L’histoire militaire de la Franche-Comte ne se reduit pas aux grandes batailles inscrites dans les manuels scolaires. Entre 1870 et 1945, cette region frontaliere fut le theatre de combats acharnes dont la memoire s’est progressivement effacee.

Ces batailles oubliees ont pourtant cause des milliers de morts et marque durablement les paysages du Doubs, de la Haute-Saone et du Jura. Des hommes y ont combattu dans des conditions extremes, souvent sans espoir de victoire, pour defendre un territoire que l’historiographie nationale a longtemps neglige.

Le Souvenir Francais du Doubs s’attache a preserver la memoire de ces engagements meconnus. Cet article retrace les principales batailles oubliees de Franche-Comte, depuis la guerre de 1870 jusqu’a la Liberation en 1944.

Pourquoi la Franche-Comte est un theatre de guerre meconnu

La Franche-Comte occupe une position strategique majeure entre la plaine du Rhin et le plateau central francais. Ses vallees encaissees, ses forets denses et ses reliefs montagneux en font un terrain difficile pour les operations militaires.

Pourtant, l’historiographie francaise a longtemps concentre son attention sur d’autres theatres : la Lorraine, la Champagne, la Normandie. Les batailles franc-comtoises, souvent des combats d’arriere-garde ou des operations secondaires, n’ont pas beneficie de la meme attention.

“La Franche-Comte a paye un tribut sanglant a chaque conflit qui a traverse la France, mais ses sacrifices sont restes dans l’ombre des grandes batailles nationales.” — Colonel Henri Ortholan, historien militaire

Plusieurs facteurs expliquent cet oubli. L’eloignement de Paris, le caractere souvent defensif des combats franc-comtois et l’absence de grandes figures militaires associees a la region ont contribue a cette marginalisation historique.

La vallee de l’Ognon, le plateau du Lomont et les environs de Pontarlier concentrent pourtant des sites ou des centaines d’hommes sont tombes. Le Souvenir Francais du Doubs veille sur ces lieux de memoire que le temps menace d’effacer.

Le combat de Cussey-sur-l’Ognon (22 octobre 1870)

Le combat de Cussey-sur-l’Ognon constitue l’un des premiers engagements militaires significatifs en Franche-Comte pendant la guerre de 1870. Il opposa les troupes de Giuseppe Garibaldi aux forces badoises le 22 octobre 1870.

Le contexte : Garibaldi en Franche-Comte

Apres la chute de l’Empire et la proclamation de la Republique le 4 septembre 1870, le gouvernement de la Defense nationale fit appel a Garibaldi, heros de l’unite italienne. Le general italien, age de 63 ans, accepta de commander l’Armee des Vosges, composee de volontaires francais, italiens et internationaux.

Cette armee heteroclite, mal equipee et peu entrainee, fut chargee de defendre la Franche-Comte et de harceler les flancs de l’ennemi. Garibaldi etablit son quartier general a Dole avant de se porter vers le nord du departement.

“Garibaldi arriva avec sa chemise rouge et sa legende, mais ses troupes manquaient de tout : armes, munitions, vetements chauds. Ce qui ne leur manquait pas, c’etait le courage.” — General Bordone, chef d’etat-major de l’Armee des Vosges

Le deroulement du combat

Le 22 octobre 1870, les garibaldiens engagerent les troupes du Grand-Duche de Bade pres du village de Cussey-sur-l’Ognon, a une vingtaine de kilometres au nord-ouest de Besancon. Les Badois, forte d’environ 3 000 hommes, etaient bien organises et disposaient d’une artillerie superieure.

Les combats se concentrerent autour du pont sur l’Ognon et des positions dominent la riviere. Les garibaldiens, malgre leur bravoure, furent repousses apres plusieurs heures d’affrontements. Les pertes furent significatives des deux cotes.

ElementDetails
Date22 octobre 1870
LieuCussey-sur-l’Ognon, vallee de l’Ognon
Forces francaisesGaribaldiens (Armee des Vosges), environ 2 500 hommes
Forces allemandesTroupes badoises, environ 3 000 hommes
Pertes francaisesEnviron 150 tues et blesses
Pertes allemandesEnviron 80 tues et blesses
IssueRetraite des garibaldiens

Ce combat, bien que tactiquement indecis, revela les difficultes de l’Armee des Vosges : manque de coordination, insuffisance d’artillerie et absence de renseignements fiables sur les positions ennemies. Ces faiblesses tactiques rappellent celles observees sur d’autres fronts ou la strategie militaire jouait un role determinant dans l’issue des batailles.

