La Citadelle de Besançon domine la ville du haut de son éperon rocheux, dressée au centre de la boucle que trace le Doubs. Elle constitue l’un des incontournables du tourisme mémoriel dans le Doubs. Cette forteresse, considérée comme le chef-d’œuvre de Vauban, fut classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008. Mais derrière ses remparts imposants et ses bastions géométriques se cache aussi une histoire plus sombre : celle des résistants fusillés entre 1941 et 1944, dont le jeune Henri Fertet, 16 ans.
Pour le Souvenir Français du Doubs, la Citadelle incarne la dualité de la mémoire militaire : un lieu de gloire architecturale devenu théâtre d’exécutions, aujourd’hui transformé en espace de recueillement et de transmission. La visite de la Citadelle ne saurait se limiter à l’admiration des fortifications sans inclure le musée de la Résistance et le mémorial des fusillés.
La construction de la Citadelle : Vauban et Louis XIV
La Franche-Comté, conquise par Louis XIV en 1668, constituait une position stratégique majeure à la frontière de l’Empire germanique. La ville de Besançon, située dans une boucle du Doubs naturellement défensible, offrait un site idéal pour une forteresse de premier ordre. Le roi confia à Sébastien Le Prestre de Vauban, son ingénieur militaire de génie, la conception de la citadelle.
La première pierre fut posée le 29 septembre 1668. Vauban conçut une forteresse adaptée au terrain, suivant les courbes du promontoire plutôt qu’imposant une géométrie rigide. L’enceinte s’étend sur 11 hectares, s’articulant autour de cinq bastions, trois demi-lunes et deux glacis. Les fronts de taille, creusés dans le roc, renforçaient la protection naturelle du site.
Les travaux furent interrompus par la guerre de Hollande (1672-1678) et la paix de Nimègue (1678), qui confirma l’annexion définitive de la Franche-Comté à la France. La citadelle fut achevée en 1683. Son coût total, environ 4 millions de livres de l’époque, représentait une somme considérable, témoignant de l’importance stratégique que Louis XIV accordait à cette position.
Le site s’élève à 130 mètres au-dessus du Doubs. Cette hauteur permettait aux artilleurs de la citadelle de contrôler l’ensemble de la vallée et les routes d’accès. Les fortifications furent complétées au XIXe siècle par des ouvrages extérieurs, notamment le fort de Bregille et le fort de Chaudanne, qui étendaient le dispositif défensif.
La Citadelle pendant la Seconde Guerre mondiale : lieu d’exécution
L’occupation allemande transforma la Citadelle en une place forte de la Wehrmacht. Les casemates devinrent des prisons, les remparts des postes de surveillance. Mais c’est le mur d’enceinte, du côté du front de taille, qui devint le lieu le plus tragique : les Allemands y installèrent des poteaux d’exécution.
Entre 1941 et 1944, environ 100 résistants, otages et prisonniers furent fusillés à la Citadelle. Les exécutions se déroulaient généralement à l’aube, dans la cour intérieure ou contre les murs du front de taille. Les corps étaient ensuite enterrés dans des fosses communes, dont certaines n’ont été retrouvées qu’après la Libération.
Henri Fertet, lycéen bisontin de 16 ans, fut exécuté le 26 septembre 1943. Arrêté pour avoir distribué des tracts de la Résistance, il fut condamné à mort par un tribunal militaire allemand. Son courage face au peloton d’exécution, raconté par les témoins survivants, en fit un symbole de la Résistance française. Une plaque commémorative et un mémorial lui sont dédiés sur le site.
| Année | Nombre de fusillés estimé | Contexte |
|---|---|---|
| 1941 | 8-10 | Représailles après les premiers actes de résistance |
| 1942 | 15-20 | Intensification de la répression, Service du travail obligatoire |
| 1943 | 40-50 | Exécutions massives, dont Henri Fertet (26 septembre) |
| 1944 | 25-30 | Derniers mois d’occupation, répression des maquis |
| Total | ~100 | Résistants, otages, prisonniers politiques |
La Libération de Besançon et l’après-guerre
La Libération de Besançon intervint le 7 septembre 1944, lors de l’avancée des troupes américaines de la 3e armée du général Patton. Les Allemands évacuèrent la Citadelle sans combattre, évitant ainsi la destruction de la ville. Les troupes françaises de la 1re armée, commandées par le général de Lattre de Tassigny, entrèrent dans Besançon le même jour.
Après la guerre, la Citadelle reprit sa fonction militaire pendant quelques années. L’armée française y maintint un garnison jusqu’aux années 1950. Puis, le site fut progressivement ouvert au public. Sa vocation touristique ne s’imposa cependant pas immédiatement : les bastions, les casemates et les remparts nécessitaient d’importants travaux de restauration.
La création du musée de la Résistance et de la Déportation, en 1971, marqua un tournant dans la mémoire de l’Occupation et de la Résistance dans le Doubs. Denise Lorach, résistante et déportée survivante, en fut l’initiatrice principale. Le musée s’installa dans les casemates de la Citadelle, transformant un lieu de répression en espace de mémoire. Les collections s’enrichirent progressivement de témoignages, documents et objets personnels.
