La guerre franco-prussienne de 1870-1871 constitue l’un des conflits les plus déterminants de l’histoire européenne contemporaine. Du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871, le Second Empire français affronta le Royaume de Prusse et ses alliés des États allemands dans une guerre qui allait redessiner la carte de l’Europe. Pour le département du Doubs et l’ensemble de la Franche-Comté, ce conflit représenta une épreuve d’une violence inédite : batailles rangées, sièges de villes fortifiées, marches forcées dans un hiver glacial, et finalement la retraite tragique de l’armée de l’Est vers la Suisse.

Cet article propose une chronologie détaillée des événements, en accordant une attention particulière aux opérations militaires qui se déroulèrent dans le Doubs et les départements voisins. Il s’inscrit dans le travail de mémoire porté par Le Souvenir Français pour préserver le souvenir de ceux qui ont combattu et péri durant ce conflit.

Contexte politique : les origines de la guerre

La candidature Hohenzollern et la crise diplomatique

L’étincelle qui provoqua le conflit fut la candidature du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, cousin du roi de Prusse Guillaume Ier, au trône d’Espagne vacant depuis la révolution de 1868. La France de Napoléon III considéra cette candidature comme une manoeuvre d’encerclement orchestrée par la Prusse de Bismarck et exigea son retrait.

Le 12 juillet 1870, le prince Léopold renonça à sa candidature. Mais le gouvernement français, poussé par l’impératrice Eugénie et les partisans de la guerre, commit l’erreur de réclamer des garanties supplémentaires : que le roi de Prusse s’engage à ce que cette candidature ne soit jamais renouvelée. Le roi Guillaume Ier, en cure à Bad Ems, reçut l’ambassadeur français Benedetti le 13 juillet et refusa poliment cette exigence.

La dépêche d’Ems et la déclaration de guerre

Le chancelier prussien Otto von Bismarck reçut un télégramme relatant l’entrevue d’Ems et le remania habilement avant de le publier dans la presse. La version modifiée, connue sous le nom de dépêche d’Ems, laissait entendre que le roi avait congédié l’ambassadeur français de manière humiliante. Comme Bismarck l’avait calculé, cette publication provoqua une vague d’indignation nationaliste des deux côtés du Rhin.

« Ce n’est pas la France qui a déclaré la guerre à la Prusse, c’est la Prusse qui a provoqué la France jusqu’à ce qu’elle la déclare. » — Adolphe Thiers, discours au Corps législatif, 15 juillet 1870.

Le 19 juillet 1870, la France déclara officiellement la guerre à la Prusse. Ce fut le début d’un conflit de six mois qui allait coûter des dizaines de milliers de vies et transformer profondément le département du Doubs.

Les forces en présence : un déséquilibre structurel

L’armée française

L’armée du Second Empire comptait environ 400 000 hommes au début de la guerre, auxquels s’ajoutèrent les gardes mobiles et les mobilisés levés au fil du conflit. Le soldat français disposait du fusil Chassepot modèle 1866, arme remarquable d’une portée de 1 200 mètres, supérieure au fusil à aiguille Dreyse prussien. La France possédait aussi une arme secrète : la mitrailleuse, ancêtre de la mitrailleuse moderne, capable de tirer 150 coups par minute.

Cependant, l’armée française souffrait de faiblesses structurelles graves : un commandement sclérosé, une logistique défaillante, un système de réserves quasi inexistant et surtout une artillerie dépassée. Les canons français en bronze, chargés par la bouche, ne pouvaient rivaliser avec les canons Krupp en acier, chargés par la culasse, dont disposaient les Prussiens. Pour en savoir plus sur l’armement de cette période, consultez notre article sur l’armement des conflits.

L’armée prussienne et ses alliés

La Prusse aligna environ 1 200 000 hommes grâce à un système de conscription universelle et de réserves parfaitement rodé. Le chef d’état-major général, le maréchal Helmuth von Moltke, avait préparé la guerre de longue date : plans de mobilisation minutieux, utilisation stratégique du chemin de fer pour le transport des troupes, et coordination de l’artillerie Krupp comme arme décisive sur le champ de bataille.