La bataille de Villersexel (9 janvier 1871)

La bataille de Villersexel est sans doute la plus spectaculaire des batailles oubliees de Franche-Comte. Elle opposa le 9 janvier 1871 les troupes du general Bourbaki au corps d’armee prussien du general von Werder.

Reconstitution d'une scene de combat dans un village franc-comtois pendant la guerre de 1870

Bourbaki et l’Armee de l’Est

Le general Charles Denis Bourbaki commandait l’Armee de l’Est, forte d’environ 140 000 hommes. Sa mission etait de briser le siege de Belfort, toujours defendue par le colonel Denfert-Rochereau, et de couper les lignes de communication allemandes.

L’armee de Bourbaki, composee pour l’essentiel de mobiles et de gardes nationaux mobilises, manquait d’experience et souffrait deja des rigueurs de l’hiver. Les temperatures en Franche-Comte descendaient regulierement en dessous de -15 degres.

Le chateau en flammes

Le combat se concentra autour du chateau de Villersexel, transforme en reduit defensif par les Prussiens. Les Francais lancerent un assaut determine pour s’emparer de cette position cle qui dominait la vallee de l’Ognon.

Les combats de rue furent d’une violence extreme. Le chateau changea de mains plusieurs fois au cours de la journee avant d’etre incendie. Les flammes eclairaient la nuit glaciale tandis que les soldats se battaient a la baionnette dans les rues du bourg.

“Le chateau brulait comme une torche et les combats continuaient dans ses ruines. Les morts gisaient dans la neige, melanges aux debris. C’etait un spectacle dantesque.” — Temoignage d’un mobile du Doubs, cite par le commandant Grandin

Bourbaki remporta une victoire tactique a Villersexel : les Prussiens se retirerent vers l’est. Mais cette victoire ne fut pas exploitee. Au lieu de poursuivre l’ennemi, Bourbaki temporisa, perdant un temps precieux qui allait se reveler fatal.

Les combats de la Lizaine et d’Hericourt (15-17 janvier 1871)

Six jours apres Villersexel, les armees s’affronterent a nouveau le long de la Lizaine, un modeste cours d’eau qui coule entre Montbeliard et Hericourt. Ces trois jours de combat comptent parmi les plus tragiques de la guerre en Franche-Comte.

Un affrontement dans le froid extreme

Le general von Werder avait eu le temps de fortifier ses positions le long de la Lizaine. Il disposait de 50 000 hommes retrances derriere des abris, avec une artillerie bien positionnee sur les hauteurs.

Bourbaki lanca ses 120 000 hommes a l’assaut le 15 janvier 1871, par un froid de -20 degres. La neige couvrait les champs de bataille et les soldats, epuises par des jours de marche, glissaient sur le sol gele.

Les attaques francaises se briserent les unes apres les autres contre les positions prussiennes. Les mobiles, mal entraines au combat, subirent des pertes effroyables sous le feu de l’artillerie Krupp qui les fauchait a decouvert.

JourneeAttaques francaisesResultat
15 janvierAssaut general sur tout le front de la LizaineEchec, lourdes pertes
16 janvierNouvelles tentatives sur Chenebier et BethoncourtProgres limites, puis contre-attaques allemandes
17 janvierDerniere tentative pres d’HericourtEchec definitif, ordre de retraite

Le bilan humain

Les trois jours de combat coûterent a l’armee francaise environ 6 000 tues, blesses et disparus. Les pertes prussiennes, bien moindres grace a leurs positions defensives, s’eleverent a environ 1 800 hommes.

Mais le froid tua autant que les balles. Des centaines de soldats moururent de froid pendant la nuit, couches dans la neige, trop epuises pour regagner les lignes arrieres. Les chirurgiens operaient dans des granges glaciales, sans anesthesie, a la lueur de bougies.

L’echec de la Lizaine signifia la fin de tout espoir de debloquer Belfort. Bourbaki, desespere, tenta de se suicider le 26 janvier. Il fut remplace par le general Clinchant qui dut organiser la retraite vers Pontarlier.

La retraite sur Pontarlier et le passage en Suisse (fevrier 1871)

La retraite de l’Armee de l’Est vers Pontarlier constitue l’un des episodes les plus poignants de la guerre de 1870. Elle transforma la defaite en catastrophe humanitaire.

Une armee en perdition

Apres l’echec de la Lizaine, les 87 000 soldats rescapes de l’Armee de l’Est se replierent vers le sud dans un desordre croissant. Les routes franc-comtoises etaient encombrees de chariots, de blesses et de trainards.

Le froid, la faim et la desolation rongeaient le moral des troupes. Les soldats marchaient comme des automates, abandonnant leurs armes et leur equipement le long des chemins. Les villages traverses etaient deja epuises par les requisitions.

