Les guerres qui ont frappe la France entre 1870 et 1945 ont cause des millions de victimes militaires et civiles. Derriere les chiffres se cachent des destins individuels : peres, fils, freres arraches a leurs familles et a leurs villages.
Le departement du Doubs, comme l’ensemble du territoire national, paya un tribut humain considerable a chacun de ces conflits. Cet article presente les forces en presence, les bilans chiffres et l’organisation militaire qui presidait a l’envoi des hommes au combat.
Le Souvenir Francais du Doubs perpetue la memoire de tous ces combattants, quels que soient le conflit et l’epoque. Chaque nom inscrit sur un monument aux morts represente une vie sacrifiee pour la defense de la nation.
Les forces en presence en 1914
La mobilisation de 1914 constitue la plus grande mise sur pied de guerre que la France ait jamais connue. Le decret de mobilisation generale, affiche le 2 aout 1914, permit de rassembler 2 944 000 hommes en quelques jours. Cette mobilisation s’appuyait sur un systeme d’inscription militaire rodee et une organisation regimentaire precisement definie.
L’organisation de l’armee francaise
L’armee francaise de 1914 etait structuree en 84 divisions d’infanterie et 10 divisions de cavalerie. Chaque corps d’armee comprenait deux divisions d’infanterie, elles-memes composees de deux brigades de deux regiments chacune.
Le regiment d’infanterie constituait l’unite de base. Il comprenait 73 officiers et 3 200 hommes de troupe, repartis en trois bataillons de quatre compagnies. Chaque compagnie comptait environ 250 soldats commandes par un capitaine.
En tout, l’armee d’active alignait 173 regiments d’infanterie, auxquels s’ajoutaient autant de regiments de reserve, 31 bataillons de chasseurs a pied (troupes d’elite legeres) et 89 regiments d’artillerie.
| Unite | Effectif | Nombre d’unites |
|---|---|---|
| Regiment d’infanterie (active) | 73 officiers + 3 200 hommes | 173 |
| Regiment d’infanterie (reserve) | Idem, effectifs reduits | 173 |
| Bataillon de chasseurs a pied | ~1 000 hommes | 31 |
| Regiment de cavalerie | ~700 cavaliers | 79 |
| Regiment d’artillerie | ~1 500 hommes | 89 |
| Division d’infanterie | ~15 000 hommes | 84 |
| Division de cavalerie | ~4 500 cavaliers | 10 |
A cette armee d’active et de reserve s’ajoutaient les troupes territoriales, composees d’hommes de 34 a 45 ans destines a la garde des lignes de communication et aux travaux de fortification.
Le systeme de recrutement regional
Chaque regiment etait recrute dans une region precise. Les hommes du Doubs servaient principalement au sein du 7e corps d’armee, dont le quartier general se trouvait a Besancon. Les regiments de Besancon, Belfort, Montbeliard et Pontarlier accueillaient les recrues du departement.
Ce systeme de recrutement regional avait une consequence terrible : lorsqu’un regiment subissait de lourdes pertes, c’est tout un canton, tout un village qui etait frappe. Les monuments aux morts de nombreuses communes doubistes portent des listes de noms qui temoignent de cette realite.
Les pertes de la guerre de 1870
La guerre franco-prussienne de 1870-1871 causa des pertes considerables, bien qu’inferieures a celles des conflits ulterieurs. Ce fut neanmoins la guerre la plus meurtriere en Europe depuis les guerres napoleoniennes.
Bilan chiffre
Cote francais, les pertes s’eleverent a environ 139 000 morts, un chiffre qui inclut les tues au combat, les morts de blessures et surtout les morts de maladie, qui representaient une proportion considerable. Les conditions sanitaires deplorables des camps de prisonniers et des hopitaux de campagne furent responsables de milliers de deces.