ÉlémentFrancePrusse et alliés
Effectifs mobilisés~400 000 (puis 900 000 avec les mobiles)~1 200 000
Fusil d’infanterieChassepot (portée 1 200 m)Dreyse (portée 600 m)
ArtillerieCanons en bronze, chargement par la boucheCanons Krupp en acier, chargement par la culasse
Système de réservesDésorganiséLandwehr et Landsturm bien organisés
Réseau ferroviaire militaireInsuffisantOptimisé pour la mobilisation
CommandementDivisé, sans plan cohérentCentralisé sous Moltke

Chronologie générale du conflit

Le tableau ci-dessous résume les principaux événements de la guerre, de la crise diplomatique de juillet 1870 jusqu’au traité de Francfort de mai 1871.

DateÉvénement
3 juillet 1870La candidature Hohenzollern au trône d’Espagne est rendue publique
13 juillet 1870Entrevue d’Ems entre Guillaume Ier et l’ambassadeur Benedetti
19 juillet 1870La France déclare la guerre à la Prusse
24 juillet 1870Premier accrochage à Schirlenhof, près de Wissembourg
4 août 1870Bataille de Wissembourg : première défaite française
6 août 1870Batailles de Froeschwiller-Woerth (Reichshoffen) et de Forbach-Spicheren
16-18 août 1870Batailles de Mars-la-Tour et de Saint-Privat (Gravelotte)
1er septembre 1870Bataille de Sedan : capitulation de Napoléon III
4 septembre 1870Proclamation de la République à Paris
7 octobre 1870Gambetta quitte Paris assiégé en ballon
22 octobre 1870Bataille de Cussey-sur-l’Ognon (Doubs)
9 janvier 1871Bataille de Villersexel (Haute-Saône)
15-17 janvier 1871Bataille de Héricourt (Doubs/Haute-Saône)
18 janvier 1871Proclamation de l’Empire allemand à Versailles
26 janvier 1871Combats de Pontarlier
28 janvier 1871Armistice signé à Versailles
1er février 1871L’armée de l’Est passe en Suisse (87 000 internés)
10 mai 1871Traité de Francfort

Les premiers mois : la catastrophe de l’été 1870

Les défaites en Alsace et en Lorraine

La guerre commença de manière désastreuse pour la France. Dès le 4 août 1870, la bataille de Wissembourg vit la division du général Abel Douay submergée par les forces du Kronprinz Frédéric. Deux jours plus tard, le 6 août, la bataille de Froeschwiller-Woerth — connue sous le nom de bataille de Reichshoffen en raison de la célèbre charge de cuirassiers — se solda par une nouvelle défaite française. Le même jour, à Forbach-Spicheren, en Lorraine, les Prussiens prirent l’avantage.

« Nos soldats se battent comme des lions, mais leur bravoure ne peut compenser l’infériorité de notre artillerie. Les obus prussiens tombent avec une précision terrifiante. » — Rapport du colonel de Lartigue, 6 août 1870.

Le maréchal Mac-Mahon, blessé à Froeschwiller, recula vers Châlons. Le maréchal Bazaine se trouva enfermé dans Metz après les batailles de Mars-la-Tour (16 août) et de Saint-Privat-Gravelotte (18 août). La tentative de Mac-Mahon pour rejoindre Bazaine aboutit à la catastrophe de Sedan, le 1er septembre 1870, où Napoléon III capitula avec 83 000 hommes.

Carte des principales batailles de la guerre de 1870 en Franche-Comté

La chute du Second Empire et la résistance nationale

Le 4 septembre 1870, à l’annonce de la défaite de Sedan, la République fut proclamée à Paris. Un Gouvernement de la Défense nationale se constitua sous la présidence du général Trochu. Mais Paris se trouva rapidement assiégé par les armées allemandes dès le 19 septembre.

Le 7 octobre 1870, Léon Gambetta quitta Paris en ballon aérostatique et gagna Tours, où il prit en main l’organisation de la résistance en province. Gambetta, véritable moteur de la guerre de défense nationale, leva de nouvelles armées et tenta de coordonner les opérations militaires depuis la province.

« Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses. » — Léon Gambetta, proclamation du 9 octobre 1870.

La guerre dans le Doubs : octobre-novembre 1870

La situation à Besançon

Le département du Doubs se trouva directement menacé après les premières défaites en Alsace. Besançon, place forte de première importance, devint le quartier général de la 7e division militaire sous les ordres du général Cambriels. La ville accueillit les troupes de ligne rescapées, les gardes mobiles levés dans les départements de l’Est, et les francs-tireurs qui s’organisaient pour harceler l’ennemi.

