L’ete 1944 marque un tournant decisif pour la France occupee. Apres le debarquement en Normandie le 6 juin, un second front s’ouvre dans le sud avec l’operation Dragoon le 15 aout.
En quelques semaines, les forces alliees et francaises remontent la vallee du Rhone a une vitesse fulgurante. Debut septembre, elles atteignent la Franche-Comte et le departement du Doubs.
La liberation du Doubs sera l’oeuvre conjointe de la 3e Division d’Infanterie Algerienne et du VIe Corps americain. Ce recit retrace la chronologie des combats qui rendirent la liberte au departement.
Le contexte strategique : de la Provence a la Franche-Comte
Le 15 aout 1944, l’operation Dragoon lance le debarquement allie en Provence, entre Toulon et Cannes. La 1re Armee francaise du general de Lattre de Tassigny et le VIe Corps americain du general Truscott prennent pied sur le littoral mediterraneen.
La progression est rapide. En deux semaines, les forces alliees liberent Toulon, Marseille puis remontent la vallee du Rhone. Les troupes allemandes battent en retraite vers le nord et l’est.
Fin aout, Lyon est liberee. Les forces alliees bifurquent alors vers l’est pour couper la retraite des unites allemandes qui refluent depuis le sud-ouest de la France.
La 1re Armee francaise recoit l’ordre de foncer vers la troue de Belfort et le Rhin. C’est dans ce cadre que la 3e Division d’Infanterie Algerienne (3e DIA), unite d’elite de l’armee francaise, penetre dans le departement du Doubs.
La 3e DIA est une division aguerrie. Formee en Afrique du Nord, elle a combattu en Tunisie, en Italie (Monte Cassino) et en Provence. Ses soldats — tirailleurs algeriens, zouaves et spahis — sont des combattants experimentes.
Parallelement, le VIe Corps americain, fort d’environ 60 000 hommes, avance sur un axe plus au nord. L’etau se resserre sur les garnisons allemandes du Doubs.
Les trois axes de progression de la 3e DIA
La 3e DIA penetre dans le Doubs par trois axes de progression simultanees. Cette manoeuvre vise a encercler les forces allemandes et a couper leurs voies de repli.
Premier axe : Champagnole — Ornans — Etalans
Le premier groupement progresse depuis le Jura par Champagnole. Il se dirige vers Ornans, la cite de Gustave Courbet, puis vers Etalans en direction de Besancon.
Cet axe suit la vallee de la Loue, un itineraire naturel a travers le relief accidente du plateau jurassien. Les troupes avancent rapidement face a une resistance allemande desorganisee.
Deuxieme axe : Morez — Mouthe — Pontarlier — Maiche
Le deuxieme groupement emprunte un itineraire plus au sud, depuis Morez dans le Jura. Il traverse le Haut-Doubs par Mouthe, atteint Pontarlier puis remonte vers Maiche.
C’est sur cet axe que les combats seront les plus violents. Les Allemands tentent de defendre les cols et les passages strategiques du Haut-Doubs.
Troisieme axe : Nods — Valdahon — Vercel — Pierrefontaine — Sancey
Le troisieme groupement progresse par le plateau central du Doubs. Il passe par Nods, Valdahon, Vercel, Pierrefontaine-les-Varans puis Sancey-le-Grand.
Cet axe vise a liberer la zone centrale du departement et a assurer la jonction avec les forces avancant sur les deux autres axes.
Chronologie detaillee de la liberation
4 septembre 1944 : les premieres liberations
Le 4 septembre est le jour decisif. Plusieurs communes sont liberees simultanement par les differents groupements de la 3e DIA.
Salins-les-Bains est parmi les premieres villes liberees. Les troupes francaises y entrent sans rencontrer de resistance majeure. La population accueille les liberateurs avec un enthousiasme debordant.
Ornans est egalement liberee le 4 septembre. La ville, situee dans la vallee de la Loue, constitue un point de passage strategique vers Besancon.
Sombacour, sur le plateau, tombe aussi le meme jour. Les forces francaises progressent a vive allure a travers les villages du plateau.
C’est a Mouthe que les combats sont les plus violents de la journee. Les troupes allemandes opposent une resistance acharnee dans cette commune du Haut-Doubs. A l’issue des affrontements, 200 soldats allemands sont tues et 180 sont faits prisonniers.
Les combats de Mouthe temoignent de la determination des forces francaises. Malgre les pertes, les tirailleurs de la 3e DIA poursuivent leur avance vers Pontarlier.
5 septembre 1944 : Pontarlier liberee
Le 5 septembre, la progression continue sur tous les axes. Les troupes francaises tentent de prendre Baume-les-Dames, mais se heurtent a une defense allemande organisee. L’assaut devra etre reporte.
En revanche, Pontarlier est liberee le meme jour. Cette ville strategique, proche de la frontiere suisse, controle l’acces aux cols du Haut-Doubs. Sa prise est un succes majeur.
