La Premiere Guerre mondiale demeure le conflit le plus meurtrier que l’Europe ait connu jusqu’alors. Entre 1914 et 1918, plus de 18 millions de personnes perirent dans une guerre qui bouleversa l’ordre mondial et transforma profondement les societes europeennes.
Comprendre les origines de ce cataclysme, suivre sa chronologie et mesurer ses consequences permet de saisir pourquoi la Grande Guerre reste une reference centrale dans la memoire collective francaise. Le departement du Doubs, comme toutes les regions de France, paya un lourd tribut a ce conflit.
Le Souvenir Francais du Doubs entretient la memoire des soldats doubistes tombes sur les champs de bataille. Cet article retrace les grandes etapes du conflit, de ses causes profondes a l’armistice du 11 novembre 1918.
Les origines profondes du conflit
La guerre de 1914 ne fut pas un accident de l’histoire. Elle resulta de tensions accumulees pendant des decennies, alimentees par le nationalisme, l’imperialisme colonial, la course aux armements et un systeme d’alliances qui transforma un conflit local en conflagration mondiale.
Le nationalisme et la question d’Alsace-Lorraine
Depuis la defaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, la France nourrissait un desir de revanche. La statue de Strasbourg sur la place de la Concorde a Paris, voilee de noir, rappelait en permanence cette blessure nationale. Les manuels scolaires entretenaient le souvenir des provinces perdues.
En face, l’Empire allemand unifie par Bismarck en 1871 affichait une puissance economique et militaire croissante. Guillaume II, empereur depuis 1888, mena une politique mondiale (Weltpolitik) ambitieuse qui inquieta les puissances europeennes, notamment la Grande-Bretagne.
Les Balkans constituaient un autre foyer de nationalisme. Les peuples slaves, sous domination austro-hongroise ou ottomane, aspiraient a l’independance. La Serbie, soutenue par la Russie, se posait en championne du panslavisme, au grand dam de l’Autriche-Hongrie.
La course aux armements
Les annees 1900-1914 virent une escalade militaire sans precedent. L’Allemagne developpa une flotte de guerre destinee a rivaliser avec la Royal Navy britannique. La France porta le service militaire de deux a trois ans par la loi du 7 aout 1913.
Les budgets militaires exploserent dans toute l’Europe. Chaque nation perfectionnait son armement, multipliait ses effectifs et elaborait des plans de mobilisation de plus en plus sophistiques. L’Allemagne disposait du plan Schlieffen, prevoyant une victoire rapide contre la France avant de se retourner contre la Russie.
Le systeme des alliances
Deux blocs antagonistes se faisaient face. La Triple-Alliance regroupait l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie. La Triple-Entente unissait la France, la Russie et la Grande-Bretagne.
| Alliance | Membres | Caracteristiques |
|---|---|---|
| Triple-Alliance (1882) | Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie | Alliance defensive, l’Italie changera de camp en 1915 |
| Triple-Entente (1907) | France, Russie, Grande-Bretagne | Accords diplomatiques et militaires, pas de traite formel |
| Alliance franco-russe (1892) | France, Russie | Traite militaire d’assistance mutuelle |
| Entente cordiale (1904) | France, Grande-Bretagne | Reglement des differends coloniaux |
Ce systeme d’alliances, concu pour maintenir l’equilibre, devint un mecanisme infernal : tout conflit entre deux nations risquait d’entrainer l’ensemble de l’Europe dans la guerre.
L’etincelle de Sarajevo
Le 28 juin 1914, l’archiduc Francois-Ferdinand, heritier du trone d’Autriche-Hongrie, fut assassine a Sarajevo par Gavrilo Princip, un nationaliste serbe de Bosnie membre de l’organisation secrete la Main noire.
Cet attentat declencha une crise diplomatique d’une gravite extreme. L’Autriche-Hongrie, encouragee par l’Allemagne (le fameux “cheque en blanc”), adressa a la Serbie un ultimatum deliberement inacceptable le 23 juillet 1914.
La Serbie accepta la plupart des exigences mais refusa l’enquete policiere autrichienne sur son territoire. Le 28 juillet 1914, l’Autriche-Hongrie declara la guerre a la Serbie. Le mecanisme des alliances s’enclencha alors de maniere irreversible.
L’engrenage des declarations de guerre
Les jours qui suivirent l’ultimatum autrichien virent l’Europe basculer dans la guerre avec une rapidite siderante. Chaque nation, prisonniere de ses alliances et de ses plans militaires, fut entrainee dans le conflit.