Les mobiles de la garde nationale, venus des Vosges, du Jura et du Doubs, affluèrent vers Besançon. Ces hommes, pour la plupart des civils sans formation militaire, arrivaient dans un dénuement alarmant. Les mobiles des Vosges, notamment, se présentèrent en blouses blanches, sans uniforme, sans équipement et presque sans armes. Le général Cambriels dut organiser dans l’urgence leur instruction et leur équipement.

L’avance du général Werder dans la vallée de l’Ognon

Le XIVe corps d’armée du général prussien August von Werder, qui avait conquis Strasbourg après un siège meurtrier, progressa vers le sud. Traversant les Vosges, les troupes de Werder entrèrent en Franche-Comté et avancèrent le long de la vallée de l’Ognon, menaçant directement Besançon.

Les positions françaises s’organisèrent au nord de la capitale comtoise. Des troupes furent disposées à Pin, Cussey-sur-l’Ognon et Voray-sur-l’Ognon pour barrer la route aux Prussiens. Les combats qui s’ensuivirent furent les premiers affrontements majeurs de la guerre dans le Doubs.

La bataille de Cussey-sur-l’Ognon (22 octobre 1870)

Le 22 octobre 1870, les forces françaises du général Cambriels livrèrent bataille aux troupes du général Werder à Cussey-sur-l’Ognon, petit village situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Besançon. Les Français, composés de troupes de ligne, de mobiles et de francs-tireurs, tentèrent de repousser l’avance prussienne le long de la vallée de l’Ognon.

Malgré la supériorité du Chassepot en combat d’infanterie, l’artillerie Krupp fit des ravages dans les rangs français. Les mobiles, peu aguerris, tinrent néanmoins leurs positions avec un courage remarquable. La bataille se solda par un repli français, mais les pertes infligées aux Prussiens les contraignirent à ralentir leur avance.

« À Cussey, nos mobiles ont combattu avec une ténacité qui a surpris l’ennemi. Ces paysans franc-comtois, à peine armés, ont tenu tête aux vétérans de Sedan. » — Journal de marche du 52e régiment de mobiles, octobre 1870.

Bataille de Héricourt en janvier 1871, armée de l'Est du général Bourbaki

Les commandants de la campagne de l’Est

La campagne militaire dans le Doubs et les départements voisins impliqua une succession de commandants français et allemands dont les décisions déterminèrent le sort de la région.

CommandantRôleUnité / Fonction
Général CambrielsCommandant de la 7e division militaireBesançon, octobre 1870
Général CrouzatSuccesseur de Cambriels7e division militaire, novembre 1870
Général BourbakiCommandant de l’armée de l’EstDécembre 1870 - janvier 1871
Général ClinchantSuccesseur de BourbakiArmée de l’Est, janvier-février 1871
Général BillotCommandant du 18e corpsArmée de l’Est
Général WerderCommandant du XIVe corps prussienConquête de la Franche-Comté
Général ManteuffelCommandant de l’armée du SudPoursuite de l’armée de l’Est
Léon GambettaOrganisateur de la Défense nationaleDélégué du gouvernement à Tours
Colonel Denfert-RochereauDéfenseur de BelfortPlace forte de Belfort

L’armée de l’Est et la campagne de janvier 1871

La formation de l’armée de Bourbaki

En décembre 1870, Gambetta décida de constituer une puissante armée de l’Est sous le commandement du général Charles Denis Bourbaki. L’objectif était ambitieux : remonter vers le nord pour briser le siège de Belfort, défendu héroïquement par le colonel Denfert-Rochereau depuis le 3 novembre, puis couper les lignes de communication prussiennes en Alsace.

L’armée de l’Est rassembla environ 140 000 hommes répartis en trois corps d’armée (15e, 18e et 20e corps), auxquels s’ajoutait le 24e corps. Mais cette armée était un assemblage hétéroclite de troupes de ligne épuisées, de gardes mobiles à peine formés et de francs-tireurs. Le ravitaillement était insuffisant, les vêtements d’hiver manquaient, et l’artillerie restait inférieure à celle de l’ennemi.