L’armee prussienne et ses allies decompterent environ 45 000 morts. La disproportion s’explique par les desastres militaires francais de Sedan et Metz, ou des armees entieres furent capturees.
| Categorie | France | Prusse et allies |
|---|---|---|
| Tues au combat | ~78 000 | ~28 000 |
| Morts de maladie | ~61 000 | ~17 000 |
| Total des morts | ~139 000 | ~45 000 |
| Blesses | ~143 000 | ~89 000 |
| Prisonniers | ~474 000 | ~12 000 |
Le nombre de prisonniers francais frappe par sa demesure : 474 000 hommes furent captures, principalement lors des capitulations de Sedan (83 000) et de Metz (173 000). A ceux-ci s’ajoutent les 87 000 soldats de l’armee de l’Est internes en Suisse.
L’impact dans le Doubs
Dans le Doubs, les batailles de l’hiver 1870-1871 causerent des pertes directes importantes. Les combats de Villersexel, d’Hericourt et la retraite desastreuse vers Pontarlier firent des milliers de victimes parmi les soldats francais.
Les civils souffrirent egalement des requisitions, des destructions et des epidemies qui accompagnerent l’occupation prussienne. Plusieurs communes du departement furent ravagees par les combats.
Les pertes de la Premiere Guerre mondiale
La Grande Guerre de 1914-1918 provoqua une hecatombe sans precedent. Les chiffres des pertes francaises donnent le vertige et temoignent de la brutalite d’un conflit ou la technologie industrielle fut mise au service de la destruction.
Le bilan humain francais
La France deplora 1 397 800 morts et disparus, ce qui en fait le pays le plus touche proportionnellement a sa population parmi les grandes puissances belligerantes. A ces morts s’ajoutaient 4 266 000 blesses, dont 600 000 invalides permanents (amputes, defigures, gazees).
| Categorie | Nombre |
|---|---|
| Tues au combat | ~674 000 |
| Morts de blessures | ~225 000 |
| Morts de maladie | ~175 000 |
| Disparus presumes morts | ~323 800 |
| Total morts et disparus | ~1 397 800 |
| Blesses | ~4 266 000 |
| Invalides permanents | ~600 000 |
| Prisonniers | ~537 000 |
| Veuves de guerre | ~630 000 |
| Orphelins de guerre | ~1 100 000 |
Ces chiffres representent environ 10,5% de la population active masculine francaise. Dans certaines tranches d’age — les hommes de 20 a 30 ans — le taux de mortalite atteignit 25 a 30%.
Les types de guerre et leur mortalite
L’evolution des types de guerre au cours du conflit influa directement sur la nature et le volume des pertes. La guerre de 1914-1918 connut trois phases distinctes aux caracteristiques tres differentes.
La guerre de mouvement (aout-novembre 1914) fut la plus meurtriere proportionnellement a sa duree. L’infanterie francaise, en pantalon rouge et avec un equipement du XIXe siecle, chargea face aux mitrailleuses et a l’artillerie lourde. Le mois d’aout 1914, avec 140 000 morts francais, reste le mois le plus sanglant de l’histoire militaire francaise.
La guerre de tranchees (fin 1914-1917) imposa un type de combat d’usure ou l’artillerie causait la majorite des pertes. Les obus representaient environ 70% des blessures et des deces. Les conditions de vie dans les tranchees — boue, rats, froid, gaz — generaient en outre de nombreuses maladies.
La guerre de mouvement retrouvee (1918) combina les pertes de l’infanterie et celles de l’artillerie dans des offensives de grande envergure. Les derniers mois du conflit furent particulierement meurtriers.
Les pertes par arme
L’artillerie fut de loin l’arme la plus meurtriere de la Grande Guerre, suivie par les armes a feu d’infanterie et les gaz de combat.
| Cause des pertes | Proportion |
|---|---|
| Artillerie (obus, eclats) | ~70% |
| Armes a feu (fusils, mitrailleuses) | ~20% |
| Gaz de combat | ~3% |
| Armes blanches et autres | ~7% |
Les pertes de la Seconde Guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) se distingue des conflits precedents par l’importance des pertes civiles, qui depasserent les pertes militaires pour la premiere fois dans un conflit europeen.