A Pontarlier, 315 soldats allemands sont faits prisonniers. L’ampleur des captures temoigne de la desorganisation croissante des forces ennemies.
La liberation de Pontarlier ouvre la voie vers la frontiere suisse. Elle coupe egalement une voie de repli importante pour les garnisons allemandes encore presentes dans le Haut-Doubs.
6 septembre 1944 : le camp de Valdahon et Saint-Hippolyte
Le 6 septembre, les troupes de la 3e DIA atteignent le camp militaire de Valdahon. Les Allemands l’ont evacue dans la precipitation, abandonnant materiel et munitions.
Le camp de Valdahon, utilise par la Wehrmacht comme centre d’entrainement et de cantonnement, tombe sans combat. Les forces francaises y decouvrent d’importants stocks de materiel.
Le meme jour, Saint-Hippolyte, dans le nord-est du departement, est egalement liberee. La ville, situee au confluent du Doubs et du Dessoubre, est un verrou strategique entre le Doubs et le Territoire de Belfort.
Les jours suivants : consolidation et poursuite
Dans les jours qui suivent, les troupes francaises et americaines poursuivent le nettoyage du departement. Les dernieres poches de resistance allemandes sont reduites une a une.
Besancon, la prefecture du Doubs, est liberee dans les premiers jours de septembre. La ville, protegee par la citadelle Vauban, ne subit pas de destructions majeures.
La liberation complete du departement s’etale jusqu’a la mi-septembre 1944. Les communes les plus isolees du Haut-Doubs sont les dernieres a etre atteintes.
Le VIe Corps americain dans le Doubs
Le VIe Corps americain, commande par le general Lucian Truscott, constitue la deuxieme force majeure engagee dans la liberation du Doubs. Avec environ 60 000 hommes, il represente une puissance de feu considerable.
Les troupes americaines progressent sur un axe parallele a celui de la 3e DIA. Leur mission est de couvrir le flanc nord de l’avance francaise et de couper les voies de communication allemandes.
La progression du VIe Corps est ralentie par les destructions. Les Allemands en retraite ont fait sauter les ponts sur le Doubs et ses affluents. Les routes sont minees et obstruees.
Les genies americain et francais travaillent jour et nuit pour retablir les liaisons. Des ponts provisoires sont jetes sur les cours d’eau pour permettre le passage des convois.
Malgre ces difficultes, le VIe Corps parvient a maintenir un rythme d’avance soutenu. La coordination avec la 3e DIA permet d’encercler les garnisons allemandes et de les contraindre a la reddition.
La defense et la retraite allemandes
Les forces allemandes dans le Doubs sont dans une situation difficile en septembre 1944. Prises en tenaille entre les forces venant du sud et celles progressant depuis l’ouest, elles n’ont d’autre choix que la retraite.
La Wehrmacht tente neanmoins de retarder l’avance alliee. Des unites d’arriere-garde sont deployees sur les points de passage obliges : ponts, defiles, cols de montagne.
Les destructions d’infrastructures constituent l’arme principale des Allemands en retraite. Ponts dynamites, routes minees, voies ferrees sabotees ralentissent la progression des liberateurs.
Certaines garnisons opposent une resistance acharnee, comme a Mouthe. D’autres se rendent en masse, comme a Pontarlier ou 315 prisonniers sont captures d’un coup.
La retraite allemande se fait principalement vers l’est, en direction de la troue de Belfort et de l’Alsace. Les soldats qui ne parviennent pas a s’echapper sont encercles et captures.
Au total, plusieurs milliers de soldats allemands sont faits prisonniers dans le Doubs. Les pertes humaines sont significatives des deux cotes, meme si les chiffres exacts restent difficiles a etablir.
| Date | Evenement | Pertes allemandes |
|---|---|---|
| 4 sept. 1944 | Liberation de Salins, Ornans, Sombacour | Resistances sporadiques |
| 4 sept. 1944 | Combats de Mouthe | 200 tues, 180 prisonniers |
| 5 sept. 1944 | Tentative sur Baume-les-Dames | Defense organisee, assaut reporte |
| 5 sept. 1944 | Liberation de Pontarlier | 315 prisonniers |
| 6 sept. 1944 | Camp de Valdahon abandonne | Materiel abandonne |
| 6 sept. 1944 | Liberation de Saint-Hippolyte | Resistance legere |
| Mi-sept. 1944 | Liberation complete du departement | Dernieres poches reduites |
Le role de la Resistance franc-comtoise
La Resistance a joue un role essentiel dans la liberation du Doubs. Les maquis franc-comtois, actifs depuis 1943, preparaient ce moment depuis des mois.
Les reseaux de renseignement ont fourni aux forces alliees des informations precieuses sur les positions allemandes, les effectifs ennemis et l’etat des infrastructures. Ces renseignements ont permis de planifier les axes d’avance.