La bataille de Villersexel (9 janvier 1871)

La marche vers Belfort débuta au coeur de l’hiver. Le 9 janvier 1871, l’avant-garde de Bourbaki rencontra les troupes de Werder à Villersexel, en Haute-Saône. La bataille, violente et confuse, se déroula en partie dans le château et le village lui-même. Les combats de rue durèrent jusqu’à la nuit. Les Français parvinrent à déloger les Prussiens de Villersexel, remportant ainsi un succès tactique.

« Le château de Villersexel brûle. Dans les rues du village, on se bat à la baïonnette. Les morts jonchent les ruelles. C’est un combat d’une sauvagerie que je n’avais pas connue depuis la Crimée. » — Général Bourbaki, rapport au ministre de la Guerre, 10 janvier 1871.

Ce succès de Villersexel ne fut cependant pas exploité. Au lieu de poursuivre immédiatement l’ennemi, Bourbaki hésita et donna à Werder le temps de se replier et de recevoir des renforts.

La bataille de Héricourt (15-17 janvier 1871)

La bataille décisive se livra du 15 au 17 janvier 1871 sur la Lizaine, petit cours d’eau gelé qui coule entre Montbéliard et Héricourt. Werder avait eu le temps de fortifier ses positions le long de cette rivière, transformant chaque village en point d’appui.

Pendant trois jours, les troupes françaises lancèrent des assauts répétés contre les positions prussiennes. Le froid était terrible : les températures descendirent à -20°C. Les soldats français, mal nourris, mal vêtus, s’épuisèrent contre des défenses bien organisées. L’artillerie Krupp, une fois encore, joua un rôle dévastateur.

Le 17 janvier, Bourbaki dut se résoudre à ordonner la retraite. La tentative de délivrance de Belfort avait échoué. L’armée de l’Est, démoralisée et affaiblie, entama son repli vers le sud, poursuivie par les forces du général Edwin von Manteuffel qui avait pris le commandement de l’armée allemande du Sud.

Monument aux morts de la guerre de 1870 dans un village du Doubs

Les batailles dans le Doubs et la Franche-Comté

Le tableau suivant recense les principaux engagements militaires survenus dans le Doubs et les départements limitrophes de la Franche-Comté.

DateLieuForces en présenceIssue
22 oct. 1870Cussey-sur-l’Ognon (Doubs)Mobiles et ligne française vs XIVe corps prussienRepli français après combats acharnés
27 oct. 1870Baume-les-Dames (Doubs)Francs-tireurs vs éclaireurs prussiensEscarmouche, repli français
1er nov. 1870Dijon (Côte-d’Or)Garibaldi et francs-tireurs vs WerderPrise de Dijon par les Prussiens
3 nov. 1870Belfort (Terr. de Belfort)Denfert-Rochereau vs siège prussienDébut du siège (jusqu’au 18 fév. 1871)
9 jan. 1871Villersexel (Haute-Saône)Armée de l’Est (Bourbaki) vs XIVe corpsVictoire tactique française
15-17 jan. 1871Héricourt / Lisaine (Doubs)Armée de l’Est vs WerderDéfaite française décisive
23 jan. 1871Besançon (Doubs)Arrière-garde française vs ManteuffelCombats de couverture de la retraite
26 jan. 1871Pontarlier (Doubs)Arrière-garde française vs ManteuffelDerniers combats avant le passage en Suisse
1er fév. 1871Les Verrières (frontière suisse)87 000 soldats françaisInternement en Suisse

La retraite tragique vers la Suisse

L’agonie de l’armée de l’Est

Après l’échec de Héricourt, la situation de l’armée de l’Est devint désespérée. L’armistice signé le 28 janvier 1871 entre Bismarck et Jules Favre ne s’appliquait pas aux départements du Doubs, du Jura et de la Côte-d’Or, laissant l’armée de Bourbaki sans protection.

Le général Bourbaki, accablé par l’ampleur du désastre, tenta de se suicider d’une balle dans la tête le 26 janvier 1871 à Besançon. Miraculeusement, il survécut à sa blessure. Le commandement fut alors transféré au général Clinchant, qui se trouva face à une situation inextricable : l’armée, poursuivie par Manteuffel, reculait vers la frontière suisse sans possibilité de manoeuvre.