Le bilan francais
Les pertes francaises de la Seconde Guerre mondiale s’eleverent a environ 567 000 personnes, un chiffre inferieur a celui de 1914-1918 mais qui masque des realites tragiques.
| Categorie | Nombre |
|---|---|
| Militaires tues (campagne de France 1940) | ~92 000 |
| Militaires tues (1940-1945, toutes causes) | ~217 000 |
| Civils tues (bombardements, represailles) | ~150 000 |
| Deportes decedes (camps, travail force) | ~150 000 |
| Resistants executes ou morts en detention | ~50 000 |
| Total | ~567 000 |
La campagne de France de mai-juin 1940, malgre sa brievete (six semaines), causa des pertes considerables : 92 000 militaires tues et 1 850 000 prisonniers de guerre. Ces prisonniers, envoyes dans des stalags et des oflags en Allemagne, resterent captifs pendant cinq ans pour la plupart.
La nature specifique des pertes 1939-1945
La Seconde Guerre mondiale introduisit une dimension nouvelle dans le bilan humain : la persecution systematique des populations civiles. La deportation frappa les Juifs, les resistants, les opposants politiques et les travailleurs forces. En France, environ 76 000 Juifs furent deportes, dont seulement 2 500 survecurent.
Dans le Doubs, la Resistance et les combats de la Liberation ajouterent aux pertes militaires conventionnelles celles des maquisards, des otages fusilles et des civils victimes des represailles allemandes.
L’organisation regimentaire et son impact sur les pertes
Comprendre l’organisation des regiments permet de saisir pourquoi les pertes se concentraient souvent sur des communautes precises.
Le regiment d’infanterie en 1914
Chaque regiment d’infanterie de l’armee francaise en 1914 comprenait un etat-major regimentaire et trois bataillons. Chaque bataillon se composait de quatre compagnies. La compagnie, unite tactique de base, alignait environ 250 hommes commandes par un capitaine, assiste de lieutenants et sous-lieutenants.
Le regiment disposait en outre d’une section de mitrailleuses (deux pieces Saint-Etienne), d’une section de brancardiers et de services divers (ravitaillement, transmissions). Au total, un regiment au complet representait environ 3 273 hommes.
En quatre ans de guerre, un regiment pouvait perdre l’equivalent de plusieurs fois son effectif initial. Le taux de renouvellement des effectifs, mesure par les renforts recus pour compenser les pertes, depassait souvent 300%. Certains regiments furent reconstitues trois ou quatre fois.
Les bataillons de chasseurs
Les bataillons de chasseurs a pied constituaient une elite de l’infanterie francaise. Plus legers et plus mobiles que les regiments de ligne, ils etaient souvent engages dans les missions les plus perilleuses. Leurs pertes proportionnelles furent parmi les plus elevees de l’armee.
La France comptait 31 bataillons de chasseurs en 1914, chacun fort d’environ 1 000 hommes. A ces unites s’ajoutaient les bataillons de chasseurs alpins, specialises dans le combat en montagne.
Bilan comparatif des trois conflits
La mise en perspective des pertes des trois grands conflits revele l’evolution de la guerre et de sa capacite destructrice.
| Conflit | Duree | Morts francais (militaires) | Morts francais (civils) | Total |
|---|---|---|---|---|
| Guerre de 1870 | 10 mois | ~139 000 | Quelques milliers | ~142 000 |
| Guerre de 1914-1918 | 4 ans 3 mois | ~1 397 800 | ~40 000 | ~1 437 800 |
| Guerre de 1939-1945 | 6 ans | ~217 000 | ~350 000 | ~567 000 |
| Total | ~1 753 800 | ~393 000 | ~2 146 800 |
La Grande Guerre de 14-18 domine ce bilan par l’ampleur de ses pertes militaires. La Seconde Guerre mondiale, elle, se distingue par la proportion elevee des victimes civiles, reflet d’un conflit ou la distinction entre combattants et non-combattants s’effaca.