Le musée de la Résistance et de la Déportation
Le musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon constitue l’un des plus importants de France sur cette période. Il retrace l’histoire de la Résistance dans la région, de l’occupation allemande à la Libération, en passant par la déportation, les réseaux de résistance et les actions de sabotage.
Les salles permanentes s’organisent en plusieurs parcours thématiques :
- La France de 1939-1940 : défaite, exode, armistice de juin 1940
- L’Occupation dans le Doubs : répression, STO, rationnement
- La Résistance s’organise : réseaux, maquis, actions armées
- La Déportation : camps, témoignages, retours
- La Libération : combats de 1944, épuration, reconstruction
Les collections comprennent des objets personnels de résistants, des armes, des faux papiers, des photographies et des documents d’archives. Une salle est consacrée aux fusillés de la Citadelle, avec les portraits des victimes et les témoignages des survivants. Le mémorial Henri Fertet y occupe une place centrale.
Le musée accueille environ 40 000 visiteurs par an, dont un nombre croissant de scolaires. Les programmes pédagogiques, élaborés avec l’académie de Besançon, visent à transmettre la mémoire de la Résistance aux jeunes générations. Des visites guidées et des ateliers sont proposés sur réservation.
Classée UNESCO : la reconnaissance internationale
Le 7 juillet 2008, la Citadelle de Besançon fut inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, au titre des fortifications de Vauban. Cette inscription regroupe douze sites représentatifs de l’œuvre de Vauban, répartis sur tout le territoire français. La Citadelle de Besançon en constitue l’un des exemples les plus aboutis.
Les critères d’inscription retenus par l’UNESCO soulignent la valeur universelle exceptionnelle de l’ensemble fortifié. La Citadelle illustre parfaitement la « méthode Vauban », qui adapte la géométrie militaire aux contraintes du terrain. L’intégration du site dans le paysage naturel de la boucle du Doubs constitue un exemple remarquable de dialogue entre architecture et nature.
Cette reconnaissance internationale a sensiblement accru la fréquentation touristique. La Citadelle accueille aujourd’hui entre 250 000 et 300 000 visiteurs par an. L’entretien du site, confié à la Ville de Besançon, représente un budget annuel conséquent. Les travaux de restauration des remparts, réalisés entre 2015 et 2023, ont coûté plus de 12 millions d’euros, financés par la ville, le département, la région et l’État.
Visiter la Citadelle en 2026 : informations pratiques
La Citadelle de Besançon est ouverte au public toute l’année, avec des horaires adaptés aux saisons. En 2026, le billet d’entrée standard donne accès à l’ensemble du site fortifié, au musée de la Résistance et au muséum d’histoire naturelle installé dans les casemates.
Le mémorial des fusillés, situé dans la cour intérieure près du front de taille, est accessible librement. Une plaque porte les noms des victimes identifiées. Des cérémonies commémoratives y sont organisées chaque année, notamment le 8 mai et le 18 juin. Le Souvenir Français du Doubs y dépose une gerbe lors de chaque cérémonie.
Les visites guidées, proposées par l’Office de tourisme de Besançon, permettent d’accéder à certaines parties habituellement fermées au public, comme les souterrains et les casemates non aménagées. La durée de la visite complète du site est d’environ trois heures.
Pour les groupes scolaires et les associations, des parcours thématiques sont disponibles sur réservation. Le parcours « Résistance et Citadelle », élaboré avec le musée, combine la visite des fortifications et celle du musée de la Résistance. Il constitue un outil pédagogique efficace pour aborder la Seconde Guerre mondiale avec les jeunes.
Le site est accessible en funiculaire depuis le centre-ville, à pied par le sentier des Remparts, ou en voiture via le parking du fort de Chaudanne. Le funiculaire, rénové en 2022, offre une vue panoramique sur la ville et la boucle du Doubs pendant la montée.
La Citadelle dans le paysage mémoriel du Doubs
La Citadelle de Besançon s’inscrit dans un paysage mémoriel beaucoup plus vaste. Les forts Séré de Rivières, construits dans la seconde moitié du XIXe siècle pour compléter le système défensif, entourent la ville. Le fort de Chaudanne, le fort de Bregille, le fort de Rosemont et une douzaine d’autres ouvrages forment une ceinture fortifiée qui témoigne de l’évolution de la pensée militaire entre Vauban et la guerre de 1870.
Ces fortifications, aujourd’hui pour la plupart désaffectées ou converties en espaces culturels, constituent un patrimoine unique. Le Souvenir Français du Doubs participe à leur sauvegarde en veillant à ce que leur dimension mémorielle ne soit pas oubliée. Chaque fort, chaque casemate, chaque mur porte en effet l’histoire de ceux qui les ont construits, défendus ou, comme à la Citadelle, subi leur rigueur.
La mémoire des fusillés de la Citadelle mérite une attention particulière. Sur les cent victimes estimées, une dizaine restent non identifiées. Les recherches menées par les historiens locaux, avec le soutien du Souvenir Français, visent à retrouver leurs noms et à leur rendre une identité. Ce travail de mémoire, long et minutieux, illustre l’exigence du devoir de souvenir que le Souvenir Français du Doubs s’efforce de maintenir vivant.