Les Prussiens, commandes par le general Manteuffel, poursuivaient l’armee francaise et coupaient methodiquement ses lignes de retraite. La tentative de Clinchant de percer vers le sud a travers le defile de la Cluse echoua face aux positions allemandes.

Le passage en Suisse

Le 1er fevrier 1871, l’armee francaise franchit la frontiere suisse pres des Verrieres et de Pontarlier. Environ 87 000 hommes furent internes par les autorites helvetiques, conformement au droit de la neutralite.

Monument commemoratif de la vallee de l'Ognon en memoire des soldats de 1870

Les soldats francais furent repartis dans les cantons suisses ou ils furent accueillis avec humanite par la population. Beaucoup etaient dans un etat physique deplorable : pieds geles, vetements en lambeaux, sous-alimentes depuis des semaines.

Cet episode, bien que ne constituant pas une bataille a proprement parler, represente l’aboutissement tragique des combats de Franche-Comte. Il illustre l’ampleur du desastre militaire subi par la France dans cette region.

Les escarmouches de la vallee de l’Ognon

En marge des grandes batailles, la vallee de l’Ognon fut le theatre de nombreuses escarmouches entre octobre 1870 et janvier 1871. Ces combats de moindre ampleur n’en furent pas moins meurtriers pour les populations locales.

Les francs-tireurs du Doubs

Des groupes de francs-tireurs s’organiserent spontanement dans les villages de la vallee pour harceler les troupes d’occupation. Armes de fusils de chasse et de Chassepot recuperes, ils tendaient des embuscades aux patrouilles allemandes et attaquaient les convois de ravitaillement.

Les represailles furent terribles. Les Prussiens brulerent plusieurs fermes et menacerent de raser des villages entiers si les attaques ne cessaient pas. La population civile, prise entre les exigences des occupants et le patriotisme des francs-tireurs, vecut dans une angoisse permanente.

Les villages martyrs

Plusieurs communes de la vallee de l’Ognon conservent la memoire de ces jours sombres. Moncley, Emagny, Cussey et Devecey comptent parmi les localites qui subirent pillages et destructions pendant l’occupation allemande.

Des steles et des plaques commemoratives, souvent modestes, rappellent le sacrifice de ces combattants irreguliers. Le Souvenir Francais du Doubs entretient ces lieux de memoire qui temoignent de la resistance populaire face a l’envahisseur.

Les combats du Lomont (septembre-octobre 1944)

Soixante-treize ans apres les batailles de 1870, la Franche-Comte redevint un champ de bataille lors de la Liberation. Les combats du plateau du Lomont, a l’automne 1944, comptent parmi les engagements les plus violents de cette periode.

Le contexte de la Liberation

Apres le debarquement de Provence le 15 aout 1944, la 1re Armee francaise du general de Lattre de Tassigny remonta la vallee du Rhone a marche forcee. Parallelement, les maquis de Franche-Comte intensifaient leurs operations contre l’occupant.

Le plateau du Lomont, position strategique dominant la trouee de Belfort et la vallee du Doubs, etait solidement tenu par les Allemands. Sa conquete etait indispensable pour deboucher vers l’Alsace.

L’assaut du plateau

Les combats du Lomont se deroulerent principalement entre le 5 et le 12 septembre 1944. Les forces engagees comprenaient des elements de la 1re Division d’Infanterie et des Forces Francaises de l’Interieur (FFI) du Doubs.

Les maquisards, qui connaissaient parfaitement le terrain, servirent de guides aux troupes regulieres. Ensemble, ils attaquerent les positions allemandes fortifiees dans un relief accidente, couvert de forets et de ravins.

Les Allemands, retrances dans des blockhaus et des positions de tir creusees dans la roche, opposerent une resistance acharnee. Les combats au corps a corps dans les bois furent particulierement meurtriers. Chaque clairiere, chaque carrefour forestier devint un point d’appui dispute.

Le bilan et la memoire

Les combats du Lomont couterent la vie a plusieurs centaines de combattants francais et allemands. De nombreux maquisards, souvent tres jeunes, tomberent lors de ces assauts. Un monument sur le plateau du Lomont perpetue leur souvenir.

La prise du Lomont ouvrit la route vers Montbeliard et Belfort, liberees dans les semaines suivantes. Ces combats sont retraces plus en detail dans l’article consacre a la liberation du Doubs.

Les lieux de memoire et le devoir de souvenir

La Franche-Comte conserve de nombreuses traces de ces batailles oubliees. Monuments, ossuaires, cimetieres militaires et steles ponctuent le paysage, rappelant silencieusement les sacrifices du passe.