Les groupes de sabotage ont detruit des voies de communication allemandes avant l’arrivee des troupes liberatrices. Lignes telephoniques coupees, voies ferrees sabotees, convois attaques : les resistants ont desorganise l’arriere ennemi.
Au moment de la liberation, de nombreux resistants se sont joints aux combats. Ils ont guide les colonnes de la 3e DIA a travers les chemins et les forets du Doubs. Leur connaissance du terrain s’est averee inestimable.
La Resistance a egalement assure le maintien de l’ordre dans les communes liberees. En attendant le retablissement des autorites legales, les comites locaux de liberation ont administre les municipalites.
Le prix paye par les resistants fut lourd. Nombre d’entre eux tomberent au combat, furent arretes par la Gestapo ou deportes dans les camps nazis. Leur sacrifice merite un hommage particulier. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur la Resistance en Franche-Comte.
L’apres-liberation : le retour a la paix
La liberation du Doubs ne signifie pas la fin de la guerre pour le departement. Jusqu’en mai 1945, le front se situe a quelques dizaines de kilometres, en Alsace et dans le sud de l’Allemagne.
Le departement sert de base arriere pour les troupes engagees dans la bataille de la troue de Belfort puis dans la traversee du Rhin. Les hopitaux militaires accueillent les blesses du front.
Les destructions laissees par l’occupation et les combats sont considerables. Les ponts detruits, les batiments endommages et les routes minees necessitent des mois de travaux.
Le ravitaillement de la population reste precaire pendant de longs mois. Les restrictions alimentaires ne seront levees que progressivement au cours de l’annee 1945.
Le retour des prisonniers de guerre et des deportes s’echelonne sur plusieurs mois apres la capitulation allemande du 8 mai 1945. Beaucoup reviennent dans un etat physique deplorable.
Monuments et commemorations de la liberation
Aujourd’hui, de nombreux monuments et steles jalonnent le parcours de la liberation dans le Doubs. Ils rendent hommage aux soldats de la 3e DIA, aux troupes americaines et aux resistants.
A Ornans, une stele rappelle la liberation de la ville le 4 septembre 1944. A Pontarlier, un monument honore les combattants qui libererent la cite frontaliere.
Le camp de Valdahon conserve la memoire de son role pendant la guerre. Des plaques commemoratives rappellent les evenements de septembre 1944. Decouvrez aussi notre article sur les monuments aux morts de 1870 pour un panorama plus large du patrimoine memoriel doubiste.
Le Souvenir Francais du Doubs entretient ces lieux de memoire et organise chaque annee des ceremonies commemoratives. Le premier dimanche de septembre est traditionnellement consacre au souvenir de la liberation. Retrouvez l’ensemble des commemorations et ceremonies organisees dans le departement.
La liberation du Doubs reste un moment fondateur de l’histoire departementale. Elle rappelle le courage des soldats francais, americains et des resistants qui rendirent la liberte a la Franche-Comte.
FAQ
Quand le Doubs a-t-il ete libere ?
La liberation du Doubs a commence le 4 septembre 1944 avec la liberation de Salins, Ornans, Sombacour et Mouthe. L’ensemble du departement fut libere a la mi-septembre 1944.
Quelles unites ont libere le Doubs ?
La 3e Division d’Infanterie Algerienne (3e DIA) de la 1re Armee francaise et le VIe Corps americain ont mene les operations de liberation. Les resistants locaux ont egalement participe aux combats.
Combien de soldats ont participe a la liberation du Doubs ?
Le VIe Corps americain comptait environ 60 000 hommes. Les effectifs de la 3e DIA et des Forces francaises de l’interieur s’y ajoutaient, portant le total des forces liberatrices a plusieurs dizaines de milliers de combattants.
Y a-t-il eu des combats violents lors de la liberation du Doubs ?
Oui, les combats furent particulierement violents a Mouthe le 4 septembre 1944 : 200 Allemands y furent tues et 180 faits prisonniers. A Pontarlier, 315 soldats allemands furent captures le lendemain.
Quel role la Resistance a-t-elle joue dans la liberation du Doubs ?
La Resistance franc-comtoise a fourni des renseignements aux forces alliees, sabote les communications allemandes, guide les colonnes de liberation et participe directement aux combats. Elle a aussi assure le maintien de l’ordre dans les communes liberees.
Quelles communes du Doubs ont ete liberees en premier ?
Salins-les-Bains, Ornans, Sombacour et Mouthe furent parmi les premieres communes liberees le 4 septembre 1944. Pontarlier suivit le 5 septembre.
Ou peut-on se recueillir sur les lieux de la liberation du Doubs ?
Des steles et monuments commemoratifs jalonnent le parcours de la liberation, notamment a Ornans, Pontarlier, Valdahon, Mouthe et Besancon. Le Souvenir Francais du Doubs entretient ces lieux de memoire tout au long de l’annee.