Le 30 juillet 1914, la Russie decreta la mobilisation generale pour soutenir la Serbie. L’Allemagne, confrontee a la perspective d’une guerre sur deux fronts, exigea de la Russie l’arret de sa mobilisation et de la France une declaration de neutralite. N’obtenant pas de reponse satisfaisante, l’Allemagne declara la guerre a la Russie le 1er aout et a la France le 3 aout 1914.
Le lendemain, les troupes allemandes envahirent la Belgique, Etat neutre, pour appliquer le plan Schlieffen et contourner les defenses francaises. Cette violation de la neutralite belge entraina l’entree en guerre de la Grande-Bretagne le 4 aout.
En France, le decret de mobilisation generale fut affiche le 2 aout 1914. Dans le Doubs comme dans tous les departements, les hommes rallierent leurs depots regimentaires. Le 35e regiment d’infanterie, en garnison a Belfort, et les unites stationnees a Besancon furent parmi les premieres a rejoindre le front.
La mobilisation francaise
La mobilisation francaise permit de rassembler 2 944 000 hommes en quelques jours. L’armee d’active comptait 173 regiments d’infanterie, completes par autant de regiments de reserve, 31 bataillons de chasseurs a pied, des regiments de cavalerie et d’artillerie.
Le plan de mobilisation, rode par des annees de preparation, fonctionna avec une efficacite remarquable. Les chemins de fer transporterent les troupes vers les zones de concentration le long de la frontiere. En quinze jours, l’armee francaise etait prete au combat.
Dans le Doubs, des milliers de familles virent partir leurs fils, leurs maris, leurs freres. L’enthousiasme initial — la “fleur au fusil” — masquait mal l’angoisse des departs. Personne n’imaginait que cette guerre durerait plus de quatre ans.
Chronologie des grandes batailles
1914 : la guerre de mouvement
Les premieres semaines de guerre furent marquees par des offensives et des contre-offensives rapides. L’armee francaise lanca le plan XVII en direction de l’Alsace-Lorraine, mais fut repoussee avec de lourdes pertes lors des batailles des frontieres (14-25 aout 1914).
Pendant ce temps, les armees allemandes progressaient a travers la Belgique et le nord de la France. Paris semblait menacee. Le gouvernement se replia a Bordeaux.
La bataille de la Marne (5-12 septembre 1914) marqua le tournant decisif. Le general Joffre ordonna la contre-attaque. Les taxis parisiens furent requisitionnes pour transporter des renforts au front. L’avance allemande fut stoppee, et la “course a la mer” debuta, chaque camp tentant de deborder l’autre vers le nord.
1915-1916 : la guerre des tranchees
Le front se stabilisa sur une ligne continue de 750 kilometres, de la mer du Nord a la Suisse. Les deux armees s’enterrerent dans des tranchees separees par un no man’s land meurtrier.
L’annee 1916 fut marquee par deux batailles titanesques. A Verdun (fevrier-decembre 1916), les Allemands tenterent de “saigner a blanc” l’armee francaise. La resistance acharnee des troupes francaises, incarnee par le cri “Ils ne passeront pas” du general Petain, fit de Verdun le symbole de la tenacite francaise. Les pertes furent effroyables : plus de 700 000 victimes des deux cotes.
Sur la Somme (juillet-novembre 1916), l’offensive franco-britannique tenta de soulager Verdun. Le premier jour, le 1er juillet, l’armee britannique subit 57 000 victimes, le jour le plus sanglant de son histoire.
1917 : l’annee des crises
L’annee 1917 fut celle de toutes les epreuves. L’offensive du Chemin des Dames (avril 1917), lancee par le general Nivelle, se solda par un echec sanglant. Les pertes disproportionnees provoquerent des mutineries dans l’armee francaise. Petain, rappele au commandement, retablit l’ordre par un melange de fermete et d’amelioration des conditions de vie des soldats.
En Russie, la revolution bolchevique d’octobre 1917 conduisit a l’armistice de Brest-Litovsk, liberant des dizaines de divisions allemandes pour le front ouest. Mais l’entree en guerre des Etats-Unis (6 avril 1917) allait compenser cette perte et faire pencher la balance.
1918 : les offensives finales
Au printemps 1918, l’Allemagne lanca ses dernieres grandes offensives (offensives Ludendorff) avant l’arrivee massive des troupes americaines. Les Allemands percerent a plusieurs reprises les lignes alliees, atteignant la Marne en mai.