Les monuments de 1870

Le departement du Doubs compte plusieurs dizaines de monuments commemoratifs lies a la guerre de 1870. Beaucoup se trouvent dans de petites communes rurales, parfois difficilement accessibles.

Le monument de Cussey-sur-l’Ognon, la stele de Villersexel pres des ruines du chateau et le memorial d’Hericourt figurent parmi les plus significatifs. Ces monuments, eriges dans les annees 1880-1900, portent souvent les noms des soldats tombes sur place.

Les sites de 1944

Les combats de la Liberation ont egalement laisse des traces dans le paysage. Le monument du Lomont, erige sur le plateau, rend hommage aux combattants FFI et aux soldats de la 1re Armee francaise. Des plaques commemoratives sont visibles dans de nombreux villages du secteur.

Le Souvenir Francais du Doubs joue un role essentiel dans la preservation de ces lieux. L’association finance les restaurations, organise les ceremonies commemoratives et transmet aux jeunes generations la connaissance de ces evenements.

L’enjeu de la transmission

L’oubli menace ces batailles qui n’ont jamais eu la notoriete de Verdun ou du Debarquement. A mesure que les derniers temoins directs disparaissent, le risque de voir cette memoire s’eteindre s’accroit.

“Il ne suffit pas d’eriger des monuments. Il faut raconter les histoires de ceux qui sont tombes, sinon les pierres elles-memes finiront par perdre leur sens.” — Discours du president du comite du Souvenir Francais du Doubs, ceremonie du 11 novembre 2024

La transmission passe par l’education, les publications historiques et les visites de terrain. Chaque ceremonie devant un monument de 1870 ou de 1944 est l’occasion de rappeler que des hommes sont morts ici, dans ces vallees franc-comtoises, pour la defense du territoire national.

FAQ — Questions frequentes

Quelles batailles oubliees ont eu lieu en Franche-Comte ? Parmi les batailles meconnues, on trouve le combat de Cussey-sur-l’Ognon (1870), les engagements de la Lizaine (1871), les combats du Lomont (1944) et la bataille de Villersexel qui opposa les troupes de Bourbaki aux Prussiens.

Pourquoi ces batailles sont-elles oubliees ? Ces combats se sont deroules loin de Paris et des grands theatres d’operations. L’historiographie francaise a longtemps privilegie les batailles du nord et de l’est, negligeant les combats en Franche-Comte.

Ou peut-on trouver des traces de ces batailles dans le Doubs ? Des monuments, steles et plaques commemoratives subsistent dans de nombreuses communes : Cussey-sur-l’Ognon, Villersexel, Hericourt, le plateau du Lomont et les villages de la vallee de l’Ognon.

Combien de soldats sont morts lors de ces batailles en Franche-Comte ? Les batailles de 1870-1871 en Franche-Comte ont cause plusieurs milliers de morts francais et allemands. Les combats de 1944 ont egalement fait des centaines de victimes militaires et civiles.

Le Souvenir Francais entretient-il les lieux de ces batailles oubliees ? Oui, le Souvenir Francais du Doubs veille sur les monuments et tombes lies a ces combats meconnus, et organise des ceremonies pour maintenir leur souvenir vivant.

Quel role Garibaldi a-t-il joue en Franche-Comte en 1870 ? Giuseppe Garibaldi commanda l’Armee des Vosges qui combattit en Franche-Comte. Il remporta la bataille de Dijon en janvier 1871, l’un des rares succes francais de la guerre.

Comment visiter les sites des batailles oubliees de Franche-Comte ? Les principaux sites sont accessibles en voiture depuis Besancon. Le monument de Cussey-sur-l’Ognon se trouve a 20 km au nord-ouest, Villersexel a environ 50 km au nord, et le plateau du Lomont pres de Pont-de-Roide. Des circuits de memoire sont organises par le Souvenir Francais du Doubs.

Conclusion

Les batailles oubliees de Franche-Comte forment un chapitre meconnu mais essentiel de l’histoire militaire francaise. De Cussey-sur-l’Ognon a Villersexel, de la Lizaine au plateau du Lomont, des milliers d’hommes ont combattu et sont tombes sur le sol franc-comtois.

Ces combats temoignent de la determination des soldats et des populations civiles face a l’adversite. En 1870 comme en 1944, la Franche-Comte a paye un lourd tribut aux conflits qui ont traverse la France.

Le Souvenir Francais du Doubs poursuit sa mission de preservation de cette memoire. Chaque monument restaure, chaque ceremonie organisee, chaque article publie contribue a arracher ces batailles a l’oubli. Car la memoire de ceux qui sont tombes ne doit pas disparaitre avec les dernieres traces de leurs combats.