L’impact sur le Doubs
Le departement du Doubs fut touche par chacun de ces trois conflits. Les noms graves sur les monuments aux morts des communes doubistes — parfois des dizaines pour un petit village — rappellent le cout humain de ces guerres.
Pour la seule guerre de 14-18, le Doubs deplora plusieurs milliers de morts. Des familles entieres furent brisees. Le desequilibre demographique, amplifie par la grippe espagnole de 1918, marqua profondement la societe rurale franc-comtoise.
Le Souvenir Francais du Doubs s’attache a maintenir la memoire de toutes ces victimes, qu’il s’agisse des soldats de 1870, des poilus de 14-18 ou des combattants et civils de 39-45. Chaque nom merite d’etre preserve.
FAQ — Questions frequentes
Combien de soldats francais sont morts pendant la guerre de 14-18 ?
La France a perdu environ 1,4 million de soldats tues ou disparus et 4,3 millions de blesses pendant la Premiere Guerre mondiale. Ces pertes representaient environ 10% de la population active masculine du pays, une saignee demographique dont les consequences se firent sentir pendant des decennies.
Combien de victimes la guerre de 1870 a-t-elle cause ?
La guerre de 1870 causa environ 139 000 morts cote francais, incluant les tues au combat et les morts de maladie, et environ 45 000 morts cote allemand. A ces chiffres s’ajoutent 474 000 prisonniers francais.
Combien de soldats francais ont ete mobilises en 1914 ?
Le decret de mobilisation rassembla 2 944 000 hommes, formant 84 divisions d’infanterie et 10 divisions de cavalerie. Au total, durant les quatre annees de guerre, pres de 8 millions de Francais furent mobilises.
Quelles furent les pertes de la Seconde Guerre mondiale en France ?
La France perdit environ 567 000 personnes pendant la Seconde Guerre mondiale, dont 217 000 militaires et 350 000 civils. Ce bilan inclut les deportes decedes dans les camps, les resistants executes et les victimes des bombardements.
Comment etaient organises les regiments francais en 1914 ?
Chaque regiment d’infanterie comprenait 73 officiers et 3 200 hommes, repartis en trois bataillons de quatre compagnies. L’armee d’active comptait 173 regiments d’infanterie, completes par autant de regiments de reserve et 31 bataillons de chasseurs a pied.
Pourquoi y a-t-il eu autant de morts en 1914 ?
Le mois d’aout 1914 fut le plus meurtrier de l’histoire militaire francaise car l’infanterie attaquait en formations denses, en pantalon rouge, face a l’artillerie lourde et aux mitrailleuses. Les doctrines offensives a outrance furent corrigees apres les premiers mois.
Quel role joua l’artillerie dans les pertes de 14-18 ?
L’artillerie causa environ 70% des pertes de la Grande Guerre. Les obus explosifs, les shrapnels et les projectiles a gaz faisaient des ravages dans les tranchees. L’artillerie Krupp prussienne, puis les obusiers lourds des deux camps, dominerent le champ de bataille.
Conclusion
Les chiffres des pertes humaines des guerres de 1870 a 1945 sont vertigineux. Derriere les statistiques se trouvent des hommes et des femmes dont le sacrifice merite un souvenir eternel. Le Doubs, terre de batailles et de garnisons, fut particulierement eprouve par ces trois conflits majeurs.
Le Souvenir Francais du Doubs poursuit sa mission de memoire en entretenant les tombes, en restaurant les monuments et en organisant les ceremonies qui honorent les morts pour la France. Ce devoir de memoire appartient a chacun d’entre nous.