« Les routes sont encombrées de soldats exténués, de blessés, de chariots abandonnés. La neige tombe sans relâche. Les hommes meurent de froid et de faim au bord des chemins. C’est une vision d’apocalypse. » — Témoignage d’un officier du 18e corps, cité par le colonel Schiffer, La campagne de l’Est, 1875.

Les combats de Pontarlier (26 janvier 1871)

Les derniers combats dans le Doubs se déroulèrent autour de Pontarlier, dans le Haut-Doubs. Le 26 janvier 1871, les troupes d’arrière-garde livrèrent de furieux combats pour permettre au gros de l’armée de gagner la frontière suisse. Le château de Joux, forteresse dominant la cluse de Pontarlier, servit de point d’appui aux défenseurs français.

La ville de Pontarlier fut incendiée en partie lors des combats. Les soldats français, à bout de forces, luttèrent avec l’énergie du désespoir pour retarder la progression de Manteuffel.

Le passage en Suisse (1er-3 février 1871)

Le 1er février 1871, le général Clinchant négocia avec les autorités suisses le passage de l’armée de l’Est sur le territoire helvétique. Aux Verrières, à la frontière franco-suisse, commença le défilé lamentable de 87 000 soldats français, accompagnés de 12 000 chevaux et de 285 canons.

Retraite de l'armée de l'Est vers la Suisse en février 1871

Les soldats furent désarmés et internés dans différents cantons suisses. Beaucoup étaient dans un état physique déplorable : gelures, dysenterie, typhus. Des centaines moururent dans les semaines suivant leur internement. Les Suisses, malgré leurs faibles moyens, organisèrent l’accueil de ces soldats avec humanité et générosité.

« Ils passent la frontière comme des spectres. Des hommes squelettiques, aux pieds enveloppés de chiffons sanglants, qui ne sont plus des soldats mais des ombres. La Suisse recueille les débris d’une armée. » — Journal de Genève, 3 février 1871.

L’armistice et le traité de Francfort

La fin des combats

L’armistice général signé le 28 janvier 1871 à Versailles mit fin aux hostilités dans la majeure partie de la France, à l’exception notable des départements de l’Est. L’Empire allemand avait été proclamé dix jours plus tôt, le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, humiliation symbolique pour la France vaincue.

Le traité préliminaire de paix fut signé le 26 février 1871, suivi du traité de Francfort définitif le 10 mai 1871. Les conditions imposées à la France furent d’une dureté sans précédent.

Les conséquences du traité de Francfort

ConséquenceDétail
Territoires cédésAlsace (sauf Belfort) et nord de la Lorraine (Moselle)
Superficie perdue1 447 000 hectares
Communes perdues1 694 communes
Population perdue1 597 000 habitants
Capacité minière perdue20 % de la capacité nationale
Indemnité de guerre5 milliards de francs-or, payables en 3 ans
Occupation militaireOccupation partielle du territoire français jusqu’au paiement
Défilé prussien à ParisHumiliation symbolique le 1er mars 1871

La perte de l’Alsace-Moselle devint une blessure ouverte dans la conscience nationale française, alimentant un sentiment de revanche qui ne s’éteindrait qu’avec la victoire de 1918. Le département du Doubs, qui jouxtait désormais la frontière avec le nouveau Reichsland d’Alsace-Lorraine, se retrouva en première ligne stratégique.

Les pertes humaines : le prix du sang

La guerre de 1870 eut un coût humain considérable pour les deux camps. Le tableau ci-dessous présente une estimation des pertes humaines globales du conflit.

CatégorieFrancePrusse et alliés
Tués au combat77 00028 000
Morts de maladie62 00017 000
Total des décès militaires139 00045 000
Blessés143 00090 000
Prisonniers de guerre474 00014 000
Internés en Suisse87 000
Pertes civilesPlusieurs milliersNon documentées

Dans le Doubs, les pertes furent aggravées par les conditions climatiques extrêmes de l’hiver 1870-1871. De nombreux soldats moururent de froid, de faim ou de maladie avant même d’avoir combattu. Les villages traversés par les armées subirent pillages, réquisitions et destructions.

L’impact sur le département du Doubs

Destructions et réquisitions

Le passage des armées — française comme prussienne — causa des destructions considérables dans le département. Les villages de la vallée de l’Ognon, ceux du plateau de Héricourt et du Haut-Doubs furent particulièrement touchés. Les réquisitions de vivres, de fourrage et de bétail appauvrirent les populations rurales. Des fermes furent brûlées, des ponts détruits, des routes défoncées par le passage de l’artillerie.

