, l’espace dédié aux fusillés constitue l’un des lieux de mémoire les plus bouleversants du Doubs. Entre 1941 et 1944, des dizaines de résistants y ont été exécutés par les forces d’occupation. Leurs noms sont gravés sur une stèle commémorative, et le lieu est régulièrement fleuri lors des cérémonies officielles. La visite peut s’inscrire dans un parcours plus large de la citadelle, en n’oubliant pas les panneaux explicatifs qui retracent le contexte de l’Occupation en Franche-Comté.
Les sites de maquis et de résistance
Le massif jurassien, avec ses forêts denses et ses villages isolés, a constitué un terrain propice au développement de maquis actifs. Plusieurs communes du Doubs conservent la mémoire de ces groupes armés : plaques commémoratives, chapelles votives, stèles au bord des routes forestières. La commune de Levier, notamment, est associée à plusieurs faits d’armes résistants. Des associations locales organisent des randonnées pédagogiques sur les traces des maquis, généralement au printemps et en automne. Ces lieux complètent le patrimoine mémoriel qu’on retrouve également sur les monuments aux morts de 1914-1918 dans le Doubs, témoins sculptés de la même génération sacrifiée.
Le rôle de l’Église dans la transmission de la mémoire
La dimension religieuse est indissociable du tourisme mémoriel dans le Doubs, comme dans l’ensemble de l’est de la France. Les paroisses ont souvent joué un rôle central dans la conservation des archives, l’organisation des cérémonies funèbres et la transmission de la mémoire aux générations suivantes. Cette tradition se perpétue aujourd’hui, notamment lors des commémorations du 11 novembre et du 8 mai, où les offices religieux précèdent ou suivent les cérémonies civiles au monument aux morts. On retrouve une dynamique similaire en Alsace voisine, où les cérémonies religieuses catholiques qui accompagnent les commémorations militaires témoignent de ce lien profond entre foi et mémoire patriotique.

Conseils pratiques pour votre visite
Tableau récapitulatif des 12 sites
| Site | Commune | Type | Période commémorée | Accès |
|---|---|---|---|---|
| Musée de la Résistance et de la Déportation | Besançon | Musée | 1939-1945 | Gratuit, fermé lundi |
| Citadelle Vauban — Mémorial des fusillés | Besançon | Monument / Musée | 1940-1944 | Payant, ouvert tlj |
| Musée Courbet | Ornans | Musée | 1870-1871 | Payant, fermé mardi |
| Nécropole nationale de Besançon | Besançon | Nécropole nationale | 1914-1918 / 1939-1945 | Libre accès |
| Carré militaire de Pontarlier | Pontarlier | Cimetière militaire | 1914-1918 / 1939-1945 | Libre accès |
| Stèle de la retraite de l'Armée de l'Est | Pontarlier | Monument / Stèle | 1870-1871 | Libre accès |
| Circuit de randonnée vers les Verrières | Pontarlier / Les Verrières | Site historique / Randonnée | 1870-1871 | Libre accès |
| Mémorial de la bataille d'Héricourt | Héricourt (Haute-Saône) | Mémorial / Ossuaire | 1870-1871 | Libre accès |
| Monument aux morts de Baume-les-Dames | Baume-les-Dames | Monument aux morts | 1914-1918 / 1939-1945 | Libre accès |
| Monument aux morts de Montbéliard | Montbéliard | Monument aux morts | 1914-1918 / 1939-1945 | Libre accès |
| Sites de maquis — secteur de Levier | Levier et environs | Site historique | 1940-1944 | Libre accès (sentiers balisés) |
| Stèles de champs de bataille en forêt jurassienne | Doubs (divers) | Stèles historiques | 1914-1918 | Libre accès (hors sentiers balisés) |
Organiser son itinéraire
Pour un séjour de deux jours centré sur Besançon, nous recommandons de consacrer la première journée au musée de la Résistance et à la citadelle, puis de rejoindre le cimetière Saint-Claude pour le carré militaire. Le deuxième jour peut être consacré à Ornans (musée Courbet) et à un circuit vers Pontarlier sur les traces de la guerre de 1870. Pour planifier votre visite en lien avec les dates commémoratives, consultez le calendrier des cérémonies commémoratives dans le Doubs afin de conjuguer tourisme mémoriel et participation aux hommages officiels.
Les offices de tourisme de Besançon et de Pontarlier disposent de brochures thématiques sur les circuits mémoriels. Cette manière d’explorer un département en s’attachant à son histoire et à sa transmission se retrouve dans d’autres territoires ruraux français, à l’image du patrimoine de la Puisaye-Forterre en Bourgogne, où la mémoire des lieux et l’identité locale nourrissent une découverte attentive du territoire. Il est conseillé de les contacter en avance pour les visites guidées, dont le nombre de places est souvent limité.
Nos conseils pratiques pour une visite mémorielle réussie
- Réserver les visites guidées du musée de la Résistance et de la citadelle plusieurs jours à l’avance, notamment en période scolaire
- Prévoir des chaussures adaptées à la marche pour les circuits en forêt jurassienne et les sentiers vers les Verrières
- Privilégier les cérémonies du 11 novembre et du 8 mai pour associer la visite d’un monument à un temps de recueillement collectif
- Se munir d’une carte des sentiers mémoriaux auprès des offices de tourisme avant de partir vers les sites isolés (stèles en forêt, maquis de Levier)
- Vérifier les horaires d’ouverture des musées payants avant le déplacement, ces derniers pouvant varier selon la saison
- Associer la visite d’un site à la lecture préalable de son historique pour mieux comprendre la portée du lieu
Tarifs et horaires (indicatifs 2026)
Les nécropoles nationales et les monuments aux morts sont en accès libre et gratuit toute l’année. Le musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon est gratuit. La citadelle de Besançon est payante (environ 12 € pour les adultes, tarifs réduits disponibles). Le musée Courbet est payant (environ 8 €). Les horaires peuvent varier selon la saison : il est conseillé de vérifier sur les sites officiels des établissements avant de se déplacer. Pensez également à consulter le calendrier des cérémonies commémoratives dans le Doubs pour combiner votre visite avec une commémoration officielle, moments privilégiés pour comprendre la mémoire vivante du département.
Le tourisme mémoriel du Doubs s’inscrit souvent dans un voyage régional plus large, notamment vers l’Alsace voisine. Le terroir alsacien constitue un complément naturel à la découverte patrimoniale, avec ses vignobles, ses producteurs et ses saveurs qui racontent eux aussi une histoire franco-allemande séculaire.