La seconde bataille de la Marne (juillet 1918) marqua le debut de la fin. Le generalissime Foch coordonna les contre-attaques alliees. L’armee allemande, epuisee et demoralisee, recula progressivement. Les Cent-Jours (aout-novembre 1918) virent les Allies liberer le territoire occupe.
Le 11 novembre 1918, a 5 heures 15 du matin, l’armistice fut signe dans un wagon a Rethondes, dans la foret de Compiegne. A 11 heures, les clairons sonnerent le cessez-le-feu. La guerre etait finie.
L’impact sur la France et le Doubs
Le bilan humain de la Grande Guerre fut vertigineux. La France deplora 1,4 million de morts, 4,3 millions de blesses et 600 000 invalides permanents. Une generation entiere fut fauchee. Pratiquement chaque famille, chaque village fut touche.
Dans le Doubs, les noms inscrits sur les monuments aux morts temoignent de l’ampleur du sacrifice. Des villages perdirent une proportion considerable de leur population masculine active. L’agriculture et l’economie locale mirent des annees a se relever.
Les consequences sociales furent profondes : le desequilibre demographique, avec un deficit de naissances et un surplus de veuves et d’orphelins, marqua la societe francaise pour des decennies. Les “gueules cassees”, ces soldats defigures, devinrent le symbole visible des horreurs de la guerre.
Le traite de Versailles (28 juin 1919) redonna l’Alsace-Lorraine a la France, satisfaisant enfin le desir de revanche ne en 1870. Mais les conditions imposees a l’Allemagne — reparations ecrasantes, humiliation nationale — contenaient les germes d’un futur conflit.
FAQ — Questions frequentes
Quelles furent les causes de la Premiere Guerre mondiale ?
L’assassinat de l’archiduc Francois-Ferdinand a Sarajevo le 28 juin 1914 declencha le jeu des alliances. Les causes profondes incluaient le nationalisme exacerbe, l’imperialisme colonial, la course aux armements et le systeme d’alliances qui transforma un conflit local en guerre mondiale.
Combien de temps a dure la guerre de 14-18 ?
La Premiere Guerre mondiale dura 4 ans et 3 mois, du 28 juillet 1914, date de la declaration de guerre de l’Autriche-Hongrie a la Serbie, au 11 novembre 1918, jour de la signature de l’armistice a Rethondes.
Combien de soldats francais ont ete mobilises en 1914 ?
Le decret de mobilisation permit de rassembler 2 944 000 hommes au debut du conflit, formant 173 regiments d’infanterie d’active et autant de reserve, plus 31 bataillons de chasseurs et les unites de cavalerie et d’artillerie.
Quelles furent les principales batailles de la Grande Guerre ?
Les batailles majeures incluent la Marne (septembre 1914), Verdun (fevrier-decembre 1916), la Somme (juillet-novembre 1916), le Chemin des Dames (avril 1917) et la seconde bataille de la Marne (juillet 1918).
Quand l’armistice de 1918 a-t-il ete signe ?
L’armistice fut signe le 11 novembre 1918 a 5h15 du matin dans un wagon a Rethondes, dans la foret de Compiegne. Le cessez-le-feu entra en vigueur a 11 heures. Ce jour est depuis commemore chaque annee en France.
Quel fut le bilan humain de la guerre pour la France ?
La France deplora environ 1,4 million de morts ou disparus, 4,3 millions de blesses et 600 000 invalides permanents. Environ 10% de la population active masculine perit dans le conflit, creant un desequilibre demographique durable.
Comment le Doubs contribua-t-il a l’effort de guerre ?
Le Doubs fournit des milliers de soldats mobilises dans les regiments de la region, notamment les unites de Besancon et Belfort. Les pertes humaines furent considerables, et l’arriere participa a l’effort industriel et agricole necessaire au soutien des armees.
Conclusion
La guerre de 1914-1918 reste la matrice du XXe siecle. Ce conflit d’une violence inouie transforma les societes, les frontieres et les mentalites. Pour le Doubs, comme pour toute la France, la Grande Guerre constitue une blessure dont les cicatrices demeurent visibles dans chaque commune, sur chaque monument aux morts.
Le Souvenir Francais du Doubs veille a ce que le sacrifice de ces hommes ne tombe pas dans l’oubli. Les ceremonies du 11 novembre, les gerbes deposees au pied des monuments, les noms lus a haute voix : ces gestes perpetuent la memoire d’une generation qui donna sa vie pour la France.