Besançon, bien que sa citadelle n’ait pas été assiégée, subit l’afflux massif de blessés et de réfugiés. Les hôpitaux de la ville furent débordés. La population civile, malgré ses propres privations, se mobilisa pour soigner les soldats et héberger les familles déplacées.

La mémoire de 1870 dans le Doubs

Le conflit de 1870 laissa des traces profondes dans la mémoire collective du département. Dès les années suivant la guerre, des monuments aux morts furent érigés dans les communes qui avaient été le théâtre de combats. Le cimetière des Champs-Bruley à Besançon accueillit les sépultures de centaines de soldats français et allemands.

Le Souvenir Français, fondé en 1887, prit en charge l’entretien de ces lieux de mémoire. Aujourd’hui encore, le comité départemental du Doubs veille sur ces monuments et ces tombes, témoins silencieux d’un conflit qui changea le cours de l’histoire de France.

Les monuments commémoratifs dans le Doubs

Partout dans le département, des stèles, des plaques et des monuments rappellent les sacrifices consentis pendant la guerre de 1870. Les principaux sites commémoratifs sont les suivants :

  • Besançon — Cimetière des Champs-Bruley : carré militaire français et allemand, monument aux morts de 1870
  • Cussey-sur-l’Ognon — Monument commémorant la bataille du 22 octobre 1870
  • Héricourt — Plusieurs monuments le long de la Lizaine, rappelant les combats de janvier 1871
  • Montbéliard — Monument aux morts et plaques commémoratives
  • Pontarlier — Monument aux combattants de janvier 1871 et aux victimes de la retraite vers la Suisse
  • Baume-les-Dames — Stèle commémorative des combats d’octobre 1870
  • Arc-et-Senans — Tombe de soldats français

Ces lieux de mémoire font l’objet d’un entretien régulier par le Souvenir Français et les municipalités concernées. Chaque année, des cérémonies commémoratives y sont organisées pour honorer la mémoire des combattants.

Le siège de Belfort : un symbole de résistance

Bien que Belfort se situe dans le Territoire de Belfort et non dans le Doubs, le siège de cette place forte est indissociable de la campagne militaire dans la région. Le colonel Denfert-Rochereau défendit Belfort du 3 novembre 1870 au 18 février 1871, soit 104 jours de siège.

La garnison de Belfort, forte d’environ 17 000 hommes, résista aux bombardements et aux assauts de 40 000 Prussiens. Denfert-Rochereau ne capitula que sur ordre du gouvernement français, après l’armistice. En reconnaissance de cette résistance héroïque, Belfort fut la seule ville d’Alsace à rester française après le traité de Francfort.

« Belfort ne se rendra pas. Tant que j’aurai un homme debout et une cartouche, je défendrai la place. » — Colonel Denfert-Rochereau, novembre 1870.

Le Lion de Belfort, oeuvre de Bartholdi achevée en 1880, commémore cette résistance et demeure l’un des symboles les plus puissants de la mémoire de 1870 en Franche-Comté.

Conclusion

La guerre de 1870-1871 constitue un tournant majeur dans l’histoire du département du Doubs et de la France tout entière. En six mois, le Second Empire s’effondra, la République fut proclamée, et la carte de l’Europe fut redessinée au profit de l’Allemagne unifiée.

Pour le Doubs, le conflit fut une épreuve terrible. Les batailles de Cussey-sur-l’Ognon, de Villersexel et de Héricourt, la retraite désespérée vers la Suisse, le passage de 87 000 soldats exténués aux Verrières : autant d’événements qui marquèrent profondément les populations locales. Les traces de cette guerre sont encore visibles aujourd’hui dans les monuments, les cimetières militaires et les noms des rues de nos villes et villages.

Le travail de mémoire mené par le Souvenir Français du Doubs contribue à maintenir vivant le souvenir de ces hommes qui combattirent et moururent sur le sol franc-comtois. Leur sacrifice ne doit pas être oublié. Comme l’écrivit Ernest Renan en 1882 : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble. »

Honorer la mémoire de 1870, c’est préserver cette âme commune